Covid-19 : pourquoi les patients hospitalisés sont-ils plus jeunes ?

Les unités Covid et les soins intensifs voient arriver des patients plus jeunes que lors des deux premières vagues. L’effet de la vaccination des aînés, couplée à une plus grande virulence du variant anglais, peut expliquer ce phénomène que la Belgique observe, sans vouloir l’ausculter.

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« Les réanimateurs rapportent de plus en plus de cas de malades jeunes sans comorbidité entrant en réanimation. Le covid n’est pas que l’histoire des plus fragiles ou des plus âgés, c’est notre histoire à tous », twittait il y a quelques jours Aurélien Rousseau, directeur de l’Agence régionale de Santé Ile-de-France. Chez nos voisins, on le constate depuis quelques semaines : des patients plus jeunes sont davantage concernés par des formes plus sévères de la maladie, nécessitant de passer par la case hôpital, voire par celle des soins intensifs.

Soyons de bon compte, le « shift » n’est pas spectaculaire, les trentenaires ou quarantenaires n’occupent toujours pas massivement les unités « Covid ». Mais changement, il y a. « Depuis janvier 2021, un léger rajeunissement de la population admise en réanimation est observé », notait Santé publique France (SPF) dans son bulletin épidémiologique du 25 mars. « Il y a un petit glissement sur la moyenne d’âge. Il n’est pas majeur, mais il est net », a confirmé à Franceinfo Pierre-François Dequin, chef du service de réanimation du CHU de Tours. Tout en tempérant : « La majorité des patients est quand même d’un âge moyen ».

Depuis le début de l’année, les plus de 80 ans sont presque deux fois moins nombreux dans les services de réanimation français ; ils représentaient 12,9% des malades au 1er janvier. Ils ne comptent plus que pour 7,5% au 24 mars. A l’inverse, la proportion de 40-59 ans a progressé, de 18% à 24,8%. Même chose pour celle des moins de 40 ans, de 2,8% à 3,5%. La part des 60-79 ans, qui représentent la grande majorité des patients, est toutefois restée stable, de 66,3% à 64,2%.

Manque de données belges

Si on s’est permis ce large détour par la France, c’est parce que la réalité belge est moins documentée. Pour l’heure, les rapports de surveillance épidémiologique délivrés par Sciensano ne donnent pas d’aperçu sur l’âge et le profil précis des patients hospitalisés. Dans Le Soir, le porte-parole interfédéral a d’ailleurs regretté le manque de données statistiques sur la question : « C’est un gros problème. On ne peut pas tirer les leçons des événements pendant que ça se passe ». « Tout ce qui nous revient du terrain, c’est effectivement un léger rajeunissement de l’âge des personnes hospitalisées », a ajouté Yves Van Laethem.

Au front, les soignants ont en effet constaté des changements dans le profil démographique des malades. « On n’a quasi plus de patients de plus 80 ans hospitalisés » expliquait par exemple Leïla Belkhir, infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc. On est à 50% de moins de 50 ans, ce qui n’était pas habituel auparavant. On a des personnes de 34, 35, 40, 44, 47 ans. Il y a certes parfois un facteur de risque, comme l’hypertension. Attention, nous avons déjà eu des plus jeunes hospitalisés par le passé. Mais c’est clair que je constate aujourd’hui des patients plus jeunes qu’avant ».

Les plus âgés protégés 

Si les spécialistes ne sont pas encore tous raccords pour expliquer le phénomène, quelques hypothèses reviennent le plus souvent. À commencer par les progrès (certes beaucoup trop lents au goût de beaucoup) de la campagne de vaccination. Achevée dans les maisons de repos, celle-ci a mis à l’abri un certain de nombre de personnes âgées, qui étaient initialement plus exposées à des formes graves de la maladie. 

Pour le spécialiste en épidémiologie et en biostatistique, le Français Pascal Crépey, l’évolution démographique des patients hospitalisés pourrait également s’expliquer par la dynamique même de l’épidémie. « Les tranches d’âge les plus jeunes, les moins de 65 ans, sont plus actives et ont plus de contacts, décrivait-il à Franceinfo. Le virus les atteint donc plus rapidement et se propage plus rapidement dans ces tranches d’âge, avant d’atteindre les plus âgés. Dans une phase de croissance de l’épidémie, on a d’abord les jeunes qui sont touchés et ensuite les plus âgés ».

Un variant plus létal ?

Mais le principal suspect de l’évolution constatée à l’hôpital reste le variant anglais (matricule B.1.1.7., pour les fanas de séquençage génomique). Cette mutation, désormais majoritaire en Belgique, expliquerait également la hausse de la proportion des patients en soins intensifs. Sur les 2.499 patients actuellement hospitalisés (chiffres de ce samedi), 664 sont en effet admis aux soins intensifs. Soit une proportion de 26%, supérieure aux 20% environ lors de la première vague.

Dans un premier temps, le variant britannique était craint parce que plus contagieux ; désormais, on redoute qu’il soit aussi plus virulent. Plusieurs études récentes, britanniques et danoises notamment, ont en effet montré un risque d’hospitalisation et une mortalité plus forte chez les malades touchés par le variant B.1.1.7. Sans pour autant faire l’unanimité : « Nous disposons encore de peu de certitudes statistiques pour conclure ou non que le variant britannique est plus mortel, pointait dans les colonnes du Soir Pierre Henin, responsable du service des soins intensifs à l’hôpital de Jolimont (La Louvière). Quant à savoir s’il est plus méchant pour les jeunes, il me semble aussi difficile de l’affirmer car les données restent très restreintes pour chacun d’entre nous ».

Et l’intensiviste d’alerter sur les limites de la statistique. « Il suffit d’un ou deux patients plus jeunes admis à l’hôpital pour avoir un rajeunissement brutal de la moyenne ». Conclusion : si le taux de létalité du variant britannique est potentiellement plus important que la souche originelle, le risque dans l’absolu reste toutefois très faible.

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