Après un an de pouvoir aux experts, faut-il remettre la science en question ?

La confiance des citoyens envers la science reste bien au-dessus de celle prêtée à nos gouvernants. Tant mieux, science sans confiance serait ruine de notre société. Mais cette confiance est-elle bien placée ? Elle mérite en tout cas d’être expliquée.

Kanar

«Rien ne prouve que… », on entend ça tout le temps, appliqué aux secteurs propices aux clusters, à l’efficacité des vaccins, aux caractéristiques des variants. Tout et son contraire, dévidés à quelques jours d’intervalle en communications politiques, dans les médias ou sur les réseaux sociaux. La science varierait si souvent et bien fol qui s’y fierait ? Pas tant que ça. La confiance des citoyens envers la science oscille toujours autour de 75% et elle n’est jamais descendue sous les 60%, soit bien plus que celle prêtée à nos gouvernants (même plus 30%, juste devant la Pologne dernière d’Europe). Cette foi n’empêche pas les doutes. Sont-ils sérieux?

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L’Horeca contamine sauf si…

Chacun a en réserve l’étude et l’interprétation qui l’arrangent. Ainsi plusieurs enquêtes scientifiques démontrent sans doute possible que l’Horeca est un lieu propice à la propagation du coronavirus. Mais elles précisent aussi que le milieu n’est pas particulièrement dangereux si les clients restent dans leur bulle (ce qui est difficilement applicable) et que les distances entre les tables sont respectées (ce qui est envisageable). Evidemment, chacun oublie de rappeler ces nuances à l’heure de, selon sa position, fermer l’Horeca ou en réclamer la réouverture.

Contrôler l’épidémie, c’est une nécessité sanitaire. Mais pénaliser l’Horeca, les écoles ou les métiers de contact, c’est un choix d’économie politique qui protège les entreprises, siège de la majorité des clusters (plus de 40%). Ce sont les dirigeants politiques qui choisissent ou excluent les experts, qui s’en servent comme bouclier ou bouc-émissaire, prennent des décisions à partir d’une étude incontestée, d’un simple avis ou selon des compensations électorales. Ces jeux politiques, pas toujours fair-play, troublent nos rapports avec la science. Mais depuis plus d’un an, la science elle-même ne s’est pas beaucoup aidée.

14 000 études sur le Covid

Les urgences dictées par la pandémie ont changé les procédures scientifiques et bouleversé leur exposition. Pour gagner du temps, parce qu’il fallait sauver des vies, des études partielles ont été publiées, sans parfois respecter toutes les étapes habituelles de validation. En un an, 14 000 études venues du monde entier ont été partagées universellement. Elles ont confronté des hypothèses, complété et réfuté les recherches précédentes. Comme toujours, mais à une vitesse et à une échelle jamais vues. Ce qui, jusqu’ici, ne sortait pas des laboratoires, des universités et des revues spécialisées est entré dans le débat public. Et tout le monde a découvert qu’une vérité scientifique est infaillible… jusqu’à la preuve du contraire. La science est une matière évolutive. Elle se nourrit sans cesse de nouvelles précisions, de nouvelles recherches, de nouvelles découvertes. Il n’y a pas de vérité absolue, juste des vérités qui progressent grâce à la confrontation d’hypothèses et de vérifications.

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C’est bien loin de ce qu’on avait retenu de nos cours de sciences. On pourrait s’y faire si on nous l’avait posément expliqué mais comment supporter le doute qui est la méthode même de la recherche quand il est question de vie et de mort, physique, économique, psychologique? Observé en direct, cela ressemble à une danse un peu ridicule qui avance pour aussitôt reculer. On en vient à se demander si on ne nous cacherait pas quelque chose. Par exemple, on ne sait toujours pas d’où nous vient ce coronavirus. De Chine d’accord, mais «très peu probablement » d’un laboratoire, plutôt via un animal, une piste « probable à très probable » pour reprendre les verdicts officiels. Au fond, les scientifiques ont-ils des certitudes à nous transmettre ? Qui est sûr aujourd’hui d’avoir compris si les enfants étaient de faibles ou de grands agents contaminateurs ? Qui sait si porter un masque dans la rue est utile ?  

À toutes ces questions, le magazine Moustique tente de répondre à travers un dossier complet. Il y est beaucoup question du pouvoir des experts face à la pandémie, mais pas seulement. On y parle aussi d’une jeunesse qui se détourne des métiers scientifiques ou de notre époque qui ravale la connaissance au rang de croyance personnelle.

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