Prolongation du couvre-feu : quand l’exceptionnel devient normal

En attendant le comité de concertation du 22 janvier, les mesures sanitaires ont été prolongées cette semaine. Parmi elles, le couvre-feu, théoriquement en vigueur jusqu’au 1er mars. Si la mesure peut avoir du sens pour circonscrire l’épidémie, ce qu’elle implique sur le plan démocratique n’est pas à négliger.

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Les mesures fédérales avaient pris effet le 2 novembre, et arrivaient à échéance ce vendredi 15 janvier. Pour éviter un vide juridique, elles ont donc été prolongées cette semaine par arrêté ministériel. Elles resteront en vigueur théoriquement jusqu’au 1er mars. Théoriquement, car la décision d’assouplir avant est toujours possible, a indiqué mardi la porte-parole de Annelies Verlinden (CD&V). Selon le cabinet de la ministre de l’intérieur, c’est pour éviter la « confusion » que les autorités fédérales n’ont pas davantage communiqué sur la question. Dans la foulée, le décret prévoyant le couvre-feu de 22 h à 6H en Wallonie a été prolongé. Tout comme les mesures « bruxelloises » – soit ce même couvre-feu, accompagné de l’obligation du port du masque, de la fermeture de tous les commerces à 20h et de l’interdiction de consommer de l’alcool sur la voie publique.

Vu la stagnation de l’épidémie, il n’était pas question, à très court terme (en sera-t-il différemment dans une semaine, lors du prochain comité de concertation), de relâcher la bride. La propagation inquiétante, à l’étranger principalement, de nouveaux variants du virus, a également dû jouer. Voilà donc comment une restriction à une liberté aussi fondamentale que celle de se déplacer se trouve prolongée, a priori (on se doit d’insister), de près de deux mois.

Seuils de tolérance

S’il n’existe que peu d’études sur son efficacité face à une épidémie, le couvre-feu semble intuitivement de nature à limiter le nombre de contacts sociaux sur une journée et ainsi, en combinaison avec d’autres dispositifs, participer à couper la transmission du virus. En même temps, se résoudre à le maintenir en vigueur n’est-il pas l’aveu d’un échec, d’un manque d’anticipation après la première vague et de disfonctionnements dans les politiques de testing et de tracing ?

Comme le soulignait dans Le Soir la docteur en histoire Caroline Sägesser, chargée de recherche au Crisp, le couvre-feu revêt également une fonction symbolique, celui d’indiquer à la population « la persistance d’une situation de crise ». Une persistance qui explique sans doute, après presque un an de vie sous « Covid », que notre seuil collectif de tolérance à l’exceptionnel ait significativement grimpé. Pour autant, Caroline Sägesser regrettait l’absence de débat autour d’une mesure inédite chez nous depuis la Seconde Guerre Mondiale. « Sur la forme, il s’agit d’un arrêté ministériel qui persiste depuis des mois, expliquait-t-elle au quotidien. Ce n’est pas normal. Il faudrait une loi pour l’encadrer, ce qui impliquerait une discussion à la Chambre et la possibilité de consulter le Conseil d’Etat. La ministre Verlinden avait promis d’asseoir la sécurité juridique du couvre-feu, mais j’attends toujours… ».

La permission de 18 heures, partout en France ?

Ailleurs, la mesure -du moins son extension- fait un peu plus débat. C’est le cas en France, où un couvre-feu, dès 18 heures, est d’application dans 25 des 100 départements du pays. Pour contrer un nouvel emballement de l’épidémie, le Premier ministre Jean Castex pourrait ce jeudi soir annoncer une généralisation du dispositif à tout l’hexagone. Pour certains épidémiologistes, avancer le couvre-feu à 18 heures n’aurait toutefois pas beaucoup d’impact sur le virus, et compliquerait un peu plus la vie des Français.

Obligés de rentrer plus tôt à la maison, ceux-ci auraient plus de chance de se retrouver en masse dans les transports en commun. Pour d’autres, la mesure serait bel et bien efficace, et dissuaderait les apéros entre collègues ou entre amis.

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