Après le Brexit, l’Ecosse en route vers l’indépendance?

L'Union européenne a perdu l'un de ses membres, mais pourrait en gagner un nouveau: l'Ecosse.

Nicola Sturgeon n'a « jamais été aussi certaine » de réaliser l'indépendance de l’Écosse. - AFP

Ce fut l’une des premières réactions après l’annonce de l’accord post-Brexit, conclu entre le Royaume-Uni et l’Union européenne jeudi. « Il est temps de tracer notre propre avenir en tant que nation européenne indépendante », a affirmé la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, exigeant un second référendum sur l’indépendance de la province britannique, malgré le refus de Londres.

Le premier, organisé en 2014, n’avait pas été bien accueilli par les Ecossais, dont une courte majorité (55%) avait voté pour rester au sein du Royaume-Uni, provoquant la démission du prédécesseur de Nicola Sturgeon, lui aussi membre du Parti national écossais. Depuis, le Brexit a changé la donne.

Une défiance de plus en plus forte

Lors du référendum européen de 2016, alors que l’ensemble du Royaume-Uni avait voté à 51,89% pour quitter l’Union européenne, en Ecosse, 62% des votants voulaient y rester. Ils s’en retrouvent désormais sortis bien malgré eux. « Le Brexit arrive contre la volonté du peuple d’Écosse », a déclaré la cheffe de file des indépendantistes, soulignant qu’« aucun accord ne pourra jamais compenser ce que le Brexit nous enlève ».

Nicola Sturgeon sortant d'un bus de campagne contre le Brexit

Nicola Sturgeon sortant d’un bus de campagne contre le Brexit, en décembre 2019. – AFP

Durant les négociations, Theresa May avait déjà refusé à l’Ecosse tout droit de veto, les privant de réelle influence dans ce référendum historique. Cet événement a créé une défiance de plus en plus forte envers Londres et relancé le mouvement indépendantiste, dopé encore ces derniers mois par la crise sanitaire. Alors que 74% des Écossais sont satisfaits de la gestion de l’épidémie de Covid-19 par leur Première ministre, Boris Johnson, lui, n’obtient que 19% d’avis favorables.

Par ailleurs, l’accord commercial post-Brexit n’a pas réussi à apaiser les tensions. Que du contraire. Le Premier ministre britannique, qui avait promis le beurre et l’argent du beurre en quittant l’Union européenne, est accusé d’avoir trahi les pêcheurs écossais. « Johnson nous avait promis les droits sur tout le poisson de notre zone économique exclusive, mais nous n’en recevons qu’une partie », a dénoncé ce lundi Andrew Locker, l’un des dirigeants de la fédération britannique des organisations de pêcheurs (NFFO), sur les ondes de la radio BBC 4. Les producteurs de whisky et les agriculteurs écossais s’estiment également lésés.

Un rêve à portée de main

Nicola Sturgeon entend capitaliser sur ce mécontentement suscité par le Brexit et la gestion de la crise pour obtenir ce qu’elle désire. Elle a d’ailleurs affirmé fin novembre qu’elle n’a « jamais été aussi certaine » de réaliser l’indépendance de l’Écosse car elle bénéficie désormais d’un soutien populaire croissant. Dans les sondages, les quatorze dernières enquêtes d’opinion sur l’indépendance donnent le « oui » vainqueur, selon France Inter, avec des résultats allant de 51% à 59%.

Pour couronner le tout, son Parti national écossais, au pouvoir depuis 2007, est donné largement favori des élections locales de mai prochain. Il avait déjà gagné du poids en décembre 2019 en remportant 49 des 59 sièges attribués à l’Écosse à la Chambre des communes britannique. Le SNP veut faire de cette prochaine élection « un référendum sur le référendum. S’il l’emporte, il verra dans la victoire un feu vert des Ecossais pour organiser une nouvelle consultation. « Le peuple écossais a le droit de choisir son avenir, a déclaré la Première ministre écossaise. La question qui se pose à tous pour les élections de mai est la suivante: qui devrait prendre les décisions qui façonnent notre avenir ? »

Boris Johnson

Boris Johnson. – AFP

Un obstacle majeur

Si « l’indépendance est clairement en vue » pour Nicola Sturgeon, elle devra faire face à un obstacle majeur: le refus de Londres. Depuis le premier référendum, Boris Johnson a exclu à plusieurs reprises de permettre à l’Écosse d’organiser un nouveau scrutin, arguant qu’il s’agissait d’un vote qui arrivait « une fois par génération ». Or, sans l’accord du conservateur, il est impossible d’organiser toute nouvelle consultation, sans violer la constitution et rendre le résultat invalide.

Même si une forte victoire du SNP l’année prochaine renforcera la pression sur Londres pour accepter un deuxième référendum, la route vers l’indépendance est encore longue.

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