Jean-Claude Carrière: le charme discret de l’écrivain

Légende du cinéma et du théâtre français, Jean-Claude Carrière est décédé ce lundi à l'âge de 89 ans. Portrait.

Jean-Claude Carrière. - ABACAPRESS

Jean-Claude Carrière se définissait comme un « conteur », « plus attiré par son différent que par son semblable ». C’est certainement ce qui l’a amené à devenir un touche-à-tout du savoir. Bibliophile, passionné par le dessin, l’astrophysique, le vin et bien d’autres choses encore… Aucun domaine ou époque n’échappait à sa curiosité. Mais cet immense homme de lettres était surtout connu pour être un véritable « athlète » de l’écriture, à la croisée des chemins entre cinéma, théâtre et littérature.

Sa passion s’est révélée très tôt. Né le 17 septembre 1931 dans un petit village de l’Hérault, dans une maison pourtant sans livres et sans images, ce fils de viticulteur développe rapidement son goût pour le dessin et l’écriture. À l’âge de 26 ans, cet élève brillant, titulaire de maîtrises de lettres et d’histoire, publie son premier roman, « Lézard », qui attire l’attention de Jacques Tati et Pierre Etaix. Ensemble, ils travaillent sur plusieurs courts et longs métrages.

Mais c’est sa complicité avec le cinéaste Luis Bunuel qui fera de lui un scénariste de génie, avec des chefs-d’œuvre comme « Le Journal d’une femme de chambre », « Belle de jour » et « Le Charme discret de la bourgeoisie ».

Une vie faite de rencontres

Jean-Claude Carrière a mis sa plume au service des plus grands réalisateurs et metteurs en scène, de Luis Bunuel à Jacques Deray en passant par Jean-Luc Godard, Louis Malle et Milos Forman notamment. Au total, l’écrivain prolifique a signé une soixantaine de scénarios, mais également 80 ouvrages: récits, essais, comme ses Dictionnaires amoureux de l’Inde et du Mexique, traductions, fictions, entretiens.

« J’ai travaillé toutes les formes d’écriture. Je pense que je possède un bon arsenal. Il y a quelque chose en moi qui se satisfait d’être au service d’un auteur, de se couler dans sa pensée, de l’adapter au mieux. Je n’ai pas d’ego », assurait cet humaniste distingué et affable à la grande puissance de travail et à l’humour corrosif. Il a aussi été acteur, dramaturge et parolier pour Juliette Gréco, Brigitte Bardot et Jeanne Moreau

Costaud, solide, barbe courte et moustache légère poivre et sel, cheveux courts, Jean-Claude Carrière a placé sa vie sous le signe des « rencontres, des amitiés et des maîtres de vie », comme le Dalaï Lama, avec lequel il a écrit un livre, ou Luis Bunuel, avec lequel il collabora dix-neuf ans, jusqu’à sa mort.

Autre rencontre importante : celle du dramaturge britannique Peter Brook pour qui il adapta à la scène l’inégalé « Mahâbhârata », épopée de la mythologie hindoue, présentée pendant neuf heures d’affilée à Avignon en 1985 devant un public sous le choc. « Le voir en oubliant que je l’avais écrit fut un des grands bonheurs » de ma vie, assurait-il.

La passion des religions

« Radicalement athée », mais « passionné par la religion et ses déviances », étranger à tout fanatisme, il a écrit sur le bouddhisme et l’hindouisme mais aussi sur le christianisme avec son roman le plus célèbre, « La controverse de Valladolid », sur la conquête du Nouveau-monde par les Espagnols, décliné en pièce et adaptation télévisée.

On lui doit également des travaux sur l’islam (par ses traductions de poésie persane, avec son épouse, l’écrivaine iranienne Nahal Tajadod, dont il a eu une fille).

Oscar d’honneur

Comme scénariste, il est au générique de films majeurs: « Taking Off » (Milos Forman), « Borsalino » et « La Piscine » (Jacques Deray), « Le tambour » (Volker Schlondorff, Palme d’or à Cannes), « Danton » (Andrzej Wajda, prix Louis Delluc 1982), « L’insoutenable légèreté de l’être » (Philipp Kaufman), « Cyrano de Bergerac » (Jean-Paul Rappeneau), « Le retour de Martin Guerre » (Daniel Vigne) qui lui vaut le César du meilleur scénario en 1983.

Preuve de son statut légendaire, Jean-Claude Carrière, alors âgé de 83 ans, a reçu en 2014 un Oscar d’honneur pour son œuvre de scénariste. Mais il ne s’arrête pas là. Toujours très actif malgré l’âge, il avait écrit en 2018 un dernier essai, « La vallée du néant », et cosigné en 2020 le scénario du long-métrage « Le sel des larmes » de Philippe Garrel. Un dernier titre de circonstance, à l’heure où le septième art français pleure sa disparition.

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