Confinement : comment nos péchés mignons sont devenus de mauvaises habitudes

Friandises, alcool, tabac, shopping en ligne… Pour beaucoup, les petits « craquages » de mars ou avril procurent désormais moins de plaisir qu’avant mais font désormais partie du quotidien.

Attention à ne pas exagérer. (Crédit: MAXPPP)

Ce printemps, le monde entier a dû se confiner à cause de la pandémie. Chose inédite, nous avons dû rester chez nous bien plus que d’habitude, autorisé à ne sortir que pour faire des courses essentielles, éventuellement pour aller travailler pour les rares qui le pouvaient encore.

Si certaines personnes ultra-casanières ont apprécié la chose, pour beaucoup, la période a été très difficile, voire déprimante, et l’est à nouveau en cette fin d’année. Il a fallu trouver des façons de se remonter le moral, des façons de se faire plaisir sans sortir de chez soi.  Si certains ont trouvé du réconfort dans le sport, d’autres ont préféré s’autoriser plus fréquemment leur petit péché mignon, quel qu’il soit : sucre, malbouffe, alcool, tabac, shopping, jeux vidéo, jeux de hasard, voire drogues dures.
 
L’occasionnel(le) friandise, petit verre ou joint a commencé à devenir une habitude pour une partie de la population, avec les conséquences qui vont avec : prise de poids, dégradation de la santé ou vidange des comptes en banque…

Mais en cette fin d’année, tout le monde a pu se rendre compte que ces petits plaisirs à court terme ne suffisent pas. Ils ne peuvent pas combler le manque d’interactions sociales, ni remplacer toutes ces habitudes qui nous manquent… Alors, comme le souligne NBC News, pourquoi continuons-nous ? 

A cause du stress

Il faut d’abord comprendre d’où nous vient cette recherche constante de petits moments de satisfaction.

Pour le docteur Robert Lustig, professeur émérite d’endocrinologie pédiatrique à l’Université de Californie, le stress chronique vécu par beaucoup de personnes durant cette pandémie, qui rend plus difficile la gestion de ses désirs, entre en jeu. Ce stress cause notamment une recherche du plaisir illogique, au-delà du raisonnable.

Tout cela s’explique de manière scientifique. Pour résumer très simplement, le cortex préfrontal est le centre de récompense du cerveau. En temps normal, elle contrôle la dopamine, le neurotransmetteur de la récompense, du plaisir.

Lorsque notre cerveau est envahi pendant longtemps par « l’hormone du stress », le cortisol, celle-ci entrave le fonctionnement du cortex préfrontal, qui va rechercher des choses pour le stimuler, libérer de la dopamine. « Elles peuvent être chimiques – cocaïne, héroïne, nicotine, alcool, sucre – ou comportementales – achats, jeux d’argent, jeux sur internet, médias sociaux, pornographie », précise le Dr. Lustig.

C’est notamment ce qui explique que beaucoup se sont mis à la pâtisserie durant le confinement, causant des pénuries de farine un peu partout !

« Pas les mécanismes »

Mais comment expliquer l’attrait pour ces petits plaisirs dont on sait que la joie qu’ils nous procurent est de courte durée ? 

Dans le monde de la psychologie, on se pose encore la question. « Ce qu’on sait grâce aux neurosciences, c’est qu’il n’y a pas de liens entre les choses que nous voulons et les choses que nous aimons. Vouloir, c’est un processus motivationnel. Aimer, c’est le sentiment obtenu quand on a ce qu’on veut », explique Laurie Santos, professeur de psychologie à l’Université de Yale.

Ce décalage entre volonté et appréciation est plus fort en ce qui concerne les drogues très addictives. Une personne accro peut dépasser les limites pour obtenir sa drogue, mais sa récompense, la joie qu’il en retirera, sera minime puisqu’il y est habitué.

Le professeur Santos explique aussi que notre cerveau n’a jamais « envie » des choses qui nous font du bien à coup sûr. « Des choses comme prendre le temps de nouer des liens sociaux,  de faire quelque chose de gentil pour les autres, de prendre le temps d’éprouver de la gratitude. Nous n’avons tout simplement pas de mécanismes qui nous font rechercher ces choses. Nous ne nous rendons pas compte que c’est ce qui manque ».

Il faudra peut-être attendre que la crise soit derrière nous, ou en tout cas que nous soyons déconfinés, pour mettre fin à ces mauvaises habitudes et en prendre de meilleures, qui nous procureront plus de joie. 
 

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