Plus contagieux ? Plus virulent ? Le point sur le variant brésilien

Bien que minoritaire chez nous, le variant brésilien P1 inquiète.

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351.334 morts en un an, une moyenne de 3000 décès quotidiens la semaine dernière, des hôpitaux pleins à craquer… au Brésil, la pandémie est devenue hors de contrôle. Le pays est le deuxième le plus endeuillé au monde, après les États-Unis. L’absence de mesures sanitaires coordonnées s’y fait cruellement ressentir ; plus d’un an après l’arrivée du Sars-CoV-2, le président Jair Bolsonaro réfute toujours l’idée d’un confinement national.

Ce qui constitue un terreau favorable à l’émergence de multiples variants du virus. « Le Brésil pourrait se transformer en laboratoire de variants à ciel ouvert qui peuvent compromettre la lutte contre la pandémie dans le monde entier », s’est ainsi alarmé le neuroscientifique brésilien Miguel Nicolelis, interviewé par RFI. Car plus le virus circule, plus il mute, ce qui augmente le risque de voir apparaître des variants plus dangereux et plus résistants.

Le variant « brésilien », baptisé P1, est potentiellement de ceux-là. Apparu dans la région de Manaus (Amazonie) en décembre, il n’a été identifié qu’un mois plus tard, au Japon.

Passe-partout

Comme le variant sud-africain, le variant brésilien est porteur de la mutation E484K. Selon certaines études, celle-ci confère un avantage au virus, vu le plus grand nombre d’anticorps nécessaires pour lui résister. Et ses caractéristiques génomiques lui permettent de mieux pénétrer les cellules, pour les infecter.« C’est un peu comme si c’était un passe-partout qui arrive à ouvrir plusieurs serrures à la fois », synthétise pour l’AFP Jesem Orellana, chercheur de l’institut Fiocruz (Brésil). « D’un point de vue épidémiologique, ce variant est plus à même de déstabiliser des régions où il y a peu de contrôle de la circulation du virus, causant la saturation des hôpitaux », explique-t-il.

S’il est donc plus contagieux, aucune étude concluante n’a encore été publiée indiquant que le variant P1 serait plus virulent, plus mortel. Dans des études préliminaires, Jesem Orellana a constaté que le P1 n’avait pas entraîné un taux de mortalité supérieur chez les patients hospitalisés à Manaus, par rapport au pic de la première vague, en avril 2020. Cela rejoint les observations faites concernant le variant britannique ; deux études récemment publiées indiquaient en effet que cette souche n’entraîne pas plus de formes graves de Covid-19. Toutefois, le fait que le variant P1 soit plus contagieux implique de voir in fine plus de patients gravement touchés.

Et en Belgique ?

Présent sur l’ensemble du territoire brésilien, son influence exacte sur l’évolution de l’épidémie dans le pays reste inconnue. Au niveau national, les données disponibles sont insuffisantes pour évaluer le pourcentage de contaminations qui sont dues au variant brésilien. « Malheureusement, la vigilance sanitaire du Brésil est une des pires au monde en termes de séquençage, ce n’est pas pour rien que le variant P1 a fini par être découvert au Japon », déplore Jesem Orellana.

De l’autre côté de l’Atlantique, le variant P1 inquiète également. Pour empêcher sa propagation, le Premier ministre français Jean Castex a annoncé mardi la suspension « jusqu’à nouvel ordre » de tous les vols vers ou en provenance du Brésil. En Belgique, le variant brésilien a été détecté pour la première fois en février. Quelques cas ont été recensés, mais il reste à ce stade encore très minoritaire.« On est très content en Belgique, le variant brésilien concerne moins de 3% des cas depuis des semaines » notait le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem dans La Libre. Chez nous, c’est avant tout le variant britannique qui domine, suivi, en plus faible proportion, du variant sud-africain. « On n’est pas à l’abri de voir le variant brésilien se propager. (…) C’est un variant dont on a vraiment envie de limiter l’arrivée », prévenait toutefois Yves Van Laethem. « La question va se poser lorsque l’on va rouvrir nos frontières. Que faut-il faire ? Quid de l’Amérique du Sud ? ».

C’était d’ailleurs pour éviter de faire entrer de nouveaux variants sur le territoire que la Belgique maintenait jusqu’ici l’interdiction des voyages non-essentiels. Cette interdiction sera levée à partir du lundi 19 avril, a décidé le comité de concertation. Mais les voyages en Belgique en provenance de pays tiers (non UE et Schengen) vers la Belgique resteront interdits. Les règles de tests et de quarantaine (10 jours, tests au jour 1 et jour 7) seront toujours d’application. « Il y aura un suivi très strict du testing et de la quarantaine sur la base d’un nouvel accord de coopération », a insisté Alexander De Croo.

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