Exister politiquement par temps de Covid

La Vivaldi joue une partition dont s’échappent de plus en plus de fausses notes. D’où une certaine cacophonie dans la gestion de la pandémie.

Alexander De Croo @BelgaImage

La Belgique est à nouveau à l’arrêt. Sa politique, jamais. ­Présidents de parti et syndicats s’agitent. Le gouvernement Vivaldi, né d’interminables négociations, tente de faire face. Le premier coup de canif dans la partition est venu de Jean-Marc Nollet, président d’Écolo, qui a soudain lâché qu’il ne respectait plus les règles de la bulle à une personne, manière de caresser dans le sens du poil la lassitude de la population. Ensuite, Georges-Louis Bouchez, le président du MR, a estimé dans un tweet médiatisé que ce qui se passait était un ­triple échec, regrettant le fardeau qui pèse essentiellement sur la Belgique qui ­travaille. “Il faut des données objectives et surtout accélérer la vaccination”, a-t-il dit.

La petite phrase a fait parler d’elle jusqu’au sein du gouvernement restreint lors duquel Alexander De Croo s’est montré mécontent tout comme le libéral David Clarinval. Mais Bouchez s’est sans doute rangé ainsi du côté de son cœur de cible électoral. Dans un tout autre domaine, Paul Magnette, du haut de son perchoir de président du PS, a fait valoir qu’il était à 200 % derrière les travailleurs qui reven­diquent une augmentation salariale, en fonction des dividendes engrangés pendant la crise dans certains secteurs comme le secteur alimentaire. Le PS, talonné par le PTB, tente coûte que coûte de parler au cœur du peuple de gauche.

Après un an de Covid et d’éteignoir poli­tique où tout tourne autour des statistiques hospitalières, une immense frustration de ne pas exister sur l’échiquier électoral commence à se faire sentir. “C’est une question d’équilibre entre soutenir les décisions prises tout en faisant de la politique. Et ça peut être très individualiste comme dans le cas de ­Bouchez”, analyse Pascal Delwit, polito­logue à l’ULB. À cet exercice, tous les partis prennent part: de Denis Ducarme qui soutient à fond les indépendants à Écolo qui se montre ultra-sensible à la culture. “Dans un gouvernement à sept partis, c’est très difficile de montrer ce qu’on apporte”, justifie le politologue qui fait aussi remarquer que jusqu’à la fin du XXe siècle, un président de parti n’était pas en tension avec les mesures prises par le gouvernement où il siégeait.

Menacée par la participe-opposition, la Vivaldi? C’est l’inverse du défi que s’est attribué dès son arrivée le Premier qui s’est donné quatre ans pour montrer de la cohésion après tant de mois de vacance politique. Grave, précis et concentré, Alexander De Croo tente d’emmener son équipée contre les vents et marées sans, clame-t-il, perdre son âme libérale. Car la première des libertés, c’est la santé. Dans un pas de deux avec l’inflexible ministre de la santé Frank Vandenbroucke (sp.a), Alexander De Croo tire le navire chargé de sept partis. “Vivaldi n’est pour rien dans les tensions actuelles. On n’a pas trouvé une autre coalition alors qu’on n’a pas juste cherché trois semaines. Il n’y a pas de coalition de rêve. On fait avec”, estime un observateur. “La Vivaldi est ce qu’elle est. Sous la Suédoise de Charles Michel, il y avait une osmose pour faire une révolution libérale qui n’a pas eu lieu. La coalition actuelle est plus centriste, du côté d’un libéralisme du peuple à la Louis Michel ou à la Herman De Croo”, croit savoir un autre.

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