Puces électroniques: la pénurie qui affecte jusqu’à notre quotidien

Le manque de composants électroniques paralyse de plus en plus de secteurs économiques, au point d’ébranler l’économie mondiale. Une situation qui questionne aussi notre dépendance technologique à l’Asie.

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Vous vouliez une voiture toute neuve en 2021? Pas de chance, l’industrie automobile est paralysée et doit renoncer à la construction de 650.000 véhicules, voire un million, au premier semestre. Pour avoir une PS5 ou une Xbox X, encore raté! Les stocks sont à sec depuis leurs sorties en novembre et pourraient devoir attendre… Noël pour se rétablir. Dans les deux cas, une cause: une pénurie de puces électroniques, et surtout de semi-conducteurs, essentiels pour construire ces machines. Un problème qui affecte aussi le marché des smartphones, des ordinateurs, des tablettes, des machines à laver… Bref, c’est le bordel! Un problème dû à une multiplication de facteurs et qui présage déjà d’importantes conséquences pour l’économie mondiale.

Confinement, sanctions américaines et innovations technologiques en cause

Pour comprendre ce qu’il se passe, il faut remonter à la source. Toutes ces industries se dotent de semi-conducteurs majoritairement produits à Taïwan, en Corée du Sud et en Chine. Cette pièce sert par exemple de «cerveau» aux voitures en gérant tableau de bord, climatisation, GPS, Bluetooth, etc. Sans cela, pas de véhicule! Or l’automobile se fournit à 70% dans une seule usine: celle de TSMC, à Taïwan. Pareil pour les consoles de jeux qui ont besoin de des puces taïwanaises pour prendre vie.

Le problème, c’est que TSMC est en surchauffe et n’arrive plus à tenir la cadence pour plusieurs raisons. En 2020, en prévision des sanctions américaines, des entreprises chinoises ont acheté en masse des stocks de puces électroniques, faisant exploser la demande. Huawei a par exemple commandé l’équivalent de deux années de production de ce composant pour ses smartphones. Pour profiter de cette faiblesse, des rivaux de Huawei ont stratégiquement fait de même.

Mais ça, ce n’est que le début! Avec la crise sanitaire, la production de semi-conducteurs a été ralentie par le télétravail. En même temps, le marché de l’électronique a explosé (ordinateurs, smartphones, consoles…) pour satisfaire le mode de vie adapté au confinement. Les ventes de PC ont bondi comme jamais en 10 ans et les consoles nouvelles générations sont sorties en 2020. D’autre part, la 5G a besoin de beaucoup de semi-conducteurs pour se déployer. Quant à l’automobile, l’industrie a été ralentie au printemps mais a rebondi depuis… en oubliant d’adapter ses commandes en semi-conducteurs.

Un blocage total

Résultat : le carnet de commandes de TSMC est plus que rempli! Il lui est même impossible de fournir correctement ses clients de base: Nvidia, Qualcomm et Apple. La crise provoque donc aussi une pénurie de cartes graphiques et des perturbations sur le marché de smartphones. Apple accuse par exemple d’une baisse de ses ventes et a dû reporter la sortie de son dernier téléphone. Pour rattraper le coup, il ne faut pas compter sur les Sud-Coréens, déjà trop occupés à fournir Samsung & Co.! Quant à la Chine, elle importait auparavant 80% de ses besoins en puces et n’est pas près de répondre à la demande internationale.

On ne compte plus les victimes de ce marasme. Dans l’automobile, les usines paralysées se multiplient: Ford, Nissan, Stellantis (ex-PSA), Mazda, Renault, Volkswagen, General Motors. Yamaha et Panasonic doivent revoir leurs ambitions à la baisse, et ne parlons pas de Sony et Microsoft!

Une «réindustrialisation» de l’Occident en vue?

Pour régler le problème, les gouvernements ont dû réagir. Première option: mettre la pression maximale sur Taïwan pour produire les fameuses pièces. C’est ce qu’a fait l’Allemagne. Taipei a répondu favorablement mais compte profiter de cette situation pour demander en échange plus de vaccins anti-Covid. Le souci, c’est que tout le monde en manque aussi!

Ce blocage a donc logiquement provoqué une prise de conscience internationale sur cette dépendance. L’Europe rêve désormais de créer un équivalent de TSMC sur le Vieux Continent. En décembre, 13 pays européens ont annoncé vouloir investir massivement pour aboutir à une «future alliance industrielle». Cette semaine, la France a réaffirmé que le but était la «souveraineté» dans le secteur avec, en somme, une sorte de réindustrialisation. Pour l’instant, aux USA, Joe Biden se veut plus prudent et promet une étude pour voir ce qu’il vaut mieux faire : améliorer la production américaine ou la coopération avec des partenaires. Quant à la Chine, les sanctions américaines lui ont fait du mal mais cela pourrait justement la forcer à renforcer ses investissements dans le domaine de l’électronique.

En attendant, la pénurie électronique devrait continuer au mieux jusqu’au printemps, voire jusqu’à la fin de l’été, avec des conséquences à plus long terme pour les différentes industries.

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