Vacciner les jeunes en priorité : la fausse bonne idée ?

Dans une lettre ouverte, une quarantaine de Belges proposait lundi de faire des 18-24 ans une catégorie prioritaire dans la campagne de vaccination. Les spécialistes sont divisés.

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Le ras-le-bol d’une catégorie de la population est récemment remonté à la surface de l’attention médiatique et politique : celui des jeunes adultes. « Nous (parents et autres adultes concernés) voulons faire un pas de côté. Parce que nous avons déjà beaucoup pu profiter de la vie : voyages, restaurants, concerts, bars… C’est différent pour les jeunes. Ils ne rattraperont jamais vraiment le temps perdu » ont écrit lundi une quarantaine de signataires, parmi lesquels Heidi De Pauw, patronne de Child Focus, le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw, Chokri Mahassine, organisateur du festival Pukkelpop ou encore le nageur et vice-champion olympique du 100m nage libre Pieter Timmers.

Dans une lettre ouverte publiée par LaLibre et De Morgen, ils s’inquiètent de la lassitude qui gagne les 18-24 ans, lesquels supportant de moins en moins bien les restrictions sanitaires en vigueur. « Non seulement le bien-être mental est en jeu mais d’autres problèmes apparaissent également: des jeunes qui cessent d’étudier parce qu’ils n’en ont plus les moyens car leur job d’étudiant n’est plus possible. Ou encore les jeunes qui font leurs premiers pas sur le marché du travail et qui n’obtiennent pas de contrat à durée indéterminée ou qui sont au chômage depuis plusieurs mois. Nous ne pouvons plus ignorer ces signaux. Jeunes gens, nous entendons votre appel au secours. Il est temps de mettre ces paroles en pratique », dit la lettre. Les signataires appellent à considérer les jeunes comme un groupe essentiel de notre société, à déconfiner en priorité, à l’université ou en dehors. Et à vacciner, juste après les personnes âgées, le personnel soignant ou les groupes à risques.

Offrir des perspectives

Pour l’heure, la stratégie suivie dans cette campagne de vaccination est d’accorder la priorité aux personnes les plus vulnérables, celles qui sont les plus susceptibles de développer de formes graves de la maladie. Et du même coup, éviter la saturation des systèmes hospitaliers. Le premier facteur de risque identifié est l’âge. Du coup, les 18-24 ans sont relégués en bout de file ; ils ne seront vaccinés qu’à partir de juin (si le calendrier est respecté), avec ce qui restera de la population considérée comme non prioritaire (soit environ 9 millions de Belges).

Interrogé par la VRT, le virologue Marc Van Ranst a accueilli avec intérêt la proposition de faire remonter les jeunes dans la liste : « Je pense que c’est une bonne idée en soi. Nous savons que ce groupe est dans une période importante de sa vie et devoir vivre aussi différemment est difficile pour eux ». « Offrir aux jeunes une perspective en les faisant passer avant dans la liste des priorités de vaccination serait un choix politique responsable, après avoir vacciné les plus de 65 ans, le personnel soignant et de santé et les personnes atteintes de pathologies sous-jacentes », a précisé le spécialiste de la KUL sur Twitter.

Pas de retour direct à la normale

D’autres ne sont pas du même avis. « Pour l’instant, vacciner les jeunes ne leur donnera aucun droit supplémentaire, a noté le porte-parole interfédéral Yves Van Laethem. Ça va les protéger d’une maladie qui les touche peu sur le plan physique. Et ça ne va pas protéger de manière conséquente les personnes âgées selon les informations que l’on a. Peut-être que ce sera le cas mais on n’a pas encore assez de notions à ce propos », a-t-il expliqué à RTL Info. Il reste en effet des interrogations sur la portée des vaccins ; s’ils empêchent bien de développer des symptômes graves, il n’est pas encore démontré qu’ils bloquent la transmission du virus.

Tant que ces incertitudes ne seront pas levées, il semble illusoire de voir les jeunes vaccinés déchargés de leurs obligations de respecter les règles sanitaires. À court terme, le vaccin ne signera pas le retour à la « vie normale ». Dès lors, rendre prioritaires les 18-24 ans pour leur permettre de souffler a-t-il beaucoup de sens ?

Les experts du Conseil supérieur de la Santé seront amenés à se prononcer sur le sujet. Mais en attendant, l’épidémiologiste Niko Speybroeck (UCLouvain) ne voit pas les autorités sanitaires changer de stratégie, alors que la Belgique a longtemps été pointé du doigt pour son nombre de décès du Covid. « Nul doute que les hommes et femmes politiques veulent éviter cela à l’avenir. Et dans cette optique, il est logique de vacciner les populations plus à risque », avançait dans l’Avenir l’épidémiologiste.

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