Vaccination au Heysel : « Tout est fait pour que ça se passe bien »

À peine inauguré mardi, le plus grand centre de vaccination de Belgique était déjà fermé mercredi. En cause, un gros bug informatique qui a empêché l’envoi des invitations. Le problème finalement réglé, 3000 convocations ont pu être délivrées aux Bruxellois. Reportage.

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Pour Brussels Expo, c’est l’événement de « l’espoir ». Après neuf mois d’arrêt, l’organisateur attend beaucoup de son exposition « Dino World », ouverte depuis quelques jours au Heysel. Et à en juger par les familles qui se pressent à l’entrée du Palais 2 pour éviter le crachin indécis de ce jeudi après-midi, le public semble au rendez-vous. Mais pour beaucoup, le vrai événement de « l’espoir » a plutôt lieu à quelques dizaines de mètres de là. « Centre de vaccination City Heysel » est-il inscrit en lettres géantes sur le toit du Palais 1. Difficile à louper. Pour l’heure, les dinosaures paraissent avoir gagné le match face aux seringues, il n’y a pas encore grand monde sur le site.

Pour y pénétrer, il faut montrer patte blanche : scanner le QR code de son invitation, puis tendre le front à une steward qui, munie d’un thermomètre laser, s’assure que vous ne dépassiez pas 38° de température. À l’intérieur, les bolides et les modèles « exclusifs » du salon de l’Auto 2020 ont laissé la place au plus grand centre de vaccination de Belgique. 20 boxes sont installés dans l’immense hall ; à terme, 112.000 personnes par mois pourront s’y faire vacciner contre le Covid-19. Soit environ 3600 piqures par jour. Une capacité maximale encore loin d’être atteinte. Il faut le temps de monter en puissance. Et de faire ses maladies de jeunesse.

Inauguré mardi, fermé mercredi, rouvert jeudi

Le centre du Heysel a en effet connu un faux-départ : après l’inauguration en grande pompe mardi par le ministre bruxellois de la santé, Alain Maron (Ecolo), il a fallu, déjà, refermer la boutique le lendemain. La faute à un gros couac informatique au niveau du système de réservation fédéral Doclr, qui a empêché l’envoi des invitations aux patients pour le Heysel, mais aussi pour les centres d’Anvers et de Gand. « Une solution a finalement été trouvée dans l’après-midi, et les convocations ont pu partir à temps pour ce jeudi », nous explique Inge Neven, responsable du service de l’inspection d’hygiène de la Commission communautaire commune (Cocom).

Les 3000 personnes convoquées mercredi ont reçu un code unique leur permettant de prendre rendez-vous aux dates de leur choix sur le site du Heysel. À Bruxelles, contrairement à la Flandre et à la Wallonie (bientôt), il est possible de choisir son jour et son heure pour la vaccination.

L’expérience « patient »

Arrivant au compte-goutte, les patients sont dirigés vers un des boxes. À ce stade de la campagne, il s’agit du personnel de soin de première ligne (médecins, infirmiers à domicile, etc.) de moins de 55 ans. Après désinfection du siège puis une rapide anamnèse, on procède à la première injection du vaccin AstraZeneca (la deuxième dose sera à effectuer douze semaines après). Le tout en quatre minutes, top chrono. Puis vient le moment le plus long du processus, dans la deuxième partie du hall : il y faut observer un délai de 30 minutes, le temps nécessaire pour prévenir toute complication ou réaction au vaccin.

La dénommée « salle de détente » est divisée en zones rouges, bleues, jaunes, vertes, qui habillent bien le bien le sol en béton et donnent un peu de chaleur au grand hangar métallique. Pour l’heure, une trentaine de vaccinés y patientent, installés sur des chaises à bonne distance les unes des autres. Des baffles propagent un jazz un brin trop sirupeux, des écrans TL diffusent les informations. Le tout est agrémenté de plantes et de bosquets synthétiques qui donnent le change. On se croirait dans la salle d’attente d’un cabinet médical, mais taille géant. « On a essayé de faire attention à l’expérience des patients, à leur accueil, pose Emin Luka, directeur opérationnel de Brussels Expo. Se vacciner contre le Covid, pour certains ça peut-être un moment anxiogène. Donc, au-delà de l’aspect médical, on a tout fait pour que ça se passe bien ».

© BELGAIMAGE-173176677/ Des patients après avoir reçu la première dose du vaccin AstraZeneca, Palais 1 du Heysel, le 16 février

Bientôt la fin du cauchemar ?

Pour le moment en tout cas, tout s’est bien passé pour Marie-Jo. « Je ne suis pas encore devenue verte, je n’ai pas de poils qui me poussent partout sur le visage », sourit cette cinquantenaire, infirmière à domicile. Pourtant, la vaccination, en temps normal, ce n’est pas trop sa tasse de thé. « Je l’ai fait pour mes parents restés au Portugal. Je vais les voir régulièrement. Avec ces histoires de certificats de vaccination, si ça me permet d’éviter les quarantaines à chaque aller-retours, c’est pas plus mal. Mais bon, ça risque pas de nous débarrasser tout de suite de ce truc », souffle -t-elle en montrant son masque. On en est pas encore sorti ».

Pour Beatriz, assise un peu plus loin, la vaccination c’était par contre une évidence. Cette psychiatre dit déplorer « la confusion de certains opposants aux vaccins », qui ne font pas toujours l’effort « de bien s’informer ou de lire les bonnes études scientifiques ». Ses 30 minutes réglementaires écoulées, Beatriz est libre de s’en aller. Mais avant, dernier détour par la case enregistrement. Avec au passage, une petite douceur : chaque vacciné a droit à une praline. « Après la piqure, le sucre c’est très bon pour le corps, glisse Emin Luka. Et puis, si ça donne l’envie aux gens de revenir pour la deuxième injection…. »

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