Qui sont les organisateurs des fêtes clandestines?

Ils balancent les watts pour crier leur besoin de se réunir.  Focus sur ces collectifs qui entendent faire valser les mesures sanitaires.

Liège @BelgaImage

Les sound systems réinvestissent l’espace public. À Liège, le 19 mars dernier, 200 fêtards ont transformé une partie du Parc d’Avroy en club techno à ciel ouvert. Le lendemain, un carnaval sauvage paradait dans ­Bruxelles en défiant lui aussi les directives sanitaires. Stéphanie (les prénoms ont été modifiés), du collectif liégeois Même pas peur se justifie. Son mouvement d’étudiants et d’artistes créé lutte contre “l’instrumentalisation de la peur par nos gouvernements et l’absence de débat dans l’espace public. Tout cela s’organise par messagerie et sur les réseaux sociaux. Et cela ­commence à bouger. Depuis deux ou trois mois, on voit éclore des petits groupes qui sont autant de soupapes de liberté”.

Quand bien même ces soupapes seraient seulement imaginaires… Ainsi Jonathan, 45 ans, s’enthousiasme devant le succès de La Boum, un faux festival programmé le 1er avril au Bois de la Cambre, auquel 16.000 personnes ont pourtant annoncé leur participation. Les organisateurs nous l’ont confirmé: La Boum est un poisson d’avril. Mais Jonathan n’en démord pas. “Lisez les messages de ces jeunes, leurs appels à l’aide, leur besoin criant de se réunir. Ça, ce n’est pas de la blague. On ne peut pas ignorer cette énergie!” Il a donc décidé de prendre La Boum au mot  et de programmer une fête sauvage le 2 avril à Bruxelles. Avec sound system et DJ set diffusé en streaming sur les enceintes des fêtards. À l’heure d’écrire ces lignes, cet événement affiche plus de 600 participants et 2.200 personnes intéressées.

Contredanses

Ces rassemblements restent évidemment illégaux. “Nous ne sommes pas des hors-la-loi mais le contexte nous amène à enfreindre une mesure que nous jugeons liberticide. Ce que plusieurs juges belges ont également estimé. Nous sommes apolitiques, mais l’interdiction de faire la fête est devenue une affaire politique, car prise sans concertation avec les députés ou la population. Cette fête sera donc aussi un mouvement citoyen de désobéissance civile qui dansera pour récupérer son droit de se réunir.” En cas de poursuite, le collectif a prévu de constituer une cagnotte pour assurer les frais de justice. “Ce sera l’occasion de défendre nos droits…”  La police bruxelloise a déjà annoncé qu’elle renforcerait sa présence lors de cet événement pour lequel aucune autorisation n’a été donnée. “Mais si on peut faire danser tout le monde ne fût-ce que 15 minutes, on aura déjà gagné notre pari.” Qui sont-ils? De simples bandes de potes, des collectifs du monde de la nuit, des mouvements étudiants comme ­Jeunesse en lutte. Sur la page Facebook de la City Parade, son organisateur annonce aussi une fête de contestation le 24 avril à l’Atomium. Avec quatre chars dédiés aux secteurs en crise. “On est en contact avec d’autres collectifs, avec l’Horeca, l’événementiel, le monde médical, annonce Stéphanie. Mais cette crise nous a tellement “sectorisés” qu’il est compliqué de ­réunir tout le monde. Les gens n’ont pourtant pas envie de défendre uniquement leur profession mais bien tout un socle social qui est en phase d’être détruit.

Radios libres

Penser que les jeunes, et même les moins jeunes, ne se réunissent pas en privé est un leurre. Alors, pourquoi ne tente-t-on pas de canaliser, d’encadrer ces rassemblements festifs afin de limiter les risques sanitaires, défendent ces collectifs? Avec des amis actifs comme lui dans l’événementiel, Frans, un DJ qui mixe dans des soirées clandestines (voir encadré), pense avoir trouvé la solution pour rassembler du monde de manière légale. “Caché dans la foule, un DJ diffusera son set grâce à un émetteur radio FM qui portera jusqu’à 200 mètres. On a déjà commencé à inviter des personnes sur les réseaux sociaux à se procurer des petits récepteurs radio ou à retrouver leur vieux ­ghetto-blaster afin de créer un gigantesque sound system. Ce qui permettra de faire la fête ensemble tout en restant par bulle de cinq. Cela pourra se faire dans les parcs ou même dans les rues. Je ne comprends pas comment le gouvernement peut laisser la santé mentale des gens se dégrader de la sorte et mettre des secteurs entiers à l’arrêt, comme celui de l’événementiel.” La goutte d’eau, selon lui: cette triste date anniversaire. “Un an de confinement! Cela a beaucoup marqué les gens dans mon entourage. Ils craquent et là, on nous annonce un troisième confinement. Ce n’est plus possible. J’ai une amie qui s’est suicidée la semaine passée…”

 

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