« Les personnes que l’on transporte sont traitées comme des membres de notre famille »

Dans l’urgence de la crise sanitaire, la solidarité citoyenne est plus que jamais nécessaire et indispensable. Associations et ASBL sont sur le qui-vive. Troisième épisode de notre série solidaire, sur les initiatives de ces citoyens au grand cœur.

Pompiers

La Croix-Rouge de Belgique peut compter sur des milliers de bénévoles pour l’aider dans ses multiples tâches. Un volontariat devenu presque un métier pour certains qui, en temps de COVID, n’ont pas lésiné sur la tâche. Immersion auprès des ambulanciers.

Nettoyage, rangement et préparation de l’ambulance. Chaque shift commence toujours de la même manière pour les ambulanciers de la Croix-Rouge. « Celle-ci est mandatée par le SPF santé publique et l’armée. On gère donc les cas extrêmement graves de COVID qu’il faut transférer d’un hôpital à l’autre, nous explique Nathan Moers ambulancier volontaire, en sautant à terre depuis les portes ouvertes du véhicule. Ces dernières semaines, on a eu de longues journées avec des transferts lourds de patients intubés. Heureusement, pour le moment, ça diminue fortement ». Conducteur de l’ambulance, Nathan est accompagné d’un médecin et d’un infirmier pour ce type d’interventions.

En attente de greffe et dans l’incapacité de travailler, il vient 5 jours sur 7 à la Croix-Rouge. En huit années, il n’avait jamais rien connu de tel. « Il y a eu Ebola, avec beaucoup moins de cas. Et puis le 22 mars, sur une très courte période. Mais comme ici, autant de temps, de patients, de tels équipements, des accords de désinfection avec les pompiers et cie… Je n’avais jamais vu. » Mais aujourd’hui, les demandes d’interventions sont rares et les volontaires se tournent un peu les pouces. Ici, au centre de Uccle, on ne s’occupe que des ‘non-urgences’. « On fait essentiellement des transferts de patients d’un hôpital vers un autre. Beaucoup pensent qu’un ambulancier est un super-héros. Mais il n’y a pas que le 112. La réalité de terrain, c’est aussi amener papy et mamy à leurs consultations », précise Nathan en riant.

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« Alpha 3 pour le dispatching ; j’ai une mission. Patient suspi covid à transférer. Il faut vous habiller », la voix résonne à l’intérieur de la salle de dispatching. C’est ici qu’arrivent les appels de toute personne composant le 105 en Région bruxelloise. L’ambiance est sereine et les téléphones plutôt silencieux. « Ça peut être calme et puis l’heure suivante ne pas s’arrêter de sonner. Impossible de prédire, c’est complètement imprévisible, précise Gaëtan. Caché derrière sa rangée d’écrans, il enseigne les rudiments du dispatching à Ludovic, ambulancier volontaire désireux d’aider ses collègues à d’autres tâches. « C’est très utile d’avoir été ambulancier avant de rejoindre le dispatching pour savoir de quoi on parle, pouvoir prévoir le temps que peut prendre une mission, connaitre les hôpitaux et la carte de la ville sur le bout des doigts ». Bientôt 16h, une ambulance jaune arrive sur le parking. Au volant, Mathieu, jeune conducteur ambulancier, un habitué. « Je suis volontaire ici depuis mes 10 ans. J’ai rejoint le service secours à 17 ans et le service ambulance peu de temps après. La Croix-Rouge, c’est une vocation ».

Cet après-midi, il doit accompagner un patient à une consultation ayant lieu dans un autre hôpital que celui dans lequel il est hospitalisé. La toute première intervention de la journée. « Enfin », s’écrie Kathy, qui commençait à s’ennuyer. Volontaire également, elle est aujourd’hui le binôme de Mathieu, le ‘convoyeur’ destiné à accompagner le patient dans le véhicule pendant que l’autre conduit. « On doit toujours garder un œil sur le patient, c’est pour cela que nous sommes deux, énonce-t-elle comme une règle d’or. Être avec le patient, le rassurer et gérer son anxiété, c’est la majeure partie du job ». En route vers l’hôpital, Mathieu roule prudemment. « La première fois que j’ai dû rouler toutes sirènes hurlantes c’était très stressant, se souvient-t-il, mais j’étais suivi par un chauffeur expérimenté ». Les ambulanciers, volontaires ou non, ont tous suivis une formation de secouriste. Mathieu a en outre le permis de conducteur, au contraire de Kathy pour qui se serait « trop de pression ». Elle, attend de pouvoir passer le « TMS » (transport-médico-sanitaire), la formation des ambulanciers, obligatoire pour travailler au 112.

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Sur le parking de l’hôpital, le binôme apprête l’ambulance et Kathy enfile sa combinaison, obligatoire lorsque l’on s’apprête à transporter un patient atteint du COVID ou soupçonné de l’être. « Ne vous moquez pas, on a que des grandes tailles, et je suis toute petite ! » Le brancard sorti et monté sur ses roulettes, on arpente les couloirs d’un hôpital que les ambulanciers, connaissent sur le bout des doigts, à force d’expérience. Ils embarquent leur patient du jour, qui n’a visiblement pas (ou plus) le COVID. « 1-2-3 », le brancard retrouve sa place dans le véhicule. « Là, je monte derrière, je surveille le patient, glisse Kathy en prenant place dans l’habitacle. Les personnes que l’on transporte, on les traite comme quelqu’un de notre famille. On fait attention à eux, on essaie de les comprendre. A leur place, on serait bien rassurés d’être entre les mains de deux personnes à l’écoute, compréhensives et attentives. » C’est reparti dans l’autre sens. « On devrait être vite rentrés. »

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Mais ça, c’était avant d’être coincés dans une petite salle d’attente pour cause de consultation retardée. « Je n’ai plus qu’à faire mes sudokus », relativise l’homme assis sur le brancard peu confortable, heureux d’avoir pensé à emporter son GSM. « L’attente, ça fait aussi partie du job, admet Mathieu. Ça dépend des jours. Parfois, on n’a pas le temps d’aller aux toilettes ou de manger, et d’autres fois c’est très calme. Les journées ne se ressemblent pas ». Et c’est cette diversité qui semble plaire aux deux compères qui prennent donc leur mal en patience. La nuit est tombée depuis plusieurs heures lorsque le brancard franchi les portes de sortie de l’hôpital. « J’ai bien cru qu’on allait y rester », arrive encore à plaisanter notre patient. De retour à Uccle, on retrouve Nathan Moers et son équipe. Leur journée est sur le point de s’achever avec peu d’interventions au compteur mais toujours le sentiment d’avoir été utile. « Finalement, c’est comme si je me soignais en m’occupant des autres, termine Nathan. Je connais ce qu’ils vivent, ce qu’ils ressentent. Je m’oublie les en aidant ».

 

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