Signes convictionnels dans le supérieur: des écoles pour tous et toutes

Avec l'autorisation des signes convictionnels dans l'enseignement supérieur, les femmes portant le hijab vont pouvoir choisir leurs études, sans renoncer à leur rêve ou leur identité.

Les principales concernées saluent cette décision. - BELGA

Dès septembre prochain, les signes convictionnels seront autorisés « sauf restrictions » dans tous les établissements de l’enseignement supérieur WBE, mais aussi de promotion sociale. Cela concerne, au total, environ 50.000 étudiants, même si, précisons-le d’emblée, cette décision vise surtout les femmes portant le hijab. Lui qui a tendance, habituellement, à déchaîner les passions a provoqué peu de remous au sein du conseil d’administration de Wallonie Bruxelles Enseignement, qui compte des représentants de toutes les formations politiques. « J’ai été surpris », a confié à La Libre l’administrateur général de l’organisme Julien Nicaise. « Un consensus a très vite pu être trouvé, ainsi qu’avec l’ensemble des directions avec lesquelles nous nous sommes bien sûr concertés. »

Alors que les signes convictionnels, en particulier le port du hijab, étaient jusqu’ici interdits, WBE a décidé de changer de position, « au nom de l’inclusion du plus grand nombre, de l’émancipation et de la lutte contre les inégalités », affirme son patron. « Il nous a semblé important de réaffirmer clairement les traditions de notre enseignement d’État », qui a pour valeur « d’accueillir chaque étudiant, quelles que soient ses caractéristiques et différences ».

Quelques exceptions

Les écoles concernées – cinq hautes écoles, cinq écoles supérieures des arts et 29 établissements de promotion sociale – vont donc adapter leurs règlements pour la prochaine rentrée académique, affirmant le principe général des signes convictionnels autorisés sauf exceptions: quand la sécurité pourrait être menacée, pour des raisons d’hygiène, ou en stage lorsqu’il faudra se conformer aux règles du milieu professionnel intégré.

Wallonie-Bruxelles Enseignement rejoint ainsi la plupart des établissements d’enseignement supérieur du réseau catholique, où le foulard est déjà autorisé. Cet été, le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) a annoncé que les signes convictionnels seraient également  autorisés dans toutes les écoles de promotion sociale organisées par la Cocof (la Commission communautaire française) et à l’Esac (l’École supérieure des arts du cirque). Dans le reste de l’officiel, cela reste globalement interdit, comme dans l’enseignement obligatoire.

Manifestation HijabisFightBack contre l'interdiction du port du foulard dans l'enseignement

Une victoire pour #HijabisFightBack

Pour les associations féministes, c’est une première victoire. « C’est un grand pas dans la lutte contre le racisme, l’islamophobie et le patriarcat », se réjouit le collectif La 5e vague, co-créatrice du mouvement #HijabisFightBack, avec deux autres plateformes engagées, Imazi Reine et Belges comme vous. La contre-attaque avait été lancée cet été, suite à l’interdiction du port de signes religieux dans une haute école bruxelloise, soutenue par la Cour Constitutionnelle.

« Si cette législation n’est pas revue, une partie de la population qui est déjà discriminée dans les études et à l’emploi le sera encore plus, au point d’être effacée tout simplement de la société », nous disait à l’époque Salma Faitah de La 5e vague. La militante regrettait ainsi que ces femmes adultes soient infantilisées et forcées de faire un choix, lourd de conséquences sur leur avenir: « abandonner leurs rêves ou placer dans une petite boîte leur identité et leurs croyances pour faire partie de cette société qui ne veut pas d’elles ».

Les principales concernées avaient fait entendre leur voix lors d’une manifestation, organisée au Mont des Arts à Bruxelles, pour protester contre cette décision et envoyer un message fort à leurs détracteurs: « Ne me libère pas, je m’en charge ». « Nous sommes actrices de nos vies et de nos choix. Personne ne doit parler ou décider à notre place », expliquait alors la militante.

Six mois plus tard, le mouvement #HijabisFightBack a porté ses fruits. Les femmes musulmanes portant le foulard vont enfin pouvoir choisir leurs études, sans que d’autres ne viennent leur dire ce qu’elles doivent porter ou non. Mais les associations ne vont pas se contenter de ce premier succès, qui ne concerne pas encore tous les établissements. « Le combat continue. »

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