Réseaux sociaux: quand la suspension de Trump inquiète les politiques

Des personnalités politiques, surtout d’extrême-droite, réagissent pour ne pas subir le même sort que l’ancien président américain. Une riposte encore plus sévère dans les régimes autoritaires.

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Nouveau revers ce mardi pour Donald Trump: Youtube a décidé de suivre Twitter, Twitch et Snapchat en le suspendant indéfiniment. Un coup d’autant plus dur qu’il s’agit ici du réseau social le plus largement utilisé aux États-Unis. D’ici avril, Facebook dira s’il en sera de même de son côté ainsi que sur Instagram. Si cela se confirme, l’ancien président américain sera définitivement déclaré persona non grata de tous les grands réseaux sociaux. Une perspective qui ne fait que renforcer l’anxiété de certains politiques qui ont décidé de passer à l’attaque, mais de manière différente, selon qu’ils appartiennent à des régimes démocratiques ou autoritaires.

En Occident, la désertion de Facebook & Co.

En Europe, la suspension de Trump dans les jours qui ont suivi l’invasion du Capitole a provoqué une crainte générale que cela n’aille trop loin, tous bords politiques confondus. Angela Merkel a parlé d’une décision «problématique». Le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire a estimé que «la régulation des géants du numérique ne peut pas se faire par l’oligarchie numérique elle-même» et le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton s’est dit «perplexe» sur cette décision prise «sans contrôle légitime et démocratique». En Belgique, Georges-Louis Bouchez a lui aussi fustigé ce qu’il considère être une censure hypocrite, là où Theo Francken juge que cette situation est insupportable.

Après ce choc initial, le climat de tension s’est calmé, mais pas chez tout le monde. Dans les pays démocratiques, le bannissement de Trump a provoqué un nouveau phénomène: la désertion volontaire de personnalités politiques, surtout d’extrême-droite, sur les réseaux sociaux «traditionnels». C’est le cas du Vlaams Belang qui a annoncé le lancement de sa propre chaîne sur Telegram, l’application de messagerie russe basée à Dubaï.

Mais le parti nationaliste est loin d’être le seul à agir de la sorte. Au Brésil, le président Bolsonaro a appelé ses partisans à partir sur Parler, «le clone de Twitter» prisé des complotistes et des pro-Trump. Le leader de l’extrême-droite italienne, Matteo Salvini, a fait de même, tout comme en France plusieurs membres du Rassemblement national, dont Marion Maréchal-Le Pen. «Il s’agit d’anticiper une possible censure complète de Twitter d’ici quelques années», avoue au Huffington Post Erik Tegnér, un proche de Marion Maréchal-Le Pen. Il s’agit cela dit d’une «solution par défaut», reconnaît Damien Rieu, un théoricien du complot connu lié au mouvement extrémiste Génération identitaire.

Un tournant de plus en plus sévère dans les pays autoritaires

La riposte est encore plus forte dans les pays moins démocratiques, comme du côté d’Ankara. En 2020, le président Erdogan avait déjà fait voter une loi obligeant les réseaux à avoir un représentant en Turquie et à se soumettre lorsqu’il leur est demandé de retirer des contenus. Jusqu’ici, les géants du numérique américains ont tenté de résister et de ne pas s’y conformer mais l’épisode du Capitole a permis de trouver un nouvel argument pour resserrer l’étau. À partir de ce mois de janvier, les réseaux sociaux n’ayant pas encore cédé se verront donc privés de revenus publicitaires, pourtant essentiels pour assurer leur rentabilité. De ce fait, Facebook, Youtube et TikTok se sont soumis à la volonté d’Ankara, mais pas encore Twitter. Pour Amnesty International, le risque que les réseaux sociaux deviennent « les instruments d’une censure d’Etat » est désormais bien réel.

En Russie, après le bannissement de Trump, Vladimir Poutine a directement critiqué «des tentatives de contrôler brutalement la société» de la part des réseaux sociaux. Pour l’instant, le contrôle sur ces derniers n’est pas aussi fort qu’en Turquie, mais cela pourrait changer, surtout depuis le retour de l’opposant Alexeï Navalny, qui a provoqué en ligne un tsunami d’appels à manifester. Action, réaction: le gouvernement russe a dénoncé une «ingérence» étrangère de la part des réseaux sociaux américains qui se sont vus menacés d’amendes par le gendarme russe des télécommunications Roskomnadzor. Pour l’instant, ils disent refuser de supprimer des messages qui respectent selon eux leurs règles d’utilisations, mais combien de temps cela durera-t-il? Ce 27 janvier, le ministère russe des Affaires étrangères a dit vouloir établir des règles sur la modération des réseaux sociaux, en prétextant d’un «caractère inadmissible d’une censure arbitraire et opaque des contenus médiatiques de la part des plateformes numériques», en référence directe au cas de Donald Trump.

Plus inquiétant encore: ce mouvement autoritaire pourrait s’étendre… à des pays de l’Union européenne. Il y a deux semaines, la Pologne a soumis un projet de loi rendant illégale toute «censure» de la part des réseaux sociaux. Le parti de droite au pouvoir, le PiS, ne cache d’ailleurs plus sa crainte de subir le même sort que Trump. Des personnalités comme le député Janusz Korwin-Mikke ont déjà vu leurs comptes Facebook suspendus. La Pologne voudrait même que son projet de loi soit étendu à l’ensemble de l’Europe. Un appel entendu ce mardi par le Premier ministre hongrois Viktor Orban qui a promis de légiférer sur ce même cas avec des sanctions à la clé. Un enjeu d’autant plus important pour lui que Facebook représente sa principale arme de communication. Mais il n’y a pour l’instant aucune certitude qu’il ira jusqu’à mettre sa menace envers les réseaux sociaux à exécution.

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