Le tunnel Annie Cordy et la féminisation des rues en Belgique

Plus de 30.000 personnes ont participé au vote pour le nouveau nom du plus long tunnel de Bruxelles. Il s’agissait d’un projet-pilote en vue d’une ordonnance pour modifier le nom des voiries régionales dans la capitale. Ailleurs en Belgique, quelques communes comptent aussi donner plus de places aux femmes dans l’espace public de cette manière.

Désormais, c'est le tunnel Annie Cordy qui emmènera les automobilistes jusqu'à la basilique. (D.R.)

Avant, dans Bruxelles, si vous vouliez vous rendre rapidement de la place de l’Yser à la Basilique de Koekelberg, il suffisait d’emprunter le tunnel Léopold II, le plus long de la capitale, avec plus de 2,5 kilomètres de long. Une époque révolue. 

Tunnel

(Crédit photo: Reuters)

Désormais, il faudra prendre le tunnel Annie Cordy. Actuellement en travaux, la voirie sous-terraine sera renommée pour sa réouverture. Entre « le roi bâtisseur », constamment au centre de remises en question et de polémiques sur l’époque coloniale de notre pays et l’interprète de La Bonne du Curé, le changement est radical.

Cordy

(Crédit photo: Maxppp)

L’idée derrière cette modification : féminiser les noms de rues. Pourquoi ? Parce que l’égalité passe aussi par la visibilité. En ce 8 mars, journée des droits de la femme, on parle évidemment surtout d’égalité des sexes, mais cela vaut aussi pour les couleurs, les origines, les identités sexuelles, les religions, etc. La parité, c’est aussi faire en sorte que chacun soit, au quotidien, « exposé » à autant de figures féminines que masculines. Et on en est encore loin. 

Une ordonnance pour changer les noms

Pour remédier à ce manque de visibilité global, donner plus de place aux femmes dans l’espace public fait partie des solutions mises sur la table. Les rues, les monuments, les bâtiments publics et les statues : tous rendent majoritairement hommage à des hommes. Sur les 43% de rues bruxelloises nommées après une figure célèbre, seules 6% portent le nom de femmes. 

C’est ce qu’ont pointé du doigt deux membres du Gouvernement bruxellois l’an passé : Nawal Ben Hamou (PS), secrétaire d’Etat à l’Egalité des chances et Elke Van den Brandt (Groen), ministre de la Mobilité. « Les noms de rues racontent l’histoire de la ville. Si on a une rue qui s’appelle Marché au Charbon, c’est parce qu’il y avait un marché au charbon. Ça nous permet de garder notre histoire en mémoire, ça impacte l’image qu’on a de Bruxelles », avait expliqué l’élue écologiste à La Libre.

Elke Van den Brandt (Crédit photo: Belga)

Elke Van den Brandt. (Crédit photo: Belga)

Leur projet : une ordonnance qui permettrait de changer le nom de rues sur les voiries régionales. Côté local, c’est déjà possible, mais au régional, il y a encore un vide juridique. Pour ne pas brusquer des riverains qui seraient attachés au nom de leur rue, on connait le fameux phénomène Nimby, la ministre et la secrétaire d’Etat avaient donc décidé de lancer un projet pilote. L’idée était de rebaptiser le tunnel Leopold II, en laissant les citoyens décider. « Il y a plusieurs noms de rues à Bruxelles qui méritent peut-être un débat. On commence avec un tunnel, où personne n’habite, comme ça l’impact administratif est moindre. Après, si la procédure fonctionne, on va l’inscrire dans l’ordonnance et on pourra la réutiliser après », avait expliqué la ministre bruxellois de la Mobilité à France 2.

Toutes les suggestions étaient les bienvenues, puis, en février dernier, la Région a proposé aux Belges de choisir entre 15 noms, sélectionnés par un comité d’experts. Après 28 jours et plus de 30.000 votes, on apprend ce lundi que c’est notre Tata Yoyo nationale, décédée l’an passé, qui l’a emporté avec plus de 22% des voix.

« Cette première action participative avait pour objectif de susciter l’implication des Bruxellois et Bruxelloises dans le processus d’évolution de leur ville. Le nombre important de votants nous encourage à mener d’autres initiatives pour mieux visibiliser les femmes à Bruxelles, mais aussi leur apport à la culture bruxelloise, belge ou internationale. Ce sont, selon nous, des leviers positifs pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’espace public », a commenté Nawal Ben Hamou, rapporte la RTBF.

Nawal Ben Hamou. (Crédit photo: Belga)

Nawal Ben Hamou. (Crédit photo: Belga)

Namur, Liège et Soignies aussi

Ailleurs dans le pays, cette réflexion a lieu aussi.

A Soignies, en septembre dernier, après avoir à nouveau nommé une place d’après un homme, la commune a décidé de veiller à plus d’égalité dans les dénominations de lieux. Elle a d’ailleurs invité les habitants de la commune à faire des suggestions.

La Ville de Liège, il y a quelques jours à peine, a entrepris une démarche similaire. Lors de son conseil communal de Mars, elle a octroyé des noms de femmes à trois voiries, deux places et une esplanade. On peut citer en exemple la rue Marie Defrère, en hommage à une habitante de Sclessin qui a caché une enfant juive et sa maman durant la Seconde Guerre mondiale, ou encore la rue Suzanne Clercx : d’après une musicologue et professeure à l’Université de Liège. « Les choix opérés répondent au souhait du Collège de renforcer la féminisation des dénominations des voiries liégeoises. Les toponymes retenus rendent hommage à des personnalités de genre féminin qui ont marqué leur époque, notamment sur les plans culturels ou scientifiques, le plus généralement à Liège », a expliqué la Ville.

En province de Namur, la commune de Ciney a rejeté une motion de l’opposition Ecolo proposant de choisir des noms féminins lors des prochaines créations de voirie. La Ville de Namur, par contre, a établi, en 2016, une liste de 16 noms féminins pour nommer les nouvelles rues et artères de la capitale wallonne. « Depuis 2017, l’immense majorité des nouveaux noms de rues proviennent des personnalités féminines. De la liste de 16 noms, 13 voiries ont déjà été dénommées par des noms féminins. Alors que 5 voiries l’ont été par des noms masculins et 17 voiries de noms divers », a expliqué le bourgmestre Maxime Prévot (cdH) à La Meuse Namur

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