Chine: le viol, une arme de terreur contre les Ouïghours

Torture, viols collectifs, stérilisation forcée… La BBC fait état d'actes de violences sexuelles contre des femmes détenues dans des camps chinois. Une nouvelle enquête qui vient alourdir le dossier Ouïghour, face auquel les dirigeants européens font la sourde oreille.

Torturées et violées, des femmes Ouïghoures racontent leur calvaire à la BBC. - AFP

C’est un témoignage rare et glaçant. Celui de Tursunay Ziawudun, une femme de 42 ans détenue durant neuf mois dans un camp dit de « rééducation » pour Ouïghours dans la province du Xinjiang, en Chine. Face à la caméra de la BBC, elle raconte l’enfer qu’elle a vécu, torturée et violée régulièrement par un ou plusieurs hommes, loin des caméras de surveillance et parfois à l’aide de bâtons électrifiés. « Ils m’ont fait toutes les horreurs auxquelles leur esprit pouvait penser et ils n’ont épargné aucune partie de mon corps », confie à visage découvert la survivante, libérée en décembre 2018 et réfugiée depuis septembre dernier aux Etats-Unis. « Ils ne m’ont pas seulement violée, ils étaient barbares. »  

Selon des experts, plus d’un million de Ouïghours, comme Tursunay Ziawudun, sont ou ont été détenus dans ces camps, dont Pékin justifie le recours par la lutte contre le « terrorisme ». Certains membres de cette minorité musulmane sont enrôlés de force dans des champs de coton, qui compose nos vêtements et chaussures. D’autres sont victimes de stérilisations forcées, poussant de nombreux acteurs internationaux à aller jusqu’à parler de génocide.

Ces accusations sont impossibles à vérifier face à l’opacité du régime chinois, qui les dément, mais d’autres témoignages abondent dans le même sens. Dont celui de Gulzira Auelkhan. Détenue durant 18 mois dans l’un de ces camps, elle raconte en larmes avoir été forcée de « préparer » des femmes en les dénudant puis les menottant, avant de les laisser seules avec des hommes Han, ethnie majoritaire en Chine, arrivés de l’extérieur des camps. « Ils payaient pour pouvoir choisir les plus jolies jeunes détenues », explique-t-elle à la chaîne britannique, à propos de ce système organisé et massif de viols.

L’indignation internationale

Publiée mercredi, l’enquête de la BBC a fait réagir Londres. Le secrétaire d’Etat britannique chargé des Affaires étrangères Nigel Adams pointe « des actes clairement abominables ». « Les preuves de l’ampleur et de la gravité de ces violations sont désormais d’une portée considérable, elles brossent un tableau vraiment atroce », a-t-il déclaré devant le Parlement britannique.

Dénonçant la « barbarie » de Pékin envers les Ouïghours, le Royaume-Uni avait déjà mi-janvier partagé son intention de bloquer l’importation de produits issus du travail forcé de cette minorité musulmane, imitant ainsi une décision prise par les Etats-Unis et le Canada.

Cette enquête a également provoqué l’indignation des responsables politiques australiens et suscité de nouveaux appels à la Chine pour qu’elle autorise des inspecteurs de l’ONU à se rendre au Xinjiang

Le silence européen

Et en Europe? Des condamnations, mais aucune réponse forte. L’eurodéputé Raphaël Glucksmann a une nouvelle fois dénoncé cette inaction européenne. « Les grands silences permettent les grands crimes », a écrit sur Twitter le Français engagé de longue date contre la répression des Ouïghours. « Ces femmes osent parler. Soyons toutes et tous leurs échos. Faisons en sorte que leurs voix réveillent le monde », poursuit-il dans son message partagé plus de 2.000 fois. Depuis plusieurs mois, le député de gauche multiplie les appels pour sanctionner les responsables chinois de ce qu’il nomme « le pire crime contre l’humanité du XXIe siècle ». « Il y a la possibilité de le faire. Il n’y a juste pas la volonté politique de le faire », a-t-il récemment déclaré dans FranceInfo.  

Plus honteux encore: au lieu de sanctionner la Chine, l’Union européenne a conclu avec elle un accord de principe controversé, qui promet d’offrir aux investisseurs européens un « accès sans précédent » au marché chinois. Un curieux signal envoyé à Pékin, qui peine à garantir le respect des droits humains sur son territoire.

Plus d'actualité