Comment Joe Biden s’attaque au marché des armes à feu

Face au fléau des tueries de masse, Joe Biden a dévoilé des premières mesures visant à limiter la prolifération des armes à feu aux Etats-Unis.

Joe Biden, le 8 avril. - Reuters

Cela faisait plusieurs mois que les Etats-Unis vivaient sans « mass shootings », ces fusillades d’au moins quatre victimes, selon la définition du Congrès, qui endeuillent régulièrement les écoles, les lieux de culte et autres espaces publics. Mais, en l’espace d’une semaine, le pays a renoué avec le fléau des armes à feu. Dix-huit personnes sont mortes dans deux tueries commises en Géorgie le 16 mars et dans le Colorado, six jours plus tard, contraignant le président américain à passer à l’action.

« La violence armée dans ce pays est une épidémie et c’est une honte internationale », a fustigé Joe Biden, jeudi 8 avril, alors que, selon l’organisation Gun Violence Archive, 611 fusillades de masse ont eu lieu l’an dernier. « Ça suffit, a-t-il répété. Assez de prières, il faut commencer à agir. » Le démocrate a dès lors dégainé six mesures pour tenter de mieux contrôler le commerce et la possession des armes à feu.

Les armes fantômes

Parmi elles, une nouvelle règle vise à « arrêter la prolifération des armes fantômes », achetées en pièces détachées et qui ne comportent pas de numéro de série, les rendant ainsi intraçables. Une autre entend renforcer les contrôles sur l’acquisition de certains dispositifs, comme l’ajout d’un stabilisateur sur certaines armes à poing pour les rendre plus précises, et donc plus meurtrières. L’auteur de la tuerie du Colorado avait eu recours à cette technique.

Plus indirecte, une troisième mesure consiste à permettre l’adoption par les Etats qui le souhaiteraient de législations permettant la confiscation temporaire d’armes à feu lorsque leur détenteur représente un danger pour lui-même ou pour ses proches.

Pancarte contre les armes à feu

Lors d’une manifestation contre la violence armée après la fusillade dans le Colorado. – Reuters

Une nomination qui s’annonce difficile

Le ministère de la Justice a, par ailleurs, été chargé de produire un rapport exhaustif sur le trafic d’armes aux États-Unis, ce qui n’a pas été fait depuis 2000.

Joe Biden a également fait part de son intention de nommer David Chipman, un partisan du contrôle des armes à feu, à la direction du Bureau de l’Alcool, du Tabac, des Armes à feu et des Explosifs (ATF). L’agence gouvernementale qui réglemente la vente de ces différents produits était sans directeur attitré depuis six ans.

Le choix du président américain devra ensuite être confirmé par le Sénat. Une bataille qui s’annonce difficile, d’autant que la majorité démocrate ne tient qu’à une voix.

Des mesurettes

Ce plan annoncé jeudi peut paraître modeste face à l’ampleur du phénomène qui tue chaque année plus de quarante mille personnes – dont plus de la moitié de suicides. Sachant pertinemment qu’il n’est actuellement pas en position de faire adopter au Congrès des actions plus audacieuses sur ce sujet ultra-sensible, en raison de cette très courte majorité démocrate, Joe Biden s’est contenté de « mesurettes ».

Contre la violence armée

Pour ne pas heurter les Républicains, le président avait déjà assuré qu’aucune de ces propositions ne portait atteinte à leur cher deuxième amendement de la Constitution, qui protège le droit de détenir une arme. Mais il a toutefois ajouté que ces micro-mesures ne seraient aussi que des « premières » ​étapes.

Ce défenseur de longue date d’un meilleur encadrement des armes à feu avait promis pendant sa campagne d’agir sur ce front. Malgré tout, on voit mal comment le 46e président des Etats-Unis pourrait faire mieux que ses prédécesseurs. Une lueur d’espoir tout de même: le contexte. L’opinion publique américaine a évolué – très largement – en faveur d’une réforme de la législation sur les armes, tandis que le principal lobby des armes à feu, la National Rifle Association, s’est, lui, affaibli.

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