Trump parti, les médias perdent leur meilleur ennemi

Pendant quatre ans, le président sortant et la plupart des médias américains se sont livrés une guerre très rentable. Les attaques de Trump contre les journalistes ont renforcé sa popularité auprès d’une partie de la population. Et dans le même temps, les médias ont vu leurs audiences grimper en flèche. Pour ces derniers, l’arrivée de Biden au pouvoir signera-t-elle la fin d’une ère prospère ?

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« Je ne crois pas avoir déjà été aussi heureux de perdre mon emploi auparavant », twittait le 7 novembre Alec Baldwin, au lendemain de la victoire de Joe Biden. Moumoute peroxydée, cravate rouge et teint carotte, l’acteur s’était fait une spécialité d’imiter Donald Trump. Presque chaque week-end pendant quatre ans, il caricaturait le magnat de l’immobilier dans l’émission satirique Saturday Night Live, sur la chaine NBC. Avec succès : les audiences du programme décollaient à chacune de ses parodies. Pour Alec Baldwin, dont l’essentiel de la carrière était somme toute derrière lui, le 45ème président des États-Unis aura probablement été autant un objet de détestation politique qu’une formidable source d’inspiration.

Même chose pour NBC comme pour la plupart des médias américains, qui, avec la fin du mandat Trump, devront répondre à la question suivante : comment faire sans leur meilleur ennemi ? L’ennemi en question mettait lui-même d’ailleurs les pieds dans le plat, en twittant au lendemain de son premier débat avec Joe Biden : « Record historique d’audience pour la télévision câblée! Un beau jour, les médias menteurs me regretteront amèrement!!! ». Sans aller jusque-là, il faut concéder à Donald Trump que son départ du Bureau Ovale pourrait signer la fin d’une période aussi inédite que faste pour le paysage médiatique américain (américain avant tout, mais peut-être pas seulement).

Win-Win

Inédite, la période l’a été : chaque jour ou presque, un président se sera lancé dans d’interminables diatribes sur les « fake news medias ». Ayant très vite compris l’intérêt d’adopter une posture « anti-système », Donald Trump n’a eu de cesse, dès le début de son mandat, de transformer les journalistes en adversaires politiques. Mais cette guerre aura aussi été lucrative pour le camp d’en face. Car, en plus des chaînes ultraconservatrices comme Fox News et One America News Network (OAN) qui ont vu leur audimat rapidement grimper, les années Trump ont aussi profité à ceux qui se seront opposés au président.

À coups d’investigations et de révélations, le New York Times a enregistré une croissance fulgurante. En quatre ans, le nombre d’abonnés numériques du quotidien est ainsi passé de 1,5 à 5 millions. Et entre 2016 et la fin juin 2018, le cours de l’action du groupe The New York Times Company avait augmenté de 141%, et dépassait celui d’Apple, Amazon ou Facebook.

Pas bon pour l’Amérique, mais bon pour les caisses

Même chose sur le cable : dès l’élection de Trump, le patron de CNN Worldwide, Jeff Zucker, admettait que « 2016 était la meilleure année de l’histoire des chaînes câblées et que 2017 serait encore meilleure ». S’il se trompait (CNN faisant de moins bonnes audiences en 2017), la tendance s’est toutefois confirmée sur le long terme, la chaine enregistrant ses meilleures audiences depuis 15 ans sur la période 2016-2020, selon les chiffres du Pew Research Center.

Trônant au sommet des audiences américaines, la chaine CBS a également pu sourire sous le mandat Trump. L’arrivée de ce dernier n’était « peut-être pas bonne pour l’Amérique », expliquait en 2016 le directeur de CBS, Leslie Moonves, mais était en effet « sacrément bonne » pour sa chaîne, vu que « l’argent entrait [déjà] dans les caisses ». Reste à voir si cela sera toujours le cas, une fois le milliardaire parti. « Avec Biden, on va retourner à une politique peut-être plus assainie, moins partisane, mais les médias ne fonctionnent plus que sur l’opposition systématique, jugeait Alexis Pichard, Sans cela, ils attireront moins », prévoyait ce spécialiste de la politique et des médias américains.

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