Les premiers indices de la pandémie étaient déjà présents sur Twitter en janvier 2020

D’après une étude italienne, les tweets mentionnant « pneumonie » ou « toux sèche » avaient fortement augmenté en Europe, avant même que les premiers cas de Covid n’y soient identifiés. Les scientifiques mettent en avant les réseaux sociaux comme nouveaux outils de surveillance épidémiologique.

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Quand, comment et où est apparu le Sars-CoV-2 ? Plus d’un an après le début de la pandémie, la question n’a toujours pas trouvé de réponse définitive. Une seule certitude : le virus se baladait dans la nature au moins plusieurs semaines avant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne soit informée du premier cas de pneumonie d’origine inconnue à Wuhan, le 31 décembre 2019. En réalité, à cette date, le coronavirus avait – semble-t-il – déjà quitté la Chine et gagné l’Europe. Des prélèvements dans les égouts de Milan et Turin, effectués en décembre 2019, ont en effet montré (a posteriori) la présence du Covid-19. Soit deux mois avant le premier malade officiellement recensé dans le pays, indiquait cet été l’Institut supérieur de la santé italien.

D’autres indices de la présence de la maladie sur le continent ont récemment été détectés, avant même qu’elle ne soit identifiée le 21 janvier 2020. Dans un article de recherche publiée dans Scientific Reports, une équipe de la IMT School for Advanced Studies Lucca a recensé sur Twitter les occurrences de termes liés à des symptômes du Covid. Les scientifiques ont d’abord créé une base de données des tweets contenant le terme « pneumonie », émis depuis sept pays européens (Royaume-Uni, France, Italie, Espagne, Allemagne, Pologne, Pays-Bas).

Veille épidémiologique

Leur échantillon couvrait une période allant de décembre 2014 à mars 2020, afin de déceler une évolution véritablement significative et de neutraliser de potentiels biais liés à la période hivernale (par exemple s’ils avaient seulement comparé janvier 2019 et janvier 2020). Ont été retirés de la liste tous les articles de presse, messages officiels et retweets. Résultat ? Twitter bruissait déjà de signes avant-coureurs du virus, bien avant le 21 janvier.

Les occurrences du mot « pneumonie » ont augmenté fortement dans les pays étudiés (à l’exception de l’Allemagne) durant l’hiver 2019-2020, comparativement aux années antérieures. Même constat pour l’occurrence « toux sèche », ou d’autres termes coïncidant avec les symptômes du Covid. Les auteurs ont  dégagé une corrélation entre ces « signaux » et les « régions géographiques » qui se sont avérées par la suite être « les principaux foyers d’infection » dans les premières semaines de la pandémie, comme en Ile-de-France chez nos voisins ou en Lombardie pour l’Italie.

Pour les chercheurs, ces résultats prouvent que ce type d’enquête numérique devrait intégrer à l’avenir la panoplie des épidémiologistes, et pourrait concourir à la détection de nouvelles vagues de la pandémie ou de nouvelles épidémies. « Les réseaux sociaux peuvent être un outil utile de surveillance épidémiologique, à combiner avec d’autres suivi de données », estime l’étude, qui prévient toutefois des limites et des dangers potentiels de tels outils numériques. Ceux-ci, jugent les scientifiques, doivent en effet « être contrôlés par des autorités indépendantes de protection et de régulation des données, qui doivent adhérer à un ensemble clair de principes de préservation de la vie privée (..) ne compromettant pas les droits civils et les libertés fondamentales ».

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