Alexeï Navalny, l’homme qui terrifie le Kremlin

Remis de la tentative d'empoisonnement à son encontre, le principal opposant au régime de Vladimir Poutine a voulu retourner en Russie, en sachant pertinemment ce qu'il risquait. Aujourd'hui en détention provisoire en attendant plusieurs jugements, les Etats-Unis et l'Union Européenne demandent sa libération.

Navalny, emmené en détention provisoire après un procès de quelques minutes. (Crédit: AFP)

Dimanche soir, un vol Berlin – Moscou a été dévié de sa course. Il a bien rejoint la capitale russe mais pas l’aéroport initialement prévu. La raison officielle : un problème technique, « un autre avion sur la piste ».  Dans l’appareil, l’annonce n’a surpris personne, au contraire.

En effet, Alexeï Navalny, un des principaux opposants au régime de Vladimir Poutine, très actif dans la lutte contre la corruption en Russie, se trouvait à bord, accompagnée de sa femme, sa-porte-parole et son avocate.

Aujourd’hui, Navalny est en détention provisoire, en attendant deux jugements pour lesquels il risque la prison. Pour ses soutiens, mais aussi l’Union Européenne, les Etats-Unis, d’autres pays et organisations, il s’agit d’une tentative grossière du gouvernement Poutine pour écarter leur principal adversaire pendant longtemps.

Comité d’accueil

Du côté de de l’aéroport de Vnoukovo, où l’avion était sensé atterrir, des centaines de partisans attendaient l’arrivée de Navalny, tout comme beaucoup de médias. De nombreux policiers, casqués et surprotégés, ont d’ailleurs envahi les lieux et arrêté plusieurs supporters du militant.

Dans l’autre aéroport moscovite de Sheremetyevo, l’accueil était tout autre et pour l’opposition, c’est exactement ce que cherchait le Kremlin.

Pour Kira Yarmysh, porte-parole de Navalny, c’est la preuve que le gouvernement Poutine craint bel et bien leur plus véhément critique. « Nous venons d’atterrir à Sheremetyevo », a-t-elle écrit sur Twitter quelques instants après que l’avion se soit posé. « Jusqu’il y a peu, il était impossible de croire qu’ils avaient peur. Mais voici la confirmation. »

Une fois à l’aéroport, celui qui est aussi avocat et président du parti « Russie du Futur », que la justice russe ne reconnait toujours pas officiellement, a été emmené à la douane où la police l’attendait.  

Navalny savait ce qu’il risquait en rentrant. Ces dernières années, il a été condamné à plusieurs reprises pour de la prison avec sursis dans des affaires de détournements de fonds, des procès qualifiés de « politiques » par les Etats-Unis et l’Union Européenne. En se rendant en Allemagne, il violait donc ses conditions de libération, bien que ces condamnation aient été jugées injustifiées par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Jugement express

Après son arrestation, l’opposant russe s’est très rapidement retrouvé à la barre d’un tribunal improvisé dans un bureau de police, ne laissant que quelques instants à sa défense pour se préparer. Mais il n’aura fallu qu’une poignée de minutes pour que le juge demande à ce qu’il soit détenu provisoirement pour 30 jours en attendant la révision de sa libération conditionnelle, qui aura lieu début février. 

Navalny, quelques minutes avant son procès exprès. (Reuters)

Et dès mercredi, il sera jugé dans le cadre d’une affaire de diffamation pour avoir « diffusé des informations mensongères et injurieuses » à l’encontre d’un vétéran de la Seconde Guerre mondiale. Deux affaires pour lesquelles il risque la prison, ce qui permettrait à la Russie de Poutine de se débarrasser d’Alexeï Navalny.

C’est en tout cas la lecture qui est faite de cette histoire à l’international. En Occident, différents pays et organisation, dont l’Union Européenne et les administrations américaines de Joe Biden, mais aussi de Donald Trump, condamnent fermement cette arrestation. Tous demandent la libération du militant anti-corruption, ce que le Kremlin a déjà refusé publiquement. Le porte-parole du gouvernement a indiqué les demandes occidentales ne seraient pas prises en comptes. « C’est une affaire totalement intérieure et nous ne permettrons à personne de s’ingérer là-dedans », a-t-il ajouté.

Un poison à l’ancienne

Alexei Navalny ne se trouvait pas en Allemagne pour des vacances, bien au contraire. 

Militant depuis plus de 10 ans, son cheval de bataille est depuis toujours la lutte contre la corruption dans son pays. Il a d’ailleurs lancé une ONG dont c’est l’occupation principale en 2011. Depuis tout ce temps, l’homme de 44 ans et sa fondation ont publié preuves, articles, publications, vidéos et commentaires démontrant les magouilles de différents secteurs d’activités : l’énergie, l’immobilier, la politique, etc. Il a notamment longtemps ciblé l’ancien président Medvedev.

Il est également actif en politique depuis plusieurs années. Il a notamment essayé de se présenter à plusieurs élections présidentielles, ce qui ne lui a pas été permis, et a fait campagne pour accéder à la mairie de Moscou. Il a aussi organisé à plusieurs reprises de très grandes manifestations contre le régime de Vladimir Poutine, face auquel il représente la principale opposition pour beaucoup d’observateurs, russes et étrangers.

Cet été, Alexei Navalny est tombé gravement malade, alors qu’il était en pleine campagne pour les élections locales et régionales. Alors que les urgences de l’hôpital russe dans lequel il avait été emmené n’ont rien détecté d’anormal dans son sang, il a été conduit à l’Hôpital de la Charité à Berlin, où les analyses ont démontré qu’il avait été empoisonné, comme le soupçonnait son entourage. 

Quelques semaines après, l’Allemagne a affirmé avoir les preuves qu’un agent neurotoxique Novitchok, armes chimiques développées par l’URSS dans les années 70 et 80, avait utilisé contre Navalny, ce qu’ont confirmé plusieurs autres laboratoires étrangers, organismes et enquêtes journalistiques.

Mais malgré cet empoisonnement et les risques judiciaires, après plusieurs mois en Allemagne, Alexei Navalny a tout de même voulu rentrer dans son pays ce week-end. De son atterrissage à Moscou jusqu’à son emprisonnement, il a plusieurs fois déclaré qu’il n’avait pas peur car il était innocent et appelé à plusieurs reprises ses supporters à manifester dans la rue.

« Il n’y a rien que ces voleurs dans leurs bunkers craignent plus que des gens dans les rues », a-t-il notamment déclaré lors de son procès expédié

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