Vers la fin d’un service bancaire de proximité ?

D’un côté, la hausse des tarifs. De l’autre, la diminution du nombre d’agences et/ou de distributeurs. Cette double tendance à l’œuvre au sein du secteur bancaire irrite, tant du côté politique que chez Test Achats.

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Mauvaise nouvelle pour les clients KBC. Au 1er avril, les tarifs pour des comptes « Plus KBC » seront relevés, ce qui concernerait 80% de la clientèle de la banque belge, selon Test Achat. KBC a également décidé de désactiver la fonction impressions dans ses self banks. Tout envoi mensuel en version papier sera désormais facturé 2,5 euros, au lieu de 1,70 pour le compte à vue. Ceci n’est que le dernier exemple en date d’une remontée des tarifs, déjà entamée en 2019 par la plupart des établissements bancaires, et qui épouse une autre tendance de fond : la digitalisation du secteur.

Confinement et mesures sanitaires, moindre utilisation du cash… le coronavirus a sans nul doute conforté l’essor de la banque en ligne. Au risque de laisser sur le carreau toute une frange du public allergique ou moins à l’aise avec les ordinateurs, smartphones et autres tablettes. « Bien que la digitalisation offre de nombreux avantages pour la majorité de la population, il n’est pas acceptable de laisser de côté plusieurs centaines de milliers de personnes qui ne peuvent pas, ou ne souhaitent pas, effectuer toutes leurs opérations de manière digitale », jugeait ainsi la porte-parole de Test Achat Julie Frère (Belga).

En guerre contre cette fracture numérique, l’association de défense des consommateurs s’oppose également à la hausse des frais bancaires. Elle a remis une pétition demandant le gel des frais bancaires auprès du ministre de l’Economie, Pierre-Yves Dermagne, et de Secrétaire d’État aux droits des consommateurs, Eva De Bleeker, selon les informations de la DH.

Multiplication des fermetures

Pour le portefeuille des publics les moins « numérisés », la hausse des tarifs bancaires est d’autant plus difficile à digérer qu’elle s’accompagne d’une diminution du nombre d’agences. Selon les chiffres du Soir, ING annonçait début décembre la fermeture de 62 bureaux supplémentaires en 2021, après les 65 fermetures de l’année 2020. Même chose pour Belfius (24 agences condamnées en 2020, 14 en 2021). Les régions rurales comme les zones urbaines ou semi-urbaines sont concernées par le phénomène. Pour garantir un nombre suffisant de distributeurs de billets, les banques ont lancé deux structures (Jofico et Batopin) afin de « mutualiser » la gestion des distributeurs.

Avec pour objectif que 95% des Belges disposent d’un distributeur dans un rayon de 5 km. Des doutes subsistent toutefois quant à ces dispositifs. « Ce qui est vendu comme un service accru aux citoyens ressemble plutôt à une rationalisation du réseau de distributeurs, avançait dans l’Avenir le député fédéral Nicolas Parent (Ecolo). Selon les projections de Batopin, le but est de passer de 5.800 à 2.400 terminaux et de 2.500 à 750 lieux. On peut difficilement croire à un gain pour les citoyens ».

Les Verts ont déposé une résolution à la Chambre ; le cdH s’apprêterait à le faire, afin d’assurer « des services bancaires de proximité, de qualité et inclusifs ». En mai dernier, le PS avait également déposé une proposition de loi « visant à assurer la gratuité des retraits d’argent et à garantir la présence en nombre suffisant de distributeurs de billets sur tout le territoire du Royaume ».

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