10 Européens blacklistés par la Chine, dont un député Ecolo belge

Le Hutois Samuel Cogolati et sa famille ne peuvent plus se rendre en Chine. Dernièrement, il avait demandé au Gouvernement belge de reconnaitre « le crime de génocide perpétré par le gouvernement de la République populaire de Chine contre les Ouïghours ». 

Samuel Cogolati continuera son combat (Belga)

Le Gouvernement chinois n’aime manifestement pas quand une version de l’Histoire différente de la sienne circule, même à l’autre bout de monde. Et il l’a récemment fait savoir. Ce lundi, le ministère chinois des Affaires étrangères a communiqué une liste de 10 Européens, et 4 institutions du continent, qui ont désormais l’interdiction de se rendre en Chine, à Hong Kong ou à Macao. Idem pour les membres de leurs familles. Les entreprises et institutions avec lesquelles ils sont liés ne peuvent désormais plus faire affaire avec la Chine.

La raison : « ils portent gravement atteinte à la souveraineté et aux intérêts de la Chine et diffusent malicieusement des mensonges et de la désinformation ».

Cette liste a été en fait diffusée en réaction à la décision de l’Union Européenne de sanctionner l’Etat chinois pour son traitement des musulmans Ouïghours dans la région du Xinjiang. 4 dirigeants locaux ont été ciblés pour atteinte aux droits de l’homme. Ils ne peuvent plus se rendre dans l’UE, ni profiter de ce qu’ils y posséderaient. Leurs avoirs y sont gelés. Cela faisait plus de 30 ans, depuis les événements de la place Tian’anmen en 1989, que l’Europe n’avait pas puni le Gouvernement chinois de la sorte.

« Appeler un chat, un chat »

On pourrait s’attendre à voir sur cette liste de 10 noms de dirigeants des hauts dignitaires européens, mais pas exactement. On y retrouve 5 parlementaires européens, dont le Français Raphaël Glucksmann, des politiciens néerlandais, lituaniens, deux universitaires, un Allemand l’autre Suédois et enfin, un député Ecolo au parlement fédéral : Samuel Cogolati, de Huy.

Docteur en droit international, le Hutois a souvent le regard porté vers l’étranger, notamment vers la Chine. Dernièrement, en février, avec son homologue Groen Wouter De Vriendt, il a porté devant la Chambre un texte demandant au Gouvernement, et donc à la Belgique, « de reconnaître de le crime de génocide perpétré par le gouvernement de la République populaire de Chine contre les Ouïghours ».

« Aujourd’hui, en tant que parlementaires, on doit prendre une responsabilité morale et légale, et appeler un chat un chat. Les atrocités commises portent un nom, c’est un génocide, la pire horreur reconnue en droit international », avait expliqué Samuel Cogolati à la Libre Belgique, il y a quelques semaines.

Les députés demandaient aussi au Gouvernement d’agir sur différents autres sujets liés à la Chine, comme bloquer les importations « liées au travail forcé frappant la minorité ouïghoure en Chine », notamment, ou encore de suspendre les extraditions entre Bruxelles et Pékin, « tant que toutes les garanties pour un procès équitable, l’interdiction de la peine capitale, de la torture ou d’autres traitements inhumains et tant qu’un système judiciaire indépendant ne sont pas assurés ».

La démarche avait rapidement été dénoncée par l’ambassadeur de Chine en Belgique, Cao Zhongming. Il a envoyé un courrier à la Chambre dans lequel il a écrit : « Je tiens à réitérer solennellement qu’il n’existe absolument pas de ‘génocide’, ‘travail forcé’ ou de ‘stérilisations sans consentement’ au Xinjiang, contrairement à ce que la ‘proposition de résolution’ prétend. Ces allégations sont fabriquées de toutes pièces par des forces antichinoises, dans le but de noircir et de diffamer la Chine. »

« Renforcer ma détermination »

Ce lundi, Samuel Cogolati a réagi via communiqué face aux interdits émis par la République populaire de Chine à son encontre. « Ces sanctions de la part du gouvernement chinois font froid dans le dos », a écrit le député fédéral. « Qu’un parlementaire démocratiquement élu soit la cible d’un régime autoritaire pour son travail légitime en tant que défenseur des droits humains est une chose grave. Mais le coût et poids de ces sanctions ne sont rien en comparaison avec les graves persécutions que des millions de Ouïghours doivent endurer au quotidien. Parce que je vis dans un pays démocratique. »

Il conclut en soulignant que cette décision chinoise ne mettra pas un terme à son combat. « Leur but était de réduire des parlementaires au silence ? Eh bien, ces sanctions ne font que renforcer ma détermination et ma solidarité avec toutes celles et tous ceux qui osent se lever pour défendre les libertés fondamentales. »

La co-présidente d’Ecolo Rajae Marouane s’est également fendue d’un mot de soutien dans le même communiqué, indiquant que « par ces sanctions c’est le cœur de la démocratie qui est visé par un régime autoritaire : le travail parlementaire ».

A noter que figurent également sur cette « blacklist » chinoise : l’Institut Mercator d’Études Chinoises, en Allemagne, la Fondation de l’Alliance des Démocraties, au Danemark, le Comité politique et de sécurité du Conseil de l’Union européenne et le Sous-comité aux droits humains du Parlement européen, actuellement présidé par la socialiste belge Marie Arena.
 

Plus d'actualité