Sommet climatique: les signaux positifs se multiplient

L’Europe a devancé le sommet organisé par Joe Biden en réhaussant ses objectifs écologiques. Plusieurs pays semblent disposés à suivre le mouvement.

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Joe Biden serait-il en passe de réussir son pari de donner un nouvel élan à la lutte contre le changement climatique? Les premières déclarations sont en tout cas plus qu’encourageantes. Son sommet sur le climat, qui rassemble une quarantaine de pays, n’a lieu que ce jeudi et vendredi 22 et 23 avril mais les premiers engagements tombent déjà. L’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni ont déjà établis de nouveaux objectifs. En parallèle, les pays les plus pollueurs de la planète ont confirmé leurs participations et ont fait des déclarations plus qu’encourageantes.

L’Europe plus ambitieuse mais est-ce assez?

Ce mercredi, l’UE a confirmé l’adoption d’une réduction nette d’«au moins 55%» des gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport aux niveaux de pollution de 1990. C’est moins que les 60% voulus par le Parlement européen mais plus que les 40% visés auparavant. Ce nouvel objectif avait déjà été négocié en décembre dernier entre les différents États européens. Il ne manquait plus qu’à l’approuver définitivement. Son intégration dans la loi climat à venir est maintenant officielle.

L’accord fait néanmoins l’objet de quelques critiques car il s’agit d’une obligation au niveau européen et non des États membres. Concrètement, cela veut dire que pour atteindre cet objectif, certains États feront manifestement plus d’efforts que d’autres. La Pologne, connue pour sa dépendance au charbon, devrait faire partie des mauvais élèves de l’Europe. Des ONG et des écologistes ont également critiqué un accord pas assez ambitieux. En cause: celui-ci tient compte du CO2 capté par les forêts, ce qui a pour effet d’amoindrir les efforts que devront fournir les entreprises polluantes dans ce cadre.

Le Royaume-Uni a également tenu à frapper fort à l’occasion du sommet pour le climat. Le Premier ministre Boris Johnson a affirmé que son pays s’engageait à une réduction de 78% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035, toujours par rapport à 1990. Avant, il était question de 68%. Le gouvernement britannique compte également atteindre la neutralité carbone en 2050. Reste à voir comment il compte y parvenir. L’opposition travailliste se dit sceptique sur les chances de succès, tout comme l’association de protection de l’environnement Les Amis de la terre. Cette dernière déclare sur Twitter que « le gouvernement britannique a déjà du mal à atteindre ses objectifs climatiques existants, moins ambitieux« .

La Chine et la Russie présentes

Le but explicite des déclarations européenne et britannique est de créer un cercle vertueux lors du sommet climatique de Joe Biden. Mais jusqu’à cette semaine des doutes persistaient sur la présence des grands pays pollueurs, la Chine en tête. Sur ce point, le ciel s’éclaircit. Xi Jinping vient de certifier qu’il sera bien présent à la réunion virtuelle. Cette déclaration suit de quelques jours la confirmation par la Chine de ses objectifs climatiques, à savoir la neutralité carbone d’ici 2060.

Autre point d’interrogation: la position de la Russie, alors que la tension avec les USA est de nouveau vive. Là aussi, la présence de Vladimir Poutine a été confirmée. Ce mercredi, il a d’ailleurs accordé une grande importance à la lutte contre le changement climatique lors de son discours sur l’état de la Nation. Il a fixé un cap : en 30 ans, le volume cumulé d’émissions nettes de gaz à effet de serre de la Russie doit passer en dessous de celui de l’UE.

Des annonces attendues

On peut donc déjà dire que le sommet de Joe Biden se fera au minimum dans une ambiance apaisée et propice au dialogue. Est-ce que cela aboutira à de nouvelles promesses? C’est la question. Mais il est clair que les États-Unis vont devoir rehausser leurs objectifs. Le président américain mise beaucoup sur cette réunion, que ce soit en termes d’écologie ou de crédibilité politique. Pour l’instant, Joe Biden s’est limité à un retour dans l’accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique sous les deux degrés d’ici 2100. Les observateurs s’attendent à ce qu’il promette en plus la neutralité carbone, par exemple d’ici 2050. Ce serait un signal fort mais nécessaire à la réussite de son début de mandat. Il pourrait également rehausser le plan climatique d’Obama, passant d’une baisse de 26-28 % des émissions entre 2005 et 2025 à 50%.

Le sommet pourrait également voir d’autres pays rehausser leurs objectifs. C’est notamment le cas du Canada, du Japon et de la Corée du Sud qui pourraient viser la neutralité carbone à moyen terme. Tokyo a promis d’atteindre ce but en 2050 mais a récemment précisé qu’elle pourrait se montrer plus ambitieuse. Ottawa mise quant à elle sur une réduction de 30% d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 2005. Un seuil qui pourrait être prochainement relevé.

L’Inde et le Brésil face à la pression internationale

Mais il y a une grande inconnue: la position de l’Inde. Dans dix ans, sa population aura dépassé celle de la Chine et ses émissions de carbone risquent d’augmenter de 50% d’ici à 2040. Cela annulerait l’impact des efforts de l’Europe réalisés en parallèle. La majeure partie de cette hausse serait due à l’accroissement du trafic routier dans ce pays en plein développement. New Delhi prévoit de réduire de 60% d’ici 2030 la part des combustibles non fossiles dans la production d’électricité, mais cela ne permettrait pas de contrebalancer cette tendance.

Le cas du Brésil pose aussi question. Le président d’extrême-droite Jair Bolsonaro est connu pour son climato-scepticisme. Son gouvernement est d’ailleurs visé par une plainte devant le tribunal de São Paulo après qu’il a été décidé de réduire les objectifs climatiques liés à l’accord de Paris. Le Brésil pourrait ainsi relâcher dans l’atmosphère 400 millions de tonnes de CO2 supplémentaires d’ici 2030. Mais en même temps, Jair Bolsonaro, isolé sur la scène internationale depuis le départ de Trump, veut garder de bonnes relations avec les USA. C’est dans ce contexte que Brasilia a annoncé être en mesure de réduire jusqu’à 40% la déforestation illégale dans la forêt amazonienne si elle recevait un milliard de dollars d’aide.

La pression internationale sera-t-elle assez forte demain pour que des pays comme l’Inde et le Brésil adoptent vraiment un développement économique en accord avec l’écologie? C’est ce qu’il faudra suivre. Le ton adopté cette semaine au sommet climatique sera en tout cas crucial pour la poursuite des discussions. 2021 sera en effet riche en événements importants. En octobre, il y aura la COP15 biodiversité organisée en Chine, suivie le mois suivant par la COP26 climat à Glasgow.

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