Ces villes où l’Horeca fera front en nombre le 1er mai

Les restaurateurs sont en colère car le déconfinement annoncé n’aura pas lieu. Beaucoup comptent tout de même rouvrir leurs portes coute que coute, et particulièrement dans certaines communes comme Liège ou Nivelles.

Une terrasse encore repliée, pour l'instant en tout cas, à Liège (Belga)

Depuis le début de la crise, le secteur Horeca belge crie à l’aide. En juin dernier, ses membres étaient ravis de pouvoir se remettre aux fourneaux et rouvrir leurs portes, malgré les contraintes sanitaires. Un moindre mal à côté des longues semaines de fermeture. Le deuxième confinement de l’automne est donc arrivé comme un coup de massue derrière la tête, violent et inattendu. Pendant des mois, les restaurateurs et patrons de café ont fait part de leur détresse et demandaient une échéance, qui pourrait leur permettre d’enfin voir le bout du tunnel.

Une date leur a finalement été donnée : le 1er mai, si tout se passe bien. Un jour que bon nombre de patrons d’établissements attendaient plus que tout. C’était sans compter sur le variant britannique, qui a fait remonter les courbes et bousculé les plans du Comité de concertation. Désormais, l’échéance a changé : ce sera le 8 mai et dehors uniquement. Le secteur est globalement furieux. Non seulement ce déconfinement qu’ils avaient tant attendu n’aura pas vraiment lieu, mais en plus, les nouvelles décisions ne concernent pas tout le monde, seulement les chanceux qui disposent d’une terrasse.

Qu’à cela ne tienne, un peu partout, gérants et tenanciers ont décidé d’ouvrir le 1er mai, quoi qu’il arrive. Tant pis pour l’amende, tant pis si la police arrive. Dans certaines villes, ces frondeurs sont plus nombreux qu’ailleurs. Comme à Liège par exemple.

Perte de confiance

Depuis mercredi, une cinquantaine de restaurateurs de la Cité Ardente, réunis dans le Collectif Horeca Wallonie, clame haut et fort que leur clientèle est la bienvenue dès la Fête du Travail. 

 « Nous avons l’impression de faire face à des seigneurs qui n’en ont rien à faire de nous et de la population. Ils ne nous considèrent ni humainement ni économiquement. Nous n’avons plus aucune confiance en eux qui ne méritent plus notre respect à cause de leur décision aberrante. Nous, nous voulons sauver nos entreprises. Quand on se retrouve en pleine mer, on ne se laisse pas couler, on nage », a expliqué Valérie Migliore, une des fondatrices du collectif, au Soir. Ce groupement a fait des émules dans toutes les grandes villes de Wallonie, mais c’est à Liège que les courageux semblent être les plus nombreux.

Il faut dire que du côté des autorités, la guerre aux rebelles n’est pas vraiment déclarée. Le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, a expliqué qu’il ne pousserait pas la police à verbaliser les établissements ouverts le 1er mai. En cause : un effectif trop restreint pour les forces de l’ordre, mais aussi le fait que « la population qui souhaite cette réouverture » et « l’état de détresse des représentants du secteur Horeca », a-t-il expliqué à la RTBF. Il a aussi déclaré qu’il demanderait au chef de corps de la police liégeoise de ne pas intervenir. Il n’est pas compliqué dès lors de comprendre pourquoi il y a beaucoup de restaurateurs téméraires à Liège. 

Willy Demeyer (Belga)

Willy Demeyer (Belga)

Pourtant, les bourgmestres n’ont pas les pleins pouvoirs en ce qui concerne la police. La loi reste la loi. Face aux propos du mayeur Demayer, le procureur du Roi de Liège, Philippe Dulieu, a réagi dans la presse en rappelant qu’une infraction doit avoir des suites judiciaires et qu’ouvrir sa terrasse le 1er mai en est une.

« La circulaire des procureurs généraux est très claire : les infractions Covid doivent être une priorité. Et cela s’applique à tous les parquets et à toutes les zones de police de Belgique », a-t-til expliqué.  « Seul le parquet et l’autorité judiciaire sont compétents pour décider de verbaliser ou non. En aucun cas un bourgmestre, ni un gouverneur, ni un chef de corps. »
Si tout le monde tient sa parole, on peut donc s’attendre à un jour férié mouvementé en région liégeoise.

40 sur 62

Si on parle d’environ 50 restaurants liégeois avec le projet d’ouvrir avant la date officielle, on recense quelques dizaines à Namur et Charleroi également. Mais dans une plus petite commune de Wallonie,  c’est la grande majorité de l’Horeca qui compte bien rallier ce mouvement de rébellion : à Nivelles. 

A Nivelles, l'Horeca avait déjà manifesté en février. (Belga)

A Nivelles, l’Horeca avait déjà manifesté en février. (Belga)

70% des restaurants et cafés ont prévu de reprendre le travail le 1er mai. C’est en tout cas ce qu’a affirmé Quentin Bonheure au journal La Capitale, qui le décrit comme « une figure bien connue de l’HoReCa nivellois, qui fédère ce mouvement de grogne ». 

« Sur les 62 établissements HoReCa, hors traiteurs, une quarantaine ouvriront le 1er mai », a-t-il déclaré au quotidien. «  La situation est catastrophique partout et on se dit que même si on a des ennuis, ça ne pourra pas être pire. » Il a même appelé les autorités locales à soutenir ses confrères et lui.  « On le voit dans d’autres villes et provinces comme à Liège, Charleroi et Namur. Des bourgmestres et gouverneurs sont prêts à nous soutenir. On a aussi besoin de ce soutien en Brabant wallon. »

Mais comme à Liège, la police devrait également jouer son rôle. Le Gouverneur du Brabant wallon a manifesté sa volonté de faire respecter cette règle, tout comme le chef de corps de la police locale, Pascal Neyman. « En tant que citoyen, je suis de tout cœur avec eux. Mais il est de mon devoir de faire respecter la loi, je ne peux pas dire ou faire le contraire. Il y a une réunion lundi avec le Gouverneur, les bourgmestres et le parquet. Si leur position est de verbaliser, nous le ferons. Dans ce cas-ci, je dirais ‘malheureusement’, mais c’est comme ça », a-t-il déclaré.
 

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