Précarité étudiante: les propositions de solutions fleurissent

Ces derniers jours, les appels se sont multipliés pour aider les étudiants précarisés. Universités, organisations étudiantes et même politiques avancent leurs idées pour répondre à cette situation de plus en plus critique. Reste à voir ce qui est faisable, ou même souhaitable.

@BelgaImage

Cela fait maintenant des mois que les étudiants sont à la peine à cause de la pandémie. Pas de cours en présentiel, moins de jobs étudiants d’où des difficultés financières exacerbées, isolement et fragilité psychologique… Aujourd’hui, la coupe est pleine et les appels au changement se multiplient.

Ce mardi, l’Assemblée générale des étudiants de Louvain (AGL) a réclamé un retour au présentiel. Une demande soutenue à l’ULiège par 82,5% des élèves, selon une enquête de la Fédération des étudiants. Ce mercredi matin, Paul Magnette (PS) a multiplié les déclarations pour mieux aider les étudiants, que ce soit en organisant le retour au présentiel ou avec des aides financières. D’autres organisations proposent aussi de tendre vers la gratuité de l’enseignement supérieur cette année. Mais parmi toutes ces propositions, qu’est-ce qui est faisable ou efficace pour vraiment répondre au problème de la précarité étudiante? On fait le point.

Des difficultés financières criantes

Un premier constat s’impose: la situation est grave. Selon la FEF, «32% des étudiants ont plus de mal à payer leurs études cette année que l’année dernière. Parmi eux, 23% ont du mal à payer les frais scolaires, 25% les frais alimentaires, et 11% le loyer». Le coût des transports est également pointé du doigt.

Pour combler ces gouffres financiers, des aides financières ont été allouées par les universités. L’ULB et l’UCLouvain ont par exemple une aide spécifique à la crise. Les CPAS sont bien plus sollicités qu’avant par les étudiants. Mais pour les associations, ce n’est pas assez. Il faudrait beaucoup plus pour éviter que des jeunes tombent dans la précarité. La FEF (Fédération des Etudiants Francophones) demande notamment d’élargir à toutes les écoles le gel du minerval, de diminuer les droits d’inscription, de baliser les frais supplémentaires, voire de les rembourser.

Mieux viser les étudiants précaires

Est-ce que les mesures doivent être aussi fortes et globales? Pour Florence Vanderstichelen, directrice du service d’aide de l’UCLouvain, il faut d’abord concentrer les aides financières sur des publics précis, et ce avant toute chose. «Il y a des vraies poches de pauvreté, c’est indéniable. La première, c’est celle des centaines d’étudiants internationaux qui viennent sur fonds propres. Ils ne peuvent pas avoir d’aide financière parce qu’ils s’engagent à ne pas en faire la demande quand ils demandent leur visa. La deuxième poche, c’est le millier d’étudiants qui ont des revenus si réduits qu’ils n’ont pas d’aides, ce qui est paradoxal. Par exemple, les allocations d’étude ont non seulement des plafonds mais aussi des planchers parce qu’on soupçonne que ce n’est pas plausible en dessous de ces planchers. C’est ce type de public qu’il faut surtout aider», dit-elle.

Selon elle, il est aussi capital pour une action efficace d’augmenter les moyens alloués à la politique sociale de proximité des établissements de l’enseignement supérieur. Cela vient d’être fait mais il faudrait encore plus cibler et aider les étudiants qui ont besoin d’aide. Par contre, elle juge que c’est une «fausse bonne idée» de vouloir doubler les allocations d’études, sans distinctions entre les publics, ou de reverser la moitié de ce que les étudiants jobistes ont gagné l’année passée. «Parce que de cette façon, on ne touche pas ceux qui n’ont pas jobé et ceux qui travaillent en noir. De plus, il y a ceux qui continuent de jober. Des mesures à l’aveugle ne sont pas des vraies mesures», juge Florence Vanderstichelen.

L’alimentaire: un problème encore palpable, malgré les aides

La deuxième dépense la plus importante, c’est celle alimentaire. Ces derniers jours, les preuves de ce problème sont apparues de manières flagrantes. En France, une image a choqué: des files interminables d’étudiants attendant une aide alimentaire auprès de l’association Linkee. En Belgique aussi, des étudiants ont avoué à plusieurs médias qu’ils sautaient des repas pour tenir le coup financièrement parlant.

Plusieurs solutions sont déjà proposées. À Bruxelles et Namur, il y a l’aide alimentaire de l’ASEB (Association pour la solidarité étudiante en Belgique). À l’UCLouvain, le site de Louvain-la-Neuve est doté de l’épicerie des Vents du Sud qui permettent aux étudiants d’avoir des prix défiant toute concurrence et de ne payer que la moitié de leurs courses. À Woluwe, la banque alimentaire «Free Alma» permet tous les jeudis aux étudiants de payer 4€ pour avoir un panier de produits équivalents à environ 40€.

Pour l’instant, l’enseignement supérieur belge ne suit pas le modèle français, où les restaurants universitaires ont été rouverts avec des plats à 1€ deux fois par jour pour soulager les étudiants. Est-ce que cela sera fait dans un avenir plus ou moins proche pour mieux aider ceux en situation précaire? La question est en suspens.

Petits coûts, grandes misères

La précarité étudiante se marque aussi sur toute une série de plus petits coûts. Du côté des transports, il a été proposé de les rendre gratuits jusqu’à 25 ans. La mise en application de cette mesure devrait soulager de nombreux étudiants. Mais la FEF pointe toujours l’augmentation des coûts pour les plus de 25 ans. La Ligue des familles voudrait que cette gratuité s’étende aux étudiants plus âgés. Autre exemple de dépense: des étudiants de l’UCLouvain se plaignent de devoir payer leurs cartes sports de 50€, demandées en début d’année mais qui n’a pas pu vraiment être utilisée vu les mesures de confinement. L’UCLouvain ne permet pas le remboursement mais redirige vers les mutuelles pour cela.

Autre grand problème en temps de Covid: la pression psychologique de la crise, qui frappe durement les étudiants. Toutes les enquêtes montrent une explosion du mal-être mental des jeunes. Interrogée par la RTBF, une étudiante s’est dit dans une situation de stress extrême mais dans l’impossibilité de voir un psy à cause du coût que cela engendrerait. Sur ce point, Florence Vanderstichelen tient à être clair pour ce qui est de l’UCLouvain: la cellule d’aide psychologique est à la disposition des jeunes qui en ont besoin et avec la crise, ce service qui d’habitude coûte 10€ est devenu gratuit.

En revanche, concernant la demande d’étudiants de reprendre le présentiel pour retrouver un semblant de vie normale, les universités redirigent vers le fédéral, qui ne permet toujours pas une reprise. Une discussion est néanmoins en cours sur un «présentiel responsable». Les universités se disent prêtes mais il faudra aussi voir l’évolution de la situation sanitaire.

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