Universités: une vague de témoignages de viols et d’agressions sexuelles

Les dénonciations sont si nombreuses que cela a suscité des réactions, notamment à l’UCLouvain qui s’émeut de l’ampleur du phénomène.

Action à Louvain-la-Neuve en novembre 2020 contre les violences faites aux femmes @BelgaImage

Le #MeToo des étudiants belges est-il finalement arrivé? C’est possible vu la libération de la parole constatée en ce mois de mars. À Louvain-la-Neuve, le collectif féministe et activiste La Meute est littéralement submergé de dénonciations anonymes de personnes violées ou agressées sexuellement sur le campus. «Nous recevons des centaines de témoignages ces derniers jours», déclare le groupe sur sa story Instagram. Les bénévoles sont tellement bouleversés en lisant les messages qu’ils disent devoir faire des «pauses» afin de se préserver. L’affaire prend des proportions telles que les représentants de l’UCLouvain ont été amenés à prendre la parole. Mais le campus néo-louvaniste n’est pas seul. Petit à petit, des initiatives émergent ailleurs aussi.

Des histoires horribles en série

Pour sensibiliser le public, La Meute met sur Instagram les histoires de ces victimes qui ont accepté de raconter leurs cauchemars. Slide après slide, les récits sont tous plus choquants les uns que les autres, et ce ne sont pas les accusations de viols qui manquent. Une fille raconte par exemple comment un ami qu’elle connaissait depuis quelques mois l’a embrassée de force à la sortie des toilettes avant de l’isoler dans une chambre. Elle refuse et tente de le fuir plusieurs fois mais il est déterminé. «Dès que je me lève, il m’attrape par ce qu’il peut pour me tirer à nouveau dans le lit, au-dessus de lui. Je comprends que la seule façon de sortir de ce cauchemar, c’est de le faire jouir» puis de se laisser faire.

Les témoignages rendent aussi compte d’autres types d’agressions. Une étudiante explique par exemple comment son copain lui faisait du chantage «pendant de nombreux mois pour que je le suce». Une autre dit aussi avoir été embrassée de force en soirée, ce qui provoquait les rires du groupe d’hommes face à elle. Une fille raconte enfin comment elle a été forcée par une connaissance de son colocataire à lui faire une fellation. Plus tard, elle découvre que cet homme fait partie d’un groupe d’amis dont un autre membre a agressé sa colocataire. «Je considère ce groupe comme une bande organisée d’agresseurs», dénonce-t-elle.

Une prise de conscience

Pour alerter sur cette situation, La Meute a organisé durant tout le mois de mars une action coup de poing en collant des affiches chocs dans Louvain-la-Neuve. «Vous diplômez des violeurs», dit par exemple une bannière installée sur la Grand-Place. Après presque un mois d’action, l’UCLouvain a réagi via la RTBF. «Par rapport à la déferlante de témoignages sur ce site web, on est bien loin de ce que nous avons pu recueillir au niveau de la cellule», déclare Tania Van Hemelrijck, la conseillère du recteur aux affaires de genre. Elle reconnaît un manque de communication pour faire connaître la plateforme «Together», censée agir contre cette problématique, ce qui impacte sur l’efficacité du système.

Mais l’UCLouvain n’est pas la seule à avoir été interpellée. À l’ULB, des étudiants ont également lancé un hashtag «Folklore complice» pour dénoncer les viols et les harcèlements, notamment dans les cercles. Ce lundi, le Cercle des étudiants en Philosophie et Sciences Sociales (CPS) de l’université a tenu à répondre à la détresse des victimes. «Nous présentons nos excuses pour tous les actes passés sous silence sous la responsabilité de notre association par le passé, banalisant ce sexisme et cette culture du viol encore bien trop présente dans la communauté estudiantine», déclare le CPS à Flair. «Nos délégués de cercle s’engagent à mener ce combat pour rendre notre cercle et nos campus libres de toute violence verbale, physique, mentale et de tout sentiment d’insécurité et d’inaction».

Porter plainte pour lutter contre le phénomène

L’UCLouvain ajoute néanmoins que pour apporter une véritable solution au problème, elle se sent un peu démunie si les victimes ne portent pas plainte. «L’université ne dispose pas des moyens de la police ou du pouvoir judiciaire. Nous sommes dans un cadre, que nous devons rappeler, mais cela ne veut pas dire non plus que nous nous déchargeons de notre responsabilité en tant qu’institution. Chaque fait dénoncé ou à notre connaissance est pris en compte et considéré comme un fait grave dès qu’il s’agit d’une agression sexuelle», clame-t-elle. En parallèle, les CVPS (Centres de prise en charge des violences sexuelles) encouragent les personnes qui ont subi une agression sexuelle ou un viol à venir les trouver immédiatement, pour collecter des preuves sur les vêtements, dans l’urine ou sur la bouche s’il y a eu contact oral.

Selon une étude menée par le victimologue Serge Garcet, 16,6% des étudiants ont déjà subi une pénétration ou un préliminaire non consenti (comme une fellation). Dans environ 65% des cas, les victimes sont alcoolisées au moment des faits et l’agresseur est une personne connue les trois quarts du temps.

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