Van Langenhove (Vlaams Belang) à Paris: erreur ou coup de com ?

Le parquet de Hal-Vilvorde a annoncé l’ouverture d’une enquête après la participation de Dries Van Langenhove à une manifestation de soutien au mouvement d’extrême-droite Génération identitaire. En se rendant à Paris, le député du Belang n’a pas respecté l’interdiction des voyages non essentiels.

©BELGAIMAGE-173315436/ manifestation en soutien au mouvement d'extrême-droite française Génération identitaire, le 20 février à Paris

« En tant que député, [j’ai] une série de devoirs à remplir », a argué Dries Van Langehove pour justifier son déplacement. C’est en effet pour « défendre le droit à la liberté d’expression » que l’élu du Vlaams Belang explique avoir rejoint Paris. Quelques centaines de militants s’y étaient rassemblés samedi pour soutenir le groupuscule Génération identitaire, accusé d’appeler à la haine raciale et menacé de dissolution par le ministre de l’Intérieur français, Gérald Darmanin. Bien reconnaissable en tête du cortège – et pour cause, il ne portait pas de masque, pourtant obligatoire dans l’espace public français – Dries Van Langenhove n’a pas tenté de cacher sa petite virée parisienne. Il l’a même assumée sur son compte Facebook en publiant des photos où on peut l’apercevoir parmi les manifestants, portant le logo de l’organisation identitaire flamande Schild&Vrienden qu’il a fondé en 2017.

Dimanche, le principal intéressé a indiqué à VTM qu’il se plaçait en quarantaine « pour rassurer ceux qui s’inquiètent ». Une formulation pour le moins discutable, dans la mesure où le respect de la quarantaine est obligatoire, tout comme les deux tests PCR au retour sur le sol belge. De son côté, la ministre de l’Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V), a estimé que la participation à une manifestation à l’étranger, comme l’a fait Dries Van Langenhove samedi à Paris, n’est pas à proprement parler un motif « essentiel » justifiant de voyager malgré l’interdiction des déplacements de loisirs. La porte-parole de la ministre a également rappelé qu’en tant que député, le jeune homme a une fonction d’exemple. Le parquet de Hal-Vilvorde va en tout cas dresser un procès-verbal.

Nouveau dérapage ?

Ce n’est pas la première fois que le député du Belang se retrouve en porte-à-faux avec les mesures sanitaires. Au mois de mai dernier, il avait été pris en flagrant délit en train de participer à une fête chez des amis, et avait dû s’acquitter d’une amende de 250 euros pour non-respect du confinement. Faut-il voir dans son déplacement à Paris un nouveau dérapage, ou bien la volonté de s’afficher comme un rebelle aux prescrits « Covid », et de s’attirer les faveurs de certains électeurs, sensibles à la question ? Pour Benjamin Biard, politologue au Crisp, « c’est impossible à dire ». Mais ce spécialiste de l’extrême-droite note que l’épisode Van Langenhove à Paris est en tout cas un « écart par rapport au processus de normalisation du Vlaams Belang » que Tom Van Grieken tente de mettre en place.

Depuis son arrivée à la tête du parti en 2014, l’ancien publiciste a en effet entrepris des travaux cosmétiques pour donner une autre image à un parti dont trois ASBL satellites étaient condamnées pour racisme en 2004. Et ce, en le purgeant de certains éléments néo-nazis, ou en passant du « look skinhead au BCBG en costume », résumait pour le Soir Manuel Abramovicz, spécialiste de l’extrémisme et fondateur du média Résistances. Avec, pour objectif, se vendre comme une alternative crédible à même de monter dans une coalition en 2024.

 Respectabilité

«Un peu à l’image de Marine Le Pen et de son Rassemblement National (RN), le Vlaams Belang a essayé d’offrir un visage de respectabilité durant la crise sanitaire, relève Benjamin Biard. Contrairement à des groupuscules d’extrême-droite – on peut citer le mouvement français Les Patriotes, de Florian Philippot – le RN et le Vlaams Belang ne se sont par exemple pas affichés anti-vaccins. Alors même que les enquêtes d’opinion montrent qu’une partie des électeurs du Belang, pour rester sur le cas belge, sont sceptiques sur la question ».

Si la réticence face à la vaccination « Covid » n’est évidemment pas l’apanage de la droite de la droite, un grand baromètre réalisé entre autres pour Het Laatste Nieuws révélait en décembre que 23 % des électeurs du Vlaams Belang ne voulaient pas se faire vacciner.

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