Le RER bruxellois n’est pas aux oubliettes

Le ministre de la Mobilité Georges Gilkinet tient à faire avancer ce projet vieux de 20 ans pendant son mandat. Selon lui, la Belgique a le budget et les cartes en main pour le mener à bien. Retour sur ce réseau quasi-légendaire censé relier la capitale aux grandes villes de sa périphérie. 

La gare de Genval, en 2016, prête à accueillir les rails du RER. (Crédit: Belga)

Mythique arlésienne de la mobilité belge, le sujet du RER vient d’être remis sur la table par le ministre de la Mobilité Georges Gilkinet (Ecolo). Dans un grand entretien accordé à La Libre, il affirme que le projet n’est pas aux oubliettes et continue d’avancer.

Il explique notamment qu’il a relancé le Comité de Pilotage RER. Ce groupe de travail réunit des représentants des 4 ministères de la Mobilité et des 5 sociétés de transport publiques du pays. Il est sensé se réunir de manière régulière pour superviser le projet dans sa globalité. Mais cela fait environ un an que les différents acteurs ne se sont pas vus. 

Enfin, cela faisait un an. Vendredi, il a été réanimé avec à sa tête Jean-Pierre Hansen. L’ancien patron d’Electrabel avait notamment déjà été chargé de mener la réforme SNCB de 2013. Il était à la tête de ce comité depuis 2017. Le ministre Gilkinet vient de le reconduire à ce poste.

Georges Gilkinet (Crédit: Belga)

Pour les deux hommes, le projet du RER n’a rien d’une légende. Il sera terminé dans les prochaines années et la Belgique a toutes les cartes, et le budget qu’il faut, en main pour y arriver. Comme son prédécesseur François Bellot (MR), l’Ecolo est partisan d’avancer petit à petit. « Nous voulons aller le plus vite et le plus loin possible. L’idée est qu’une partie du travail puisse être mise en œuvre à chaque plan de transport présenté par la SNCB. Nous allons utiliser chaque opportunité pour renforcer et améliorer l’offre de train. Cela ne sert à rien d’attendre que tout soit terminé pour profiter du RER. Je m’inscris dans une dynamique de réussite, le succès appelle le succès », a-t-il notamment expliqué.

Pas d’objectifs fixes

Le duo Gilkinet-Hansen ne s’est pas fixé d’objectif en terme de délais. Pour le pan flamand du projet, les derniers rails ont été posés cette année même. En Wallonie, par contre, les travaux sont loin d’être terminés. Mais quelques dates sont tout de même avancées. Des trains S s’arrêteront dans toutes les gares entre Ottignies/Louvain-la-Neuve et Bruxelles en 2025 et un train tous les quarts d’heure sur la même ligne l’année suivante. 

Le ministre de la Mobilité tient également à améliorer l’accessibilité dans les gares, dans tous les sens du terme : tant vers le train, avec des wagons et des quais à même hauteur, pensés pour les PMR notamment, mais aussi vers les gares qui devront être devenues multimodales, avec bus, parkings vélos, etc.

Côté coût, le milliard d’euros dégagés par le précédent gouvernement fédéral, et environ 500 autres millions, économies réalisées sur certains chantiers non-réalisés ou moins chers qu’anticipé, devraient suffire à mener le projet à bien. 

Et si aucune date de fin n’a été fixé, aucun objectif de fréquentation non plus. « Mais l’objectif est évidemment que les personnes qui viennent du Brabant wallon et du Brabant flamand chaque jour à Bruxelles ne viennent plus en voiture et puissent la laisser chez eux ou au parking d’une gare. Pour cela, le rail doit offrir une plus grande qualité de service que la voiture. C’est la mission que j’ai confiée à Jean-Pierre Hansen et à la SNCB », précise Georges Gilkinet.

Jean-Pierre Hansen. (Crédit: Belga)

Une longue histoire

Les plans pour un RER belge avaient été initiés par une autre ministre Ecolo de la Mobilité, Isabelle Durant, alors qu’elle faisait partie du gouvernement Verhofstadt I, entre 1999 et 2003. Mais les premiers travaux pour ce projet d’envergure n’avaient eu lieu que l’année d’après. Au début, on l’imaginait pour 2010 puis, en 2004, la première version concrète du projet visait 2012.

A l’époque, la SNCB rêvait d’un réseau express régional qui ressemblerait à celui d’un métro, répartis sur 8 lignes, qui auraient pour terminus Wavre, Louvain-la-Neuve, Nivelles, Braine-le-Comte, Malines, Leuven, Termonde, Alost ou Zottegem. Sur certaines, un train s’arrêterait toutes les demi-heures, sur d’autres tous les quarts d’heure. Tout cela avec un tarif et des horaires coordonnés avec le Tec, De Lijn et la STIB.

Aujourd’hui, tout cela semble complètement fantasque. Au fil des années, le projet a dû faire face à des obstacles financiers (manque de budget causé par l’inflation ou une nécessité d’économiser), urbanistiques (pour certains chantiers) mais également politiques. En effet, cette vision globale (et fédérale) du réseau et de la mobilité n’étant pas toujours en adéquation avec celles des différents gouvernements qui se sont succédés à la tête des entités fédérées. Ce qui fait que le projet n’a fait qu’être repoussé au fil des ans.

Mieux que rien 

Entre temps, la SNCB a tout de même mis sur les rails les fameux trains S en 2015. Prototype du fameux réseau express régional bruxellois, ces lignes « suburbaines » empruntent à peu de choses près les mêmes parcours que ceux du futur RER mais remplacent les trains L et P. Elles n’ont pas pour objectif d’atteindre l’idéal multimodal promis par leur successeur mais les trains S passent tout de même par de nombreuses gares autour de Bruxelles, en restant dépendants du reste du réseau. Outre la capitale, Anvers, Charleroi, Liège et Gand ont aussi leurs propres trains S qui relient le centre-ville aux communes périphériques.

Jo Cornu, à l'époque patron de la SNCB, lors de l'annonce de la mise en place des fameux trains S. (Crédit: Belga)

Pour ce qui est du vrai projet RER dans son ensemble, le Comité de Pilotage a été formé en 2009 avec la volonté de se réunir tous les deux mois pour s’assurer du bon déroulement global de la chose. Mais le manque de budget a ponctuellement posé problème. Lorsqu’elle était à la Mobilité, la ministre Jacqueline Galant (MR) a même évoqué l’idée que les lignes wallonnes du RER ne sortiraient peut-être jamais de terre…

En février 2017, son successeur, François Bellot, annonçait le fameux milliard d’euros budgété, et en profitait pour souligner que le comité ne s’était réuni que sept fois depuis 2009… Il expliquait alors « l’avoir réactivé », avant de nommer Jean-Pierre Hansen à sa tête en mai. Aujourd’hui, c’est à peu de choses près ce que vient de faire Georges Gilkinet après un an de standby…
 

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