Miss Germany : le renouveau des concours de beauté ?

En couronnant une mère de famille de 33 ans, le concours de Miss Germany dépoussière le genre, toujours marqué par une prédominance de critères esthétiques très normés.

Anja Kallenbach, Miss Germany 2021. - IMAGO

Elle a 33 ans et deux enfants. Anja Kallenbach a été couronnée Miss Germany ce samedi soir, lors d’une cérémonie qui ne ressemble à aucune autre. Pas de défilé en maillot de bain, ni de restrictions de taille ou de poids. En Allemagne, ce concours de beauté se veut plus moderne et inclusif, en ouvrant depuis l’an dernier ses inscriptions à toutes les femmes de 39 ans maximum, mariées, mères de famille et enceintes y compris.

Désormais, c’est la personnalité qui prévaut sur l’apparence physique – même si celle-ci reste importante aux yeux du jury composé majoritairement de femmes, comme le prouve l’élection d’Anja Kallenbach, devenue mannequin à 27 ans après la naissance de son premier enfant.

« Avec les expériences que j’ai acquises dans la vie, au travail, en tant que mère, amie, épouse et femme qui affirme sa vie, je voudrais maintenant être un modèle et animer les autres avec joie et courage », avançait sur le site de Miss Germany la candidate de la région de Thuringe, qui dirige deux magasins de vélos aux côtés de son mari. Son but dans cette compétition étant d’encourager les femmes à faire ce qui leur fait du bien, « peu importe votre âge, peu importe votre apparence, quoi qu’en disent les autres ».

Miss Germany

Cette passionnée de sport concourait face à quinze autres candidates, représentant ainsi chacune un des seize Länder allemands. Parmi celles-ci se trouvait notamment une survivante de violences sexuelles, une ancienne témoin de Jéhovah, une activiste engagée contre la grossophobie ou encore une femme vivant avec une stomie.

Pour tenter de remporter l’écharpe, les candidates doivent prouver « qu’elles ont un objectif clair en tête et qu’elles sont engagées pour un avenir meilleur », explique l’organisation, qui s’intéresse davantage à leur parcours de vie, leurs projets et convictions. Elles doivent tout de même défiler en tenue de soirée, puis en tenue décontractée, avant de répondre à des questions relatives notamment à la famille ou à la beauté…  

Nouvelle ère pour les concours de beauté

Malgré ces quelques contradictions, Miss Germany révolutionne le genre, à une époque où les concours de beauté sont jugés ringards et sexistes. Depuis longtemps, les associations féministes dénoncent l’anachronisme d’une telle cérémonie. Souvent vieille de plus de cent ans, celle-ci contribue à la sexualisation et à l’objectivation du corps des femmes. Si les participantes ne sont aujourd’hui plus seulement jugées sur leur plastique, les voir s’offrir à l’appréciation d’un jury, souvent en partie masculin, vêtues d’un simple maillot de bain et perchées sur des talons de 10 centimètres ressemble toujours, pour certains, à une foire aux bestiaux.  

Néanmoins cela fait quelques années qu’un vent nouveau souffle dans ce monde de paillettes et de frous-frous, avec notamment l’élection d’une Miss transgenre en Espagne en 2018 ou encore la suppression du défilé en maillots de bain pour Miss America, depuis 2019. Cela veut-il dire pour autant qu’une Miss trentenaire et mère de famille va bientôt représenter la Belgique ? Cela semble impossible pour le moment. Le concours de beauté national, si cheap et impopulaire qu’aucune chaîne télé ne veut le diffuser, aurait pourtant bien besoin d’un lifting. Quatre critères sont requis à ce jour pour prétendre au titre Miss noir-jaune-rouge : être de nationalité belge, célibataire, sans enfant, et âgée entre 18 et 25 ans.

Chez nos voisins français, où la diffusion de leur concours de Miss fait chaque année un carton plein, la sélection est encore plus drastique: être de sexe féminin, être née de nationalité française, être âgée entre 18 et 24 ans à la date du 1er novembre de l’année en cours. Les prétendantes doivent également être célibataires et sans enfant, mesurer au minimum 1,70m et posséder un casier judiciaire vierge. Les jeunes femmes ayant posé partiellement ou totalement dénudées, même pour des nobles causes comme la lutte contre le cancer du sein, sont exclues de la sélection. Idem pour les tatouées, percées, mariées, pacsées, divorcées et même veuves. Avec des critères aussi restrictifs, la France est loin de s’engager contre les diktats impitoyables imposés par la société. À l’inverse, elle y participe.

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