UE et Chine concluent un accord controversé

Cet accord sur les investissements devrait donner aux entreprises européennes un meilleur accès au marché chinois. Sur la question du travail forcé des Ouïgours, Pékin s’est montré de bonne volonté, sans toutefois parvenir à étouffer toutes les critiques.

©belgaimage-171623360

En cette toute fin de 2020, l’accord sur le post-Brexit a éclipsé une autre négociation d’envergure menée par l’Union européenne : celle menée avec la Chine. Après sept ans de discussions, Bruxelles et Pékin ont conclu ce mercredi un accord global sur les investissements. Par visioconférence, le président chinois Xi Jinping, les dirigeants de l’UE Ursula von der Leyen et Charles Michel, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français, Emmanuel Macron ont approuvé la conclusion « de principe » du « China-EU Comprehensive Agreement on Investment », dont la signature officielle interviendra ultérieurement.

Ce deal devrait offrir aux entreprises européennes un « accès sans précédent » au marché chinois, souligne un communiqué européen. Comme il est présenté, l’accord « contribuera au rééquilibrage » de relations jugées « asymétriques » entre une UE jusqu’alors ouverte aux investissements chinois et une Chine verrouillant l’accès de son marché aux entreprises européennes et favorisant ses géants nationaux à coup d’aides d’État. Le contenu du traité n’a pas encore été intégralement dévoilé ; selon plusieurs sources, Pékin aurait accepté de faciliter les investissements dans certains secteurs, notamment dans les services financiers, les services de cloud ou de santé et se serait engagé à plus de transparence sur les subventions reçues par les entreprises publiques chinoises.

Dans la balance: business et droits humains

Les parties en présence se seraient également entendues sur des règles claires interdisant le transfert forcé de technologies. Ses marchés étant à l’inverse beaucoup plus ouverts, l’Union européenne n’aurait eu à faire que des concessions marginales, comme « dans le secteur manufacturier », a indiqué une source à L’Écho. Les enjeux financiers sont considérables. La manne d’investissements européenne sur le sol chinois atteint près de 150 milliards d’euros, tandis que celui de la Chine est de 113 milliards en Europe. 

Vu les finalisations juridiques et techniques, la signature de l’accord pourrait ne pas advenir avant plusieurs mois. Et avant d’être ratifié, il devra d’abord passer par l’approbation du Parlement européen, ce qui n’est pas encore gagné. En filigrane, se pose la question du travail forcé des Ouïgours. Plusieurs experts et ONG accusent en effet le régime chinois d’avoir interné dans des camps de « rééducation » plus d’un million de membres de la minorité musulmane du Xinjiang (ouest du pays). Pour certains, conclure un accord commercial serait ainsi un curieux signal à envoyer à Pékin, et les garanties obtenues en retour bien maigres pour s’assurer du respect des droits humains.

Même si la Chine « s’engage (…) à œuvrer à la ratification des conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT), y compris celles [interdisant] le travail forcé », comme l’ont expliqué les Européens, cela risque de ne pas être suffisant. Mi-décembre, le Parlement de Strasbourg avait adopté une résolution qui condamnait le travail forcé des minorités ouïgoure, kazakhe et kirghize. Très impliqué sur le sujet, l’eurodéputé français Raphaël Glucksmann (Socialistes & Démocrates) a réclamé « des engagements concrets et vérifiables » de Pékin. « Aucun témoin extérieur ne peut pénétrer dans les usines qui exploitent des esclaves ouïgours. Donc c’est juste des mots », a-t-il déclaré à l’AFP.

Plus d'actualité