Aux Pays-Bas, des « chasseurs de pédophiles » se substituent à la police

Un homme de 73 ans est mort sous les coups après avoir été piégé par des « pedojagers », sortes de milices qui traquent les pédophiles sur Internet. Le phénomène est présent dans plusieurs régions du pays et inquiète la police.

A Arnhem, hommage à l'homme décédé, victime présumée des

L’affaire s’est déroulée fin octobre à Arnhem. Un enseignant retraité de 73 ans est agressé par plusieurs jeunes. Après avoir chuté de son vélo, il décède quelques heures plus tard. Il avait été préalablement piégé sur internet via un faux profil de jeune fille mineur qui lui proposait un rendez-vous sexuel. Si l’enquête suit son cours, il s’agirait bien de la première victime recensée des « pedojagers », des « chasseurs de pédophiles » qui ont essaimé aux Pays-Bas depuis quelques mois.

Que veulent les « pedojagers » ?

Le phénomène, désormais présent dans plusieurs régions du pays, est apparu après une émission télé sur la pédophilie. Des « pedojagers » sont alors apparus dans les médias, expliquant qu’ils voulaient pousser la police et la justice à agir contre des individus qu’ils jugent bénéficier de l’impunité.

Leurs méthodes : créer de faux profils de jeunes personnes sur internet pour attirer les pédophiles présumés. Ils leur proposent un rendez-vous sexuel, puis voient s’ils mordent à l’hameçon. Selon la plupart, ils ne recherchent pas la violence, mais plutôt « détruire mentalement ces pédophiles ». Notamment en divulguant sur internet les données personnelles de leurs cibles : adresse, signalement, plaque d’immatriculation…

« Nous téléphonons à son employeur, son club sportif, nous diffusons sa photo et nous veillons à ce qu’il soit tellement connu qu’il ne puisse plus se rendre au supermarché »  a expliqué dans la presse hollandaise un « chasseur de pédophiles » de 27 ans, Max W., agent commercial le jour. Mais la violence peut aussi être au rendez-vous…

Plusieurs groupes « antipédophiles » ont vu le jour sur internet, qui regroupent parfois plusieurs dizaines de milliers de membres. Les cibles des « pedojagers » sont filmées et les images circulent parmi ces groupes. Les gens font alors pression sur le pédophile présumé pour qu’il n’ose plus sortir de chez lui.

Pourquoi la police s’inquiète de ce phénomène ?

Les « pedojagers » sont presque organisés comme des milices qui font eux-mêmes justice à la place de la justice. Ce qui irrite la police, laquelle a demandé que cessent ces chasses à l’homme après avoir recensé près de 250 incidents impliquant des « pedojagers » ces derniers mois. Le phénomène devient hors de contrôle.

Selon un porte-parole de la police nationale, ces milices ne font que compliquer la tâche des forces de l’ordre. Le ministre de la justice, Fred Grapperhaus, a quant à lui expliqué que « nous ne vivons pas dans une société de cow-boys mais dans un Etat de droit. Si vous pensez que quelqu’un commet un méfait, signalez-le à la police ».

Pour Maaike Blok, responsable de Reclassering Nederland, un service chargé du suivi des mesures de probation, les actions des « chasseurs » présentent le risque de voir des pédophiles refuser de parler et de s’écarter de leur thérapeute pour plonger dans un isolement social complet, et dangereux.

Mais pour les « pedojagers », comme le dit un membre du groupe Jaggers030, cité par Le Monde :  « Nous sommes dix fois plus efficaces que la justice et la police. Cette dernière manque de temps, de moyens et de personnel. Individuellement, des enquêteurs nous soutiennent d’ailleurs, parce qu’ils se sentent impuissants ». A tel point que des parents appellent parfois des « chasseurs » à la rescousse. Quant au profil des « pedojagers », il est varié : cela peut être des parents, comme des complotistes ou des victimes d’abus sexuels.

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