Coup d’état en Birmanie : l’armée à nouveau au pouvoir

C’est déjà la 3e prise de pouvoir par les militaires depuis l’indépendance du pays, 10 ans seulement après un retour à un semblant de démocratie. Un acte condamné par la scène internationale, qui demande la libération des otages, parmi lesquels Aung San Suu Kyi, au pouvoir depuis 2015 et grande gagnante des dernières élections.

L'armée a bloqué l'accès à la capitale. (Crédit: AFP)

Pour le peuple birman, l’histoire se répète. Ce lundi, l’armée a renversé le gouvernement en place. Ce 1er février, le nouveau Parlement, fraîchement élu après des élections législatives en novembre, devait se réunir pour la première fois.

Mais les militaires en ont décidé autrement. Tôt ce matin, la cheffe « officieuse » du gouvernement, Aung San Suu Kyi, 75 ans, leader de l’opposition à la dictature et prix Nobel de la Paix contesté après les violences contre les Rohingyas, a été arrêtée, tout comme le président Win Myint et d’autres membres de leur parti, la Ligue Nationale pour la Démocratie. Selon leur porte-parole, ils sont actuellement détenus dans la capitale administrative, Naypyidaw.

Aung San Suu Kyi. (Crédit: ABACAPRESS)

Fort heureusement pour les citoyens, ce coup d’Etat s’est déroulé sans heurts. Les soldats ont bloqué l’accès à la capitale avec des véhicules et la surveillaient par hélicoptère. Du côté de Rangoun, plus importante ville de Birmanie, le réseau téléphonique, la télévision publique et Internet ont été coupés, tandis que les banques ont fermé également. Une situation qui a poussé les Birmans a se ruer vers les supermarchés pour faire des provisions.

L’armée de son côté a déclaré l’état d’urgence pour un an. Les pouvoirs législatif, administratif et judiciaire ont été mis entre les mains du général Min Aung Hlaing, alors qu’un autre général, Myint Swe, a été nommé président, bien qu’il s’agisse d’un titre honorifique.

Dans une déclaration publiée par la LND, Aung San Suu Kyi déclare qu’il s’agit une tentative pour rétablir une dictature en Birmanie. « J’encourage le peuple à ne pas accepter ceci, à réagir et à protester de tout cœur contre le coup d’Etat de l’armée », peut-on lire.
A l’international, l’ONU et les Etats-Unis ont rapidement condamné la démarche, demandant la libération immédiates des otages

Lourde défaite de l’armée

La raison de ce coup d’Etat : les dernières élections législatives de novembre, remportées haut la main par la LND d’Aung San Suu Kyi. Le parti avait remporté 396 des 476 sièges du parlement, alors que le Parti de l’union, de la solidarité et du développement, nationaliste, conservateur, et surtout, soutenu par les militaires, n’a décroché que 33 sièges. 
Depuis leur annonce, les résultats sont contestés par l’opposition et l’armée, qui crient à la fraude électorale.

Les militaires avaient déjà inquiété la scène politique internationale en déclarant la semaine dernière qu’un coup d’Etat n’était pas à proscrire, tandis que le lendemain, le général Min Aung Hlaing, aujourd’hui tout puissant, a indiqué que révoquer la constitution pouvait être révoquée.

La LND gagne toujours

Depuis son indépendance en 1946, la Birmanie est habituée aux coups d’Etat. Le premier a eu lieu en 1962, renversant la démocratie parlementaire en place. Le général Ne Win a ensuite dirigé le pays de manière stricte et brutale pendant 22 ans. En 1988, suite à de nombreuses protestations populaires, un groupe de généraux prend le pouvoir et installe une junte militaire. 

Des élections sont organisées en 1990 et déjà, la Ligue Nationale pour la Démocratie d’Aung San Suu Kyi remporte très largement les faveurs des citoyens. L’armée, battue, annule les élections, bannit la LND et assigne leur leader à résidence. En 2007, d’immenses manifestations contre l’augmentation du prix des énergies secouent le pays mais la junte ne vacille pas et réprime les protestations.

Ce n’est qu’en 2011, quelques mois après la libération d’Aung San Suu Kyi, que la junte est enfin dissoute et qu’un gouvernement est mis en place. Il est toujours composé de militaires, mais au fil des années, fera tout doucement avancer la Birmanie vers la démocratie, offrant certains droits au peuple, libérant des prisonniers politiques, des enfants soldats et organisant même des élections législatives en 2012.

Il s’agira d’un scrutin partiel, pour 7% des sièges de l’assemblée. Là encore, la LND l’emporte et remporte 43 des 45 mandats en jeu. Après quelques années dans l’opposition face à l’USDP de l’armée, 75% des postes parlementaires sont renouvelés lors d’élections législatives en 2015. Nouvelle victoire écrasante pour la LND, permettant donc à Ang San Suu Kyi de diriger le pays, en tant que « ministre du Conseil d’Etat », bien qu’un quart des sièges de l’assemblée soient toujours dans les mains des militaires.

L’USDP et l’armée ont donc été battus à plate couture à chaque élection depuis que la Birmanie est indépendante. Cette fois-ci aura été la défaite de trop à leurs yeux.
 

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