Le loup, objet de fantasmes bien éloignés de la réalité

Depuis sa réapparition en Belgique, il suscite à la fois crainte, curiosité et fascination. Mais au fond, pourquoi s’intéresse-t-on autant au loup?

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Le proverbe dit que le chien est le meilleur ami de l’homme. Mais dès qu’il est question de son ancêtre le loup, dont il reste proche, l’ambiance est très différente. Ces dernières années, son retour en Belgique ne cesse ainsi d’interpeller le public. Dès la moindre petite anecdote à son propos, un article de presse apparaît sur lui. Exemple: cette semaine, en Flandre, où cinq louveteaux ont été repérés comme provenant du couple de loups August et Noëlla. Mais plus globalement, il suffit qu’un spécimen apparaisse quelque part pour que les journaux locaux en parlent. Cette fascination, ou cette crainte, en dit en réalité beaucoup sur notre rapport avec cet animal. Une relation complexe, historique et récente à la fois.

Du Néolithique au XXe siècle: une crainte justifiée du loup

Entre les loups et les humains, c’est une longue histoire, mais elle n’a pas toujours été tumultueuse. Après tout, c’est grâce à leur rapprochement que les chiens sont nés. Il s’agit même de la première espèce domestiquée de l’histoire, celle-ci ayant eu lieu au cours du Paléolithique, quand nous étions encore chasseurs-cueilleurs. Mais par la suite, ce rapport se crispe. «Au Néolithique, l’homme commence à pratiquer l’élevage, et le loup – de nature carnivore- attaque les troupeaux. À partir de ce moment, il est perçu comme un animal nuisible», explique pour le magazine Geo Jennifer Heim, commissaire d’une exposition sur le loup ayant eu lieu à Épinal, dans les Vosges.

Une fois ces tensions nées à partir de l’élevage, le loup ne cessera d’être diabolisé. Il est considéré comme dangereux par Aristote, puis comme un «signe de malheur» par Pline l’Ancien, avant de devenir l’œuvre du diable pour l’Église et d’inspirer la littérature occidentale sous des formes diverses et variées (loup-garou, bête du Gévaudan…). Et pour couronner le tout, il ne faut pas oublier qu’en Europe, les loups, d’habitude craintifs des humains, ont pu attraper la rage et donc s’attaquer à eux. Ils pouvaient alors vraiment représenter un danger.

La peur de l’inconnu

Depuis, évidemment, la rage a disparu, mais le loup aussi. Dans la première moitié du XXe siècle, il n’est plus présent dans plusieurs pays d’Europe de l’Ouest. Au siècle passé, il fallait se diriger vers la péninsule ibérique, l’Italie ou la Pologne pour en trouver. Mais ces dernières décennies, son domaine territorial s’est élargi de nouveau. Début des années 1990, il réapparaît en France. Et voilà que ces dernières années, il en est de même en Belgique, avec quelques rares individus.

Aujourd’hui, l’image du loup a changé, mais reste hésitante. C’est en tout cas ce que constate Alain Lambert, guide et responsable presse au Wolf Center installé à Limbourg, près de Verviers. Selon lui, le rapport avec ce canidé reste mitigé car empreint de «la peur d’un animal qu’on ne connaît pas». «Les gens sont dans l’inconnu et ils le redoutent de ce fait. C’est d’ailleurs pour ça que des personnes viennent chez nous pour se renseigner», dit-il. «Les gens ne savent par exemple pas s’ils peuvent se promener dans un bois sans crainte. Or il n’y a vraiment aucun risque d’être attaqué par un loup. Cela ne pourrait arriver que dans un cas: quand un petit chien ou un enfant court. Quant aux adultes, ils ne risquent rien avec les loups européens».

Réapprendre à vivre avec le loup: tout le défi aujourd’hui

Si le loup n’attaque plus l’homme (aucun fait de ce genre n’a été attesté en Europe depuis la disparition de la rage), il reste le problème de l’élevage. Alain Lambert prend notamment l’exemple de la France, où les morts d’ovins sont nombreuses. «Quand le loup y est revenu, la transhumance a continué à se faire comme avant, ce qui a amené à beaucoup d’attaques. S’ils avaient pris des précautions, il n’y aurait pas eu autant de problèmes. Au lieu de ça, les mouvements d’opposition au retour du loup sont très mobilisés en France et on parle beaucoup du sujet», remarque-t-il. Dans les Abruzzes en revanche, là où le loup n’a jamais disparu, il ne crée pas autant d’émoi. Les mesures prises par les autorités (dédommagements en cas d’attaque, barrières électriques, chiens d’élevage…) ont permis d’assurer une coexistence plus ou moins réussie.

En Belgique, un «plan loup» a été mis en place en 2020 pour assurer «une cohabitation équilibrée entre l’homme et le loup». Un suivi scientifique sera mis en place pour répertorier la présence de l’animal dans le pays et pour le protéger un maximum (même s’il reste vulnérable à son plus grand ennemi, la voiture). D’autre part, en prévision d’une augmentation des attaques d’ovins (pour l’instant, seulement une dizaine ont été recensées), il est prévu d’indemniser tous les éleveurs victimes tout en les aidant à se protéger. Est-ce que cela sera assez pour calmer les inquiétudes? L’avenir le dira.

Reste qu’en attendant, le loup peut aussi rendre service aux humains. «Il y a beaucoup trop de cerfs et de sangliers en Belgique. Or le loup peut réguler cette population, ce qui amènera à moins de dégâts, par exemple dans les jardins», note Alain Lambert. Il tient enfin à rassurer ceux qui craindraient une multiplication exponentielle des loups dans le pays. «À cause de la densité de population humaine, la Belgique n’aura jamais assez de place pour accueillir plus de 30-40 loups, car en Europe les loups vivent en familles restreintes», assure-t-il.

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