Cécile Djunga : victoire contre le racisme et le cyberharcèlement

Le tribunal a condamné mardi l'auteur de propos haineux envers l'animatrice et humoriste Cécile Djunga à une peine de six mois de prison.

Cécile Djunga. - BELGA

Le verdict est tombé : justice a été rendue. Au terme d’un procès long et douloureux, l’auteur des propos racistes incitant à la haine et à la violence à l’égard de Cécile Djunga a été condamné par le tribunal, mardi, à six mois de prison, dont quinze jours ferme. Il doit également payer une amende pénale de 1.600 euros et verser des dommages et intérêts de 500 euros à l’animatrice, ainsi qu’à la RTBF et à Unia, l’organe public de lutte contre la discrimination et de promotion de l’égalité des chances.

Les faits remontent à septembre 2018. Le prévenu, absent lors du jugement, avait tenu un discours insultant sur Facebook au sujet des origines africaines de l’animatrice, sous une vidéo où cette dernière dénonçait justement le racisme et le cyberharcèlement dont elle est victime. Avant de terminer par : « Si vous deviez subir une agression, espérons-la mortelle. Je ne dénoncerai pas l’agresseur, je le féliciterai bien bas. » « C’est le message le plus haineux que j’ai pu recevoir », avait confié lors du procès l’animatrice, exaspérée par ce torrent d’attaques et d’insultes qui se sont intensifiées depuis qu’elle a commencé à présenter la météo sur la RTBF en 2017.  

Aucun remord, aucune excuse

Face à ces propos, le tribunal correctionnel de Bruxelles a considéré que l’auteur, un homme originaire du Hainaut, avait sans conteste « encouragé ses lecteurs à se montrer violents », qualifiant les faits comme d’une « gravité certaine » et d’un « mépris total pour autrui ». Outre la violence des écrits, le tribunal a tenu compte de l’« absence totale de remise en question » de l’auteur. Celui-ci n’a en effet exprimé aucun remord, ni excuse. Pire encore, il a persévéré lors du procès, en ajoutant que « Cécile Djunga n’aurait pas été victime de racisme si elle était restée en Afrique ». L’auteur ne voit pas où est le problème et affirme qu’il sera même plus virulent à l’avenir. Ce comportement inquiète fortement le tribunal, qui a tenu à lui rappeler que « si la liberté d’expression est un droit fondamental, elle n’est pas absolue et ne peut en aucun cas servir de paravent à ses propos haineux pour lui permettre d’en faire une règle de vie ».

Une lutte éreintante

« Un petit pas de plus vers la tolérance, le vivre ensemble et le respect », a réagi Cécile Djunga, « en espérant qu’à l’avenir ce jugement en fera réfléchir plus d’un avant de publier des insultes », cachés derrière leur écran. « Quoi qu’il advienne, je veux continuer à croire en l’humanité, en la richesse de nos différences et en la puissance de l’éducation », avait-elle déclaré avant la dernière étape de ce procès qui fut, pour elle, « violent ».   

Depuis plus de deux ans, la comédienne et humoriste dénonce le racisme dont elle est victime. Elle a déposé plusieurs plaintes, mais seule celle-ci a abouti. Il faut dire que cette lutte est difficile tant la collecte de preuves est laborieuse. Beaucoup de commentaires haineux sont effacés par les modérateurs des sites, tandis que le cyberharcèlement est facilité par l’anonymat des réseaux sociaux.

Complexe, cette lutte est plus que jamais d’actualité en Belgique. En 2020, Unia a reçu 3684 signalements pour racisme, soit deux fois plus que l’année précédente. Ce qui a entraîné, selon la RTBF, l’ouverture de 956 dossiers, dont près d’un quart concernent des propos tenus sur les réseaux sociaux.

Plus d'actualité