Miss France 2021: l’antisémitisme n’appartient pas au passé

D'origine israélienne, la première dauphine de Miss France April Benayouma été la cible d'un flot d'injures antisémites samedi soir.

April Benayoum, Miss Provence, victime de propos antisémites. - AFP

Chaque année, c’est la même rengaine. Lors de l’élection de Miss France, les téléspectateurs se tournent vers les réseaux sociaux pour critiquer chaque candidate, provoquant une énième polémique. Au-delà des commentaires portant quasi exclusivement sur leur physique, la cérémonie s’est transformée cette année en un concours d’antisémitisme.

À partir du moment où elle a évoqué les origines israélo-italiennes de son père, la Miss Provence s’est attirée un torrent d’insultes, allant de la critique d’Israël à la nostalgie de la Shoah. « Miss Provence, elle était mignonne jusqu’à ce qu’elle dévoile ses origines », « Comment on fait pour voter contre une miss? Je vote contre la juive » ou pire encore « Tonton Hitler ta oublier (sic) d’exterminer Miss Provence ».  

Pluie de soutien

Face à ce déferlement de haine, une enquête pour « injures à caractère raciste et provocation à la haine raciale » a été ouverte lundi par le parquet de Paris. La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a également fait part de son intention de porter plainte. « Rendez-vous devant la justice pour les twittos qui hier soir ont transformé Twitter en cloaque antisémite », a réagi l’association, demandant la fin de l’anonymat sur internet.

La principale intéressée, April Benayoum, a, quant à elle, réagi à la polémique dans un entretien à Nice-Matin: « C’est triste d’assister à de tels comportements en 2020 », a regretté celle qui a été élue première dauphine, avant de condamner ces propos et de clouer le bec de ses détracteurs : « Ça ne me touche absolument pas. »

Ces insultes font tristement écho à celles, racistes, dont avaient été victimes Clémence Botino en 2020, Flora Coquerel Miss 2014 ou encore Sonia Rolland en 2000, lorsque les réseaux sociaux n’existaient pas et que le torrent de haine était envoyé par… courrier.

Haine décomplexée et banalisée

La polémique dont April Benayoum se serait bien passée prouve une nouvelle fois que l’antisémitisme est toujours présent, en particulier sur Internet, mais pas seulement. En Belgique, et plus globalement en Europe, il est même en hausse. Outre les agressions verbales, les agressions physiques et les intimidations, le centre interfédéral pour l’égalité des chances Unia constate également, dans son dernier rapport, davantage de dégradations d’objets et de symboles.

En parallèle, pourtant, une enquête publiée en 2019 révélait que, pour près d’un Belge sur deux, l’hostilité envers les Juifs n’est pas un problème dans notre pays. Et trois sur dix considèrent que nier la Shoah n’est pas, non plus, problématique. Preuve qu’à côté d’un antisémitisme décomplexé existe un autre, plus insidieux et banalisé.

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