Féminiser le tunnel Léopold II, est-ce une vraie bonne idée ?

Mais pourquoi diable avoir choisi un tunnel pour cette première opération de féminisation de l’espace public ? Parce que c’est symbolique et pragmatique à plus d’un titre.

Le plus long tunnel du pays portera bientôt le nom d'une femme.

C’est à mots feutrés que certains se sont émus que ce soit le tunnel Léopold II qui ait été choisi pour l’opération pilote de féminisation de son nom. Un tunnel ? « La finesse en politique ! Ils n’auraient pas pu choisir un nom pour un parc, ces héros ? C’est vrai qu’un tunnel, c’est creux, c’est noir, c’est mal fréquenté et on ne fait qu’y passer. Des génies du bon goût », s’exclame Robert qui propose de rebaptiser Lumumba, le tunnel Léopold II qui est actuellement soumis à la consultation populaire pour se trouver un nom d’héroïne.

Chagrin et scabreux

« Esprit chagrin et scabreux », retoque-t-on du côté politique où l’on souligne la volonté unanime de tout le gouvernement bruxellois de féminiser l’espace public. Par ailleurs, il n’existe pas de procédure régionale pour mener une telle opération, qui sera une première. Seules les communes ont aujourd’hui ce pouvoir. Le tunnel Léopold II est donc un ballon d’essai assez pragmatique : il n’a pas de riverains et présente donc l’avantage de ne devoir changer l’adresse de personne. Et puis, c’est l’ouvrage le plus complexe du pays en étant le plus long de tunnel du Royaume.

Dans un premier temps, 13 000 personnes ont proposé des noms de femmes qui ont été remis à un comité d’experts composé de deux associations féministes, deux association militant pour la décolonisation et deux historiens de haut vol. Ils ont choisi dix noms de femmes et ont ajouté le top cinq du vote des citoyens. Annie Cordy a été largement plébiscitée mais c’était avant son décès. On trouve ensuite la reine Astrid suivie par la Reine Elisabeth, Antoinette Spaack et enfin Marie Popelin. Tout le monde peut voter durant ce mois de février et faire son choix sur le site de Bruxelles Mobilité.  

Plus de 400 routes

De Charleroi à Anvers en passant par Vielsalm ou Andrimont, des centaines de lieux et routes portent déjà le nom de Léopold II au contraire, par exemple, de l’espace Rogier qui est unique. C’est encore un argument. Ce n’est pas pour rien qu’on avait baptisé Léopold II le roi bâtisseur. Il a entrepris une politique de travaux publics gigantesque « Bruxelles était devenue un vaste chantier avec le Palais de justice, le palais royal, Tervuren…. Et en plus de cela Léopold II était à l’époque vanté pour son génie colonial avec le Congo dont il a fait « cadeau » à la Belgique. Du coup, plus de 400 rues portent son nom en Belgique », souligne Matthew G. Stanard, historien belge en Géorgie qui a consacré un ouvrage entier à ces traces de Léopold II dans notre espace public. « Ce changement de nom appartient à notre époque dans laquelle plusieurs éléments se conjuguent comme le Black Lives Matter, les attaques contre les statues, des écoles rebaptisées en Californie parce qu’elles portaient des noms jugés racistes…  La statue de Léopold II qui a été enlevée à Ekeren (Anvers) a été la première à avoir été déboulonnée. Elle avait été élevée pourtant en 1875 avant le Congo belge.

Quant au tunnel, tout simplement « il est temps. La moitié de la Belgique a toujours été composé de femmes », conclut l’historien. Le coût de la rénovation du tunnel Léopold II, qui s’étale sur vingt-cinq années est enfin , et également, pharaonique et plaide en faveur de cette féminisation symbolique : 460 millions d’euros. A un tel prix, on peut bien célébrer enfin une femme.

 

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