« Comment fait-on pour que les hommes cessent de violer ? » : la question qui dérange

Plusieurs comptes de militantes féministes ont été suspendus sur Twitter après avoir posé cette question, en réaction à la vague de témoignages suscités par #MeTooInceste et #MeTooGay.

Une manifestation contre la culture du viol, en novembre dernier, en France. - AFP

Sur Twitter, la censure est à géométrie variable. Alors que les contenus illégaux ou dangereux prolifèrent sur le réseau social, d’autres, tout à fait légitimes, sont supprimés. À la grande surprise de celles et ceux qui les ont publiés. C’est le cas notamment de la militante féministe et antiraciste Mélusine. Ce vendredi 22 janvier, elle partageait sa réflexion suite à la vague de témoignages poignants autour de l’inceste et des violences sexuelles au sein de la communauté gay: « Il y a savoir et il y a entendre, lire et compter. Violences sexuelles massives contre les femmes, les enfants, les hommes gays. Et une question de civilisation : comment fait-on pour que les hommes cessent de violer ? »

Dans un contexte de libération – ou plutôt d’écoute – de la parole des victimes de viols et d’abus sexuels, on ne peut plus ignorer ce problème sociétal. En Belgique, 97% des personnes mises en cause dans les affaires de viol sont des hommes. Il est donc judicieux de tenter de chercher une solution. À l’inverse, cette question a valu à Melusine une suspension de son compte durant douze heures. « Pourtant, ce tweet ne contient ni propos insultants ou outranciers, ni appels à la violence », déplore son autrice.

Lundi 25 janvier, rebelote. Quelques heures après le rétablissement de son compte, la militante remet le sujet sur la table. « S’il y a des millions de victimes, il y a des millions d’auteurs de violences sexuelles », constate-t-elle, « dont l’incroyable majorité sont des hommes, principalement des hommes connus par leurs victimes. » Son compte est à nouveau suspendu.

Mobilisation

Face à cette censure, de nombreuses féministes ont pris la relève, posant à nouveau cette question qui semble gêner Twitter. « Les violences sexistes et sexuelles sont commises en immense majorité par des hommes. C’est une réalité. On pose donc (encore) la question : Comment fait-on pour que les hommes cessent de violer ? », répète la cofondatrice du collectif Nous Toutes Caroline De Haas. « Comment fait-on pour que les hommes cessent de violer ? Comment fait-on pour que les hommes cessent d’essayer de détruire celles qui posent la question ? » s’interroge, de son côté, l’élue écologiste et autrice de l’essai « Le génie lesbien » Alice Coffin.

Nombre d’entre elles, dont l’avocate Elisa Rojas, ont subi la même sanction du réseau social, qui leur a spécifié qu’elles avaient « enfreint les règles de Twitter relatives aux conduites haineuses », tandis que d’autres n’ont rencontré aucun problème. Ce qui fait dire à Melusine qu’« il ne s’agit donc pas d’un algorithme mal configuré », mais d’une « d’une décision humaine de la part de l’équipe de modération de Twitter France ».

Contacté par Numerama, Twitter a admis une véritable « erreur ». « Nous voulons être clairs : bien que nous nous efforçions d’assurer la cohérence de nos systèmes, il peut arriver que le contexte apporté habituellement par nos équipes manque, nous amenant à commettre des erreurs », a justifié le réseau social, précisant avoir rétabli tous les comptes.

#NotAllMen

Mais, rappelons-le, si ces comptes ont été temporairement suspendus, c’est avant tout parce que Twitter avait été interpellé par des signalements d’internautes. Bien que cette question soit nécessaire, pertinente et urgente, certains d’entre eux sont restés bloqués à sa formulation, brandissant un #NotAllMen, maintes fois balayé par les militantes féministes.

Or, si tous les hommes ne sont pas des violeurs, les violeurs sont quasiment tous des hommes. « Oui c’est la masculinité, la construction des hommes, qui est au cœur du problème. Parce que la masculinité est une construction basée sur un rapport hiérarchique de domination: sur les femmes, les enfants, la planète, les autres hommes », explique la créatrice du podcast Les couilles sur la table Victoire Tuaillon, dénonçant un « festival du déni ».   

Avec sa mini-BD « Petite Fable vélocipédique, à l’attention des hommes, mais pas que ! », le dessinateur de presse Loïc Sécheresse tente, lui aussi, de dénoncer une attitude systémique. La métaphore est certes imparfaite, mais elle a le mérite d’ouvrir le dialogue entre les femmes et les hommes, et entre les hommes eux-mêmes. Essentiel pour lutter efficacement contre les violences sexuelles, en se demandant comment les prévenir plutôt que de seulement les punir.

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