Accès à l’avortement: où en est-on dans le monde?

L'Argentine vient de légaliser l'avortement, une exception en Amérique latine. L'occasion de faire le point sur l'accès à l'IVG, toujours très inégal selon les pays considérés.

Des militantes pro-choix après le vote historique du Sénat légalisant l'avortement en Argentine. - Reuters

Cris de joie et de soulagement pour les femmes en Argentine. Deux ans après un premier rejet des parlementaires, le texte de loi autorisant l’avortement a été adopté dans la nuit de mardi à mercredi par le Sénat, à majorité conservatrice. Dans un pays très divisé sur la question, l’IVG est désormais autorisé sans conditions et jusqu’à 14 semaines de grossesse. C’est plus qu’en Belgique, où ce délai est de 12 semaines.

Jusqu’ici, l’avortement n’était permis qu’en cas de viol ou de danger pour la vie de la femme, en vertu d’une loi datant de 1921. Dans les autres cas, cet acte était considéré comme un délit par le Code pénal argentin, et une femme qui y avait recours encourrait entre un et quatre ans de prison. Nombre d’entre elles étaient ainsi forcées d’avorter clandestinement, souvent au péril de leur vie. Selon le gouvernement, entre 370.000 et 520.000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année en Argentine, où 38.000 femmes sont hospitalisées pour des complications.

« Cette loi n’oblige pas à avorter, elle ne promeut pas l’avortement, elle lui donne seulement un cadre légal », a déclaré au cours des débats Sergio Leavy, sénateur membre de la majorité. Plusieurs études ont d’ailleurs démontré qu’interdire l’IVG n’en diminue pas le nombre. Selon l’institut américain Guttmacher, le taux d’avortement se révèle en fait plus élevé dans les pays qui en limitent l’accès plutôt que ceux qui l’autorisent.

Une exception en Amérique latine

Au-delà de son caractère historique, ce vote argentin soulève l’espoir d’une avancée des droits des femmes dans le reste de l’Amérique latine, où les milieux chrétiens font front contre l’avortement. « L’adoption d’une loi qui légalise l’avortement dans un pays catholique aussi grand que l’Argentine va dynamiser la lutte pour garantir les droits des femmes en Amérique latine », s’est félicité Juan Pappier, chercheur spécialiste des Amériques, à Human Rights Watch.

Une manifestante pro-choix au Chili

En 2017, le Chili a mis fin à près de 30 ans d’interdiction totale de l’IVG, désormais autorisée en cas de risque pour la vie de la mère, viol et non-viabilité du foetus. Loin d’être suffisant, selon les associations féministes. – Reuters

Dans cette région où trois interruptions de grossesse sur quatre sont faites illégalement selon l’OMS, le recours à cette pratique n’est totalement autorisé que dans quatre pays: Cuba, la Guyana, l’Uruguay et depuis mercredi l’Argentine. A contrario, l’IVG est strictement interdite au Honduras, au Nicaragua, en République dominicaine, au Salvador et au Suriname. Dans les autres pays, l’avortement est soumis à des conditions extrêmement restrictives, à savoir en cas de viol, de danger pour la personne enceinte et/ou de malformation du fœtus.

Un accès toujours inégal dans le monde

Ailleurs dans le monde, l’accès à l’avortement demeure très inégal. L’Afrique est l’un des continents les plus restrictifs, où seuls quatre pays l’ont légalisé: la Tunisie, l’Afrique du Sud, le Cap-Vert et le Mozambique. Mais même dans les pays qui autorisent la pratique sous certains conditions, rares sont les femmes aptes à obtenir une intervention sécurisée, alerte l’institut pro-choix Guttmacher.

En Asie, seules les Philippines interdisent totalement l’avortement. Un tiers des pays asiatiques l’autorisent à la demande de la femme. Le Vietnam fut pionnier en la matière, en 1945. En Corée du Sud, la plus haute juridiction du pays a ordonné en avril 2019 la levée de l’interdiction de l’avortement, jugée anticonstitutionnelle, et demandé une évolution de la législation très restrictive. Le gouvernement a présenté un projet de loi en octobre dernier, autorisant l’avortement jusqu’à 14 semaines de grossesse, mais celui-ci fait débat, même au sein des militants pro-choix.

Au Moyen-Orient, l’IVG est largement illégale, sauf en Turquie. Mais sous Erdogan, qui la considère comme un meurtre, la pratique a quasiment disparu des hôpitaux publics.

Erdogan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan. – AFP

En Australie, seule la Nouvelle-Galles du Sud, Etat le plus peuplé du pays, continue à proscrire l’IVG. En mars dernier, la Nouvelle-Zélande a, quant à elle, dépénalisé l’avortement, qui était jusque-là passible de 14 ans d’emprisonnement. Une peine théorique qui n’était pas appliquée. En Belgique, une proposition de loi similaire peine à passer. Elle a été reportée pour la quatrième fois cet été, après l’opposition du CD&V, de la N-VA et du Vlaams Belang.

Aux Etats-Unis, où l’avortement a été autorisé par un arrêt de la Cour suprême en 1973, le débat a été relancé lors de la campagne présidentielle. Le président élu démocrate Joe Biden a promis de pérenniser le droit à l’IVG en poussant le Congrès à l’inscrire dans la loi. Mais les défenseurs de l’avortement craignent un retour en arrière de la Cour suprême, après notamment la nomination par Donald Trump de la magistrate conservatrice Amy Coney Barrett, fervente catholique et anti-choix.

En Europe aussi, ce droit est sous pression. Si Malte est le seul pays de l’Union européenne prohibant totalement l’interruption volontaire de grossesse, d’autres pays tentent de restreindre ce droit, comme la Pologne. En octobre dernier, le Tribunal constitutionnel a considéré l’IVG en cas de malformation du fœtus, comme « incompatible » avec la Constitution, interdisant quasi totalement l’avortement dans ce pays où 98% des 1.100 interruptions légales pratiqués en 2019 concernaient cette condition. Face à la vague de protestations à travers le pays, la décision a finalement été suspendue.

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