Une crise aussi forte qu’en 2008? Peu probable…

Il y a un an, les experts craignaient le scénario d’une persistance des restrictions sanitaires. Mais si les difficultés sont réelles, il y a de bonnes raisons d’espérer éviter le cauchemar de la décennie précédente.

Des traders témoins de la chute des cours à la Bourse de Madrid en 2012 @BelgaImage

La tempête économique actuelle n’est-elle qu’un avant-goût des mois et années à venir? A priori, la récession de 2020 a en tout cas de quoi faire peur. Le PIB belge s’est effondré de -6,2% l’année passée, alors que la chute s’était limitée à -2% en 2009. Un record depuis la Seconde Guerre mondiale! On ne peut même pas se consoler avec le premier trimestre 2021, qui devrait toujours accuser le coup avec les mesures sanitaires toujours d’application…

Et pourtant, à côté de ce sombre tableau, on pourrait presque s’étonner de la relative bonne santé de certains secteurs. Les marchés boursiers ne sont pas paniqués, loin de là, et si des services comme l’horeca ou le tourisme souffrent, le baromètre de confiance de la Banque nationale pour l’industrie belge a renoué avec son niveau pré-coronavirus. C’est certain: le Covid-19 va laisser des cicatrices profondes pour l’économie belge, mais peut-être pas celles que l’on pourrait redouter à première vue.

Pas d’effondrement des banques à l’horizon

Il faut dire que la crise actuelle est très différente de celle de 2008. Il y a 13 ans, la planète était épouvantée par la fragilité des banques, dont certaines ont fait faillite comme Lehman Brothers. Désormais, le poison des subprimes, ces emprunts très risqués qui menaçaient leur stabilité, font partie de l’histoire ancienne.

«Les banques sont bien moins à risque actuellement», confirme Bruno Colmant, économiste et membre de l’Académie de Belgique. «Bien sûr, elles vont avoir des pertes de crédit avec des personnes incapables de payer leurs emprunts bancaires. Mais ce n’est pas du tout comparable à 2008. Cette année-là, les banques étaient quasiment en faillite et ont dû être renflouées comme KBC ou nationalisées comme Dexia qui est devenue Belfius. Aujourd’hui, rien de tout cela».

Une stratégie de relance tout à fait différente

Une autre grande différence entre 2008 et 2020, c’est la réponse apportée à la crise. Dans les années 2010, la préoccupation principale, c’était de limiter par tous les moyens la dette des États par l’austérité et l’orthodoxie budgétaire. Le cas de la Grèce est ici dans tous les esprits. Aujourd’hui, retournement complet de situation: les États n’hésitent plus à s’endetter et à dépenser pour soutenir l’économie. Il y a un mois, un rapport de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a par ailleurs montré que le confinement a incité la population à épargner, d’où une chute des taux d’intérêt qui rend in fine la dette d’autant plus supportable. Le risque de dérapage budgétaire est donc, a priori, très faible.

Pour Bruno Colmant, cette nouvelle attitude face à la dette «disqualifie a posteriori la réponse donnée après 2008» et prouverait que les États ont appris les leçons de la crise précédente. «Sur l’angle monétaire, on n’aurait pas réussi à gérer cette crise si on avait gardé la même position qu’en 2008 sur les dettes, c’est certain», estime-t-il. Il juge même que cette nouvelle politique sauve définitivement l’euro, et ce d’autant plus qu’il n’y a plus aujourd’hui de débat entre les pays du Nord et du Sud de l’Europe sur les bénéfices d’une intervention de la Banque centrale européenne dans l’économie. Pour lui, l’euro ne risque donc rien aujourd’hui. On est bien loin de l’ambiance d’il y a seulement 10 ans.

Une reprise en K: l’hypothèse réaliste et douce-amère

Aujourd’hui, les économistes n’espèrent qu’une chose: sortir vite de la crise sanitaire pour oublier le cauchemar de 2020. Une fois cela fait, la reprise devrait être au rendez-vous. Selon les projections de PwC, la croissance du PIB belge devrait ainsi rebondir en 2021 à +4%, soit un niveau plus jamais atteint depuis 1988. Les pays européens plus touchés en 2020, l’Espagne en tête, devraient également avoir une croissance plus importante que les États plus épargnés par le coronavirus l’année passée, comme l’Allemagne. Une condition à cela: le retour des touristes.

Bruno Colmant imagine de son côté une lente remontée qui permettra de revenir à la situation ante quem en 2-3 ans. Mais cela ne veut pas dire que le coronavirus ne laissera pas de trace dans l’économie, bien au contraire. Il craint surtout que la reprise économique ne se fasse sous forme de K, c’est-à-dire que certains secteurs économiques prospéreront là où d’autres sortiront de cette crise fragilisés.

«La préoccupation principale maintenant, c’est que des secteurs qui étaient rentables, comme l’horeca, soient touchés de manière peut-être presque définitive», craint l’économiste. «On risque donc d’avoir un agrandissement des disparités sociales, avec une plus grande dichotomie entre les personnes qui seront capables de résister aux chocs économiques et les autres. Pour moi, le grand danger, c’est qu’on arrive à une situation plus américaine qu’auparavant».

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