Contrôle Covid à Waterloo: une nouvelle bavure policière?

L'intervention policière survenue dans une habitation de Waterloo vendredi soir est présentée comme un contrôle coronavirus qui a dérapé. Elle pourrait être révélatrice d'un mal plus profond. 

Plusieurs personnes ont été blessées lors d'un contrôle policier à Waterloo. - BELGA

La vidéo tourne en boucle sur les réseaux sociaux depuis moins de 24 heures. Vendredi soir, des policiers sont intervenus dans une habitation privée située à la limite d’Ohain et de Waterloo, suite à une plainte de voisins pour tapage nocturne. À l’intérieur, se trouvaient dix personnes, à savoir les parents, leurs trois enfants et cinq de leurs amis. Ce qui est contraire aux mesures sanitaires.

Le contrôle, opéré en accord avec le parquet brabançon, s’éternise. Visiblement agacée, la mère de famille filme l’intervention. Une policière lui demande d’arrêter, ce qu’elle refuse. La Waterlootoise est dans son droit. Au bruit, on imagine que la situation dégénère, sans en connaître les détails, puis la vidéo se coupe. Dans une seconde vidéo, filmée par une témoin, on la retrouve au sol, le visage ensanglanté. Son mari est, lui aussi, mis à terre et menotté plus tard par les forces de l’ordre. Sous les yeux de leurs enfants et les cris de leur amie qui filme la scène. Un policier lui somme de se calmer, au risque de « terminer elle aussi au sol ».

La famille dit avoir été agressée physiquement par les policiers, ces derniers affirment que celle-ci a d’abord frappé en premier. Le père, la mère et leur fille majeure seront d’ailleurs convoqués devant le tribunal correctionnel pour y répondre de rébellion en bande, coups à policiers et infraction relative au couvre-feu, a précisé dimanche le procureur brabançon à l’agence Belga. Les trois intéressés nient ces accusations, annonçant selon la Dernière Heure qu’ils déposeront plainte contre les policiers, pour coups et blessures et abus de pouvoir.

Traumatisme

Le témoignage du médecin qui a examiné la famille a apporté d’autres éléments quant à cette « agression de la police de Waterloo », selon ses dires. Dans un message publié sur Facebook samedi, désormais indisponible, le Dr Jean-Laurent Veys estime que la mère de famille, qui « s’est faite jetée par terre par deux policiers qui l’ont tabassée et menottée violemment », a « probablement des lésions cérébrales plus profondes (douleurs temporales et perte d’odorat) ». Le père, lui, a eu « un revolver pointé sur sa tempe et a été roué de coups », dit-il.

Alors que les deux parents et leur fils ont été mis au cachot à Lasne, et leur fille aînée à celui de Waterloo, le médecin accuse la police d’avoir « laissé toute seule la petite de 13 ans dans la maison, sans aucune nouvelle de sa famille ». « Elle est traumatisée psychologiquement à vie », estime-t-il. « Ce cas révèle que dès qu’on donne le feu vert officiel à la police, ceux-ci révèlent leur instinct primaire de violence instinctive, sans aucune retenue ou respect », juge-t-il encore.

Deux policiers en patrouille

« Recours abusif de la force »

Quant à savoir si cet incident relève des violences policières ou pas, Manuel Lambert, conseiller juridique à la Ligue des droits humains, rappelle que « tout va dépendre des circonstances ». Tous les éléments ne sont pas connus dans cette affaire, mais « vu ce que rapportent visiblement le médecin et les vidéos, on a de fortes présomptions que ce recours ait été abusif ». Le juriste cite notamment les lésions importantes de la mère de famille. « Cela semble a priori disproportionné par rapport à la présence massive des policiers et du gabarit de la personne. Même si celle-ci a résisté, on peut difficilement comprendre qu’elle ait subi des coups assez importants au niveau du visage », explique-t-il, pointant également le traitement réservé à la jeune fille de 13 ans. Il espère qu’une enquête aura lieu sur cette affaire, car « a priori on peut parler de violences policières au sens commun », dit-il, ce terme n’existant pas juridiquement dans la législation.  

La défense de la police repose sur des accusations de rébellion et de coups. De là à justifier une telle finalité? « Si l’une des personnes a porté des coups aux policiers, c’est une infraction. Ceci étant dit, cela ne justifie pas que les policiers utilisent une force disproportionnée », tranche Manuel Lambert. En cas de coups, « les policiers ont le droit d’interpeller la personne, de la maîtriser, avec la force nécessaire et proportionnée. C’est là que va se situer tout le débat. »  

Des inquiétudes pour les fêtes et après

Alors que les contrôles Covid risquent de se multiplier durant les fêtes de fin d’année, comme l’a annoncé le Premier ministre lors du dernier Comité de concertation, la Ligue des droits humains craint qu’il y ait usage de mesures disproportionnées. « Il faut bien entendu mettre fin aux lockdown parties qui présentent un danger important. Mais si un foyer invite une personne en plus par rapport à ce qui est autorisé, cela ne justifie peut-être pas l’usage de moyens technologiques comme des drones, des interventions policières » ou des appels à la délation de certains syndicats de police, estime le conseiller juridique de la Ligue. « Il faut trouver un équilibre car la crainte est grande que certains services de police outrepassent ce dernier et trouvent une forme de légitimation à des interventions qui ne sont peut-être pas nécessaires ou qui peuvent être réglées différemment. »  

Au-delà des fêtes, une autre inquiétude habite la Ligue et d’autres observateurs des violences policières: le nouvel accord du gouvernement fédéral. Alors que la formation des forces de l’ordre, jugée insuffisante, est souvent pointée du doigt dans cette problématique, les autorités prévoient de raccourcir celle-ci pour permettre d’engager plus de policiers et plus rapidement. 1.600 chaque année, a annoncé la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden. « Cela peut être inquiétant, alors que la Ligue revendique justement que celle-ci soit plus poussée sur de nombreux aspects », rappelle Manuel Lambert.

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