Le Gulf Stream ralentit (et c’est une mauvaise nouvelle)

Le courant chaud qui circule dans l'Atlantique aurait atteint son niveau le plus bas depuis un millénaire. Ce qui pourrait avoir des conséquences désastreuses en Europe, et ailleurs.

Si le Gulf Stream s'affaiblit davantage, l'Europe pourrait connaître des hivers plus rigoureux. - Unsplash

Souvenez-vous de ce film catastrophe. En 2004, « Le Jour d’Après » imaginait New York plongée dans un nouvel âge de glace… sous l’effet du réchauffement climatique. En cause: l’interruption de la circulation du courant océanique en Atlantique. Si le scénario est un tantinet exagéré, il met en lumière un phénomène qui inquiète les chercheurs depuis plusieurs années: le dérèglement de la circulation océanique, dont la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (AMOC).

Plus communément appelé « Gulf Stream » – bien que celui-ci ne représente en réalité que l’un de ses composants, ce courant qui transporte de l’eau chaude des zones tropicales de l’Atlantique vers le Nord joue un rôle essentiel sur le climat en Europe. C’est grâce à lui que nous avons des hivers doux en Belgique. Or, il s’affaiblit d’année en année. Selon une étude publiée fin février dans la revue Nature Geoscience, il serait actuellement à son niveau le plus bas depuis au moins un millénaire.

Stable jusqu’à la fin du XIXe siècle, la circulation océanique a commencé à diminuer avec la fin de la petite période glaciaire vers 1850, avant de décliner drastiquement dans les années 1950. Au cours des dernières décennies, elle aurait ainsi perdu 15% de sa puissance. Un ralentissement que l’équipe de climatologues attribue au réchauffement climatique.

Un tapis roulant déstabilisé

L’AMOC « fonctionne comme un tapis roulant géant », explique Stefan Rahmstorf, coauteur de l’étude. « L’eau chaude et salée se déplace du sud vers le nord où elle se refroidit et devient ainsi plus dense. Lorsqu’elle est suffisamment lourde, l’eau coule vers des couches océaniques plus profondes et retourne vers le sud. » Le tout jouant un rôle de régulateur thermique.

Mais ce système est perturbé par la fonte de la calotte glaciaire. En libérant de l’eau douce dans les océans, ce phénomène réduit le niveau de salinité de l’eau. Moins salée et donc moins dense, celle-ci plonge moins en profondeur, et le tapis roulant planétaire s’en trouve ralenti.  

Désastre climatique et humain

Sous l’effet du réchauffement climatique, le courant de l’Atlantique Nord pourrait s’affaiblir de 34 à 45% d’ici à 2100, prédisent les scientifiques. « De quoi nous rapprocher dangereusement du point de basculement » au-delà duquel ce flux qui régule le climat sur nos continents pourrait devenir totalement instable, s’inquiètent-ils. Même si nul ne sait quand ce point de rupture arrivera.

Moins cataclysmiques que « Le Jour d’Après », les conséquences d’un affaiblissement du courant océanique seraient néanmoins désastreuses. Si les eaux chaudes qui remontent de du Sud vers le Nord ralentissent, l’Europe ne bénéficiera plus de la douceur qu’elles apportent, entraînant des extrêmes climatiques plus marqués: des hivers potentiellement plus rigoureux, des tempêtes plus fortes et des étés plus étouffants.

Athènes sous la neige

La colline du Lycabette à Athènes, sous un manteau de neige, fin février. – AFP

En Afrique, les moussons, qui s’étendent de l’Afrique de l’Ouest jusqu’au Sahel, migreraient plus au sud, provoquant d’importantes sécheresses qui affecteraient les cultures et diminueraient l’apport en nourriture de plusieurs millions de personnes. La pêche commerciale pourrait également être affectée par des changements de la position et de la profondeur des courants océaniques.

De l’autre côté de l’Atlantique, sur la côte est des Etats-Unis et du Canada, le ralentissement du courant pourrait entraîner une accumulation d’eau, et donc une augmentation du niveau de la mer.

Pour couronner le tout, un autre phénomène indispensable s’en verrait perturbé: l’absorption du dioxyde de carbone par les océans. Ceux-ci captent une partie du CO2 présent dans l’atmosphère, qui est absorbé en surface avant d’être réparti dans les eaux profondes, grâce aux courants. Si ces derniers continuent de s’affaiblir, cela conduirait à une hausse de la concentration du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, et donc à une accélération de la montée de la température sur Terre et une hausse de la température des océans. Un sacré cercle vicieux.

Il reste toutefois beaucoup d’incertitudes sur l’AMOC, mesuré seulement depuis 2004. De nombreuses études supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre ce courant, et reconnaître les conséquences de son affaiblissement. « Le fait est que nous ne savons pas tout ce qui se passera lorsque le système du Gulf Stream s’affaiblira davantage, confirment les chercheurs de l’étude. Et c’est en partie ce qui rend ce phénomène si dangereux. »

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