La prostitution bientôt décriminalisée ?

Illégale, mais tolérée : le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne, a dit vouloir s’attaquer au flou qui entoure la prostitution en Belgique.

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Permettre à « la plus vieille profession du monde d’avoir enfin une place dans notre société », comme l’a demandé la députée Marianne Verhaert (Open Vld) ? Le ministre de la justice, Vincent Van Quickenborne, s’y est dit favorable jeudi, à la Chambre. Le libéral flamand a annoncé qu’il déposerait prochainement une proposition au Conseil des ministres, afin de modifier l’article 380 du code pénal et « décriminaliser le travail sexuel ».

En Belgique, la prostitution est illégale, mais est tolérée dans les faits. Ce qui est non seulement hypocrite mais aussi dangereux, a estimé Vincent Van Quickenborne : « Parce que nous sommes dans une zone grise, la porte est grande ouverte aux abus, aux maquereaux et à la prostitution forcée ». « Le travail sexuel est une activité régulière, économique à condition qu’il s’agisse de majeurs qui ont fait ce choix (…), a également jugé l’élu Open vld. Nous avons la chance de franchir un pas historique pour reconnaître et protéger les travailleurs du sexe, et arrêter les agissements des vautours criminels. Je compte pour cela sur le soutien du parlement ».

Des vies encore plus sur le fil

Avec la pandémie, les prostituées se sont vues encore davantage exposées à la précarité. Bien que non reconnue, la profession est assimilée aux métiers de contact. Et à une époque où règnent masques et distances de 1,5 m, l’activité a dû cesser, au premier puis au deuxième confinement (elle est actuellement toujours interdite). En l’absence d’un statut clair, les prostituées n’ont pu compter sur une allocation « covid », comme le droit- passerelle. Il y a bien le revenu d’intégration, versé par les CPAS ; encore faut-il être en règle, question titre de séjour… Bien souvent aussi, il y a chez les travailleurs du sexe « une crainte très forte du CPAS », plutôt vu comme une instance de contrôle qu’une aide, expliquait au Soir (lien) Maxime Maes, coordinateur national d’Utsopi (l’Union des travailleur.se.s du sexe organisé.e.s pour l’indépendance).

Pour beaucoup, pas d’autre choix : il a donc fallu continuer à travailler. Déjà déplorables en temps « normal », leurs conditions de travail se sont alors encore dégradées, avec des propriétaires de carrées (les vitrines donnant sur la rue) réclamant des loyers impayés, ou des proxénètes les forçant à augmenter les passes pour rembourser les dettes accumulées.

Par nature, l’ampleur de la prostitution est difficile à évaluer. Selon plusieurs membres du secteurs, il y aurait entre 25.000 et 30.000 travailleurs du sexe en Belgique.

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