Vaccination Covid : La Belgique forcée de rétrograder

Nouveau contretemps dans la campagne de vaccination. À partir de lundi, le nombre de premières doses administrées va être limité, vu les retards de livraison des vaccins Pfizer et AstraZeneca.

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Après des débuts très timides, c’était annoncé : la Belgique allait progressivement accélérer la cadence dès la mi-janvier. Ce qui a été fait, avec la vaccination anticipée d’une partie du personnel en maisons de repos puis dans les hôpitaux. L’autorisation de mise sur le marché du vaccin Moderna, et surtout la confirmation par Pfizer/BioNTech de la livraison de 87.500 doses hebdomadaires jusqu’à fin mars, a en effet permis de passer la deuxième. Pour la troisième, il faudra encore attendre probablement un peu. À cause de retards sur ses lignes de production, Pfizer a finalement annoncé cette semaine ne pas pouvoir fournir aux pays de l’UE les quantités hebdomadaires promises. Selon la RTBF, la Belgique ne devrait recevoir la semaine prochaine que 78.390 doses Pfizer, ainsi que 13.200 doses du vaccin Moderna.

Conséquence : le calendrier va devoir être à nouveau adapté. Les résidents et le personnel des maisons de repos resteront prioritaires. Mais la campagne sera par contre ralentie dans les hôpitaux, et sera fonction des doses reçues. La « taskforce » vaccination a fait ses comptes ; pour garantir une deuxième dose trois semaines après la première injection, il ne faudra pas dépasser le chiffre de 54.300 doses en moyenne par semaine pour les nouveaux vaccinés (première dose). Un chiffre valable a priori jusque fin mars, mais qui pourrait bien être « réajusté », si les « livraisons augmentent » a précisé Sabine Stordeur, de la taskforce vaccination, au Soir.

AstraZeneca aussi en retard

Ce nouveau contretemps ne risque pas d’être corrigé par l’arrivée prochaine du vaccin AstraZeneca/Ofxord. Les livraisons- sous réserve de l’approbation de l’Agence européenne des médicaments, appelée à se prononcer le 29 janvier- seront moins importantes que prévu. En cause : une « baisse de rendement » sur un site de fabrication, a indiqué vendredi soir le groupe britannique. La Commission européenne a précommandé au nom des États membres 300 millions de doses, avec une option pour 100 millions supplémentaires. De son côté, la Belgique attend une part de 7,5 millions de doses.

Tributaires des firmes pharmaceutiques, les États cherchent à optimiser chaque goutte de vaccin, et sont parfois réduits à bricoler. Si l’OMS a en effet donné son feu vert à un plus long délai entre l’administration des deux doses (jusqu’à 6 semaines avant la deuxième injection), la taskforce vaccination, après avoir envisagé l’idée de rallonger ce délai pour économiser des doses, ne le recommande plus, sauf en cas d’urgence. Un moment, il a aussi été question d’économies à faire sur la sixième dose des flacons Pfizer. Grâce à des seringues spécifiques, les soignants se sont en effet rendus compte qu’il était possible de ponctionner dans les fioles- censées contenir 5 doses de vaccin- une dose supplémentaire. Mais voilà : arguant que les contrats passés avec l’Europe mentionnaient un nombre donné de doses et non de fioles, Pfizer a indiqué livrer à l’avenir moins de flacons pour le même prix.

Comment expliquer ces retards de livraisons ?

Pour comprendre, il faut remonter en amont de la chaine de production. Dès la mi-décembre, Pfizer pointait des problèmes d’approvisionnement en matières premières. Pour fabriquer leurs vaccins à ARN messager (une technologie jusqu’ici inédite), les firmes pharmaceutiques ont besoin de « nanoparticules lipidiques » (LNP), de minuscules globules de graisse.

Produit de niche, les LNP n’étaient jusqu’alors pas commercialisées en grande quantité. Peu d’entreprises en produisent. Voilà pourquoi les laboratoires peinent à diversifier leurs sources d’approvisionnement, et à sécuriser les quantités nécessaires. Ce qui a une implication en aval, sur les campagnes de vaccination.

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