Les chansonniers estudiantins doivent-ils être modifiés ? À l’UCLouvain, la réflexion est lancée

La semaine dernière, le vice-recteur aux affaires étudiantes a soumis l’idée d’adapter les chants à caractère discriminatoire contenus dans le « Bitu », le chansonnier des calottés. Une proposition qui a provoqué de vives réactions dans le folklore néo-louvaniste.

Folklore UCLouvain - BelgaImage

Il voulait « ouvrir le débat » – le moins qu’on puisse dire, c’est que cela a fonctionné. Mardi 13 avril, Philippe Hiligsmann, le vice-recteur aux affaires étudiantes à l’UCLouvain, a jeté un pavé dans la mare en demandant aux cercles folkloriques d’entamer une réflexion sur le contenu de leurs chansonniers. L’objectif ? Conscientiser les baptisés sur la nature sexiste et raciste de certains chants. Pour l’instant, aucune décision n’a encore été prise. Mais sur les réseaux sociaux, l’idée a fait bondir le monde estudiantin.

« On se trompe de combat »

Dans un groupe Facebook qui compte près de 21.800 membres et qui a pour but de défendre le folklore estudiantin en Belgique francophone, les critiques pleuvent : « Si le folklore doit devenir politiquement correct, ce n’est plus du folklore », « Ces chants sont conçus pour être transgressifs », « C’est de l’humour et de la dérision avant tout ». Pour ces tenants de la tradition, s’attaquer au sexisme contenu dans des chants humoristiques, c’est « se tromper de combat ». Certains vont jusqu’à dénoncer « une cancel culture à l’œuvre », d’autres évoquent leur attachement à ce « patrimoine immatériel ». Mais sur le groupe, tout le monde n’est pas de cet avis.

Un courant progressiste

Le débat a peu à peu révélé une profonde facture parmi les baptisés. En effet, tous ne tiennent pas nécessairement à perpétuer le folklore tel qu’il se présente aujourd’hui. « Il est temps que certaines choses évoluent : les chants qui entretiennent la culture du viol, notamment, mais aussi certains rites de passage qui impliquent des épreuves à connotation sexuelle », écrit une membre du groupe. Parmi les partisans du changement, on ne prône pas forcément la censure, mais plutôt une mise à jour des textes problématiques : « Remettre en question le sexisme, le racisme et l’homophobie ne fait pas de tort. Le folklore est vivant et il est nécessaire de le faire évoluer avec le temps ».

Adapter les chants… mais comment ?

Pour l’instant, plusieurs pistes de modifications sont sur la table. « Il faudrait sans doute une préface pour replacer les choses dans leur contexte et avertir les lecteurs que certains passages peuvent heurter les sensibilités », explique Philippe Hiligsmann. Quant aux chants en tant que tels, « on pourrait garder le texte original en y ajoutant des notes de contextualisation, ou réécrire certains extraits sur base de propositions. C’est aux cercles de décider dans quelle direction ils veulent aller ».

Selon Théo Tuerlinckx, président de la Fédération wallonne des Régionales de Louvain-la-Neuve, l’ajout d’une préface demeure la meilleure solution envisageable. Quant à la réécriture de certains passages, elle pose un problème pratique : modifier les chansonniers risque de prendre beaucoup de temps, d’autant qu’il faudrait pour ce faire obtenir les autorisations de l’éditeur. Impossible, donc, de mettre cela en place pour la rentrée académique prochaine, comme le souhaitait au départ l’UCLouvain.

Un problème de fond

Depuis le mois de mars, une vague de témoignages de viols et d’agressions sexuelles déferle sur les campus universitaires. Sur Instagram notamment, le compte Balance Ton Folklore  relaie depuis plusieurs semaines des récits glaçants d’étudiantes francophones ayant subi des violences sexuelles au sein de leur cercle – preuve que ce ne sont pas des faits isolés au sein de ces groupes. Face à l’ampleur du phénomène, changer le contenu des chansonniers peut-il vraiment faire bouger les lignes ? « J’en suis convaincu », répond Philippe Hiligsmann. « Bien sûr, c’est une mesure symbolique, mais elle permet d’entamer une réflexion plus large avec les groupes d’animations dans la lutte contre les discriminations racistes et sexistes ».

Du côté des cercles, on est plus sceptiques. « Nous ne pensons pas que modifier nos chants fera bouger les choses », affirme Théo Tuerlinckx. « Mais nous sommes tout à fait d’accord sur le fait qu’il faut trouver des solutions à ces problématiques ». Des formations et des campagnes de sensibilisation existent déjà sur le campus, mais Philippe Hiligsmann souhaite encore les renforcer à l’avenir, en collaboration avec les organisations étudiantes.

 

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