Prix des vaccins Covid : un pas en avant vers plus de transparence ?

Dans un tweet rapidement retiré, la secrétaire d’État au Budget Eva De Bleeker a dévoilé les prix d’achat des vaccins, alors que ceux-ci étaient protégés par des clauses de confidentialité. L’association des consommateurs Test-Achats ainsi que plusieurs députés européens estiment toutefois que davantage de publicité au sujet de leur financement renforcerait la confiance de la population dans la vaccination "Covid".

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Jusqu’à la fin de cette semaine, c’était un secret très bien gardé. Depuis des mois, la Commission européenne négocie avec plusieurs laboratoires pharmaceutiques en vue de se constituer un stock de différents vaccins contre le Covid-19. Si ce n’est le nombre de doses par vaccins, rien, ou presque, n’avait filtré des échanges. Le prix exact de chacun des vaccins- un enjeu important puisque la production desdits vaccins a nécessité d’engager des fonds publics- était tenu secret. Même l’équipe de négociation de la Commission n’avait pas été dévoilée.

Mais voilà : jeudi, la secrétaire d’État au Budget, Eva De Bleeker, a publié sur twitter un tableau détaillant le prix de chacun des vaccins précommandés (entre 1,78 euro par dose pour AstraZeneca à 18 euros pour Moderna) et le coût total à l’achat pour la Belgique (279 millions). Même si la publication a rapidement été effacée, le mal (ou le bien, chacun jugera) était fait. Dans la foulée, Eva De Bleeker reconnaissait à la Chambre avoir fauté, jugeant avoir été « trop transparente ». Sa bourde aura toutefois fait des heureux : « C’est génial ! Remettez tout sur Twitter », a notamment salué Raoul Hedebouw. « Pour nous, la réelle erreur, c’est d’avoir retiré ce message », jugeait le porte-parole du PTB.

Garantir le meilleur prix

Du côté des firmes pharmaceutiques, on s’en doute, le ton était un rien moins enjoué. « Ces prix sont couverts par une clause de confidentialité prévue dans le contrat avec la Commission européenne », a noté Pfizer Benelux. Le partenariat Pfizer/BioNTech, dont le prix du vaccin (12 euros par dose) a été dévoilé par le tweet de Eva De Bleeker, a déploré « un impair ». Même son de cloche du côté de Pharma.be : l’organisation, qui représente 130 entreprises pharmaceutiques en Belgique, a regretté la fuite des informations.

Imposées par les laboratoires, les clauses de confidentialité sont présentées comme une manière d’obtenir le prix d’achat le moins élevé possible pour la Commission, qui négocie au nom des États.« La confidentialité des vaccins a pour avantage important que les prix et les conditions des entreprises concurrentes ne sont pas connus des producteurs en cours de négociation », avance Pharma.be dans un communiqué. À l’inverse, la publicité des contrats laisserait toute latitude aux entreprises pour s’accorder sur les prix, et d’ainsi faire monter la facture pour les États. De quoi affaiblir la position de la Commission dans les négociations, d’autant que celle-ci est toujours en discussion avec le groupe américain Novavax pour l’achat de 200 millions de doses.

Ne pas payer deux fois

Pour autant, certains estiment que la technique consistant à brandir la carte de la confidentialité et du secret des affaires ne peut pas être dégainée automatiquement. « Un droit est conféré par traité à tout citoyen européen d’accéder à des documents ou des informations en possession des institutions », rappelait dans l’Écho Maxime Vanderstraeten, avocat spécialisé en droit européen des marchés publics. « Un refus, qui peut être justifié par souci de protection du secret des affaires, ne saurait être interprété trop largement ni bétonné par contrat ». Plusieurs députés européens se sont d’ailleurs émus de la manière dont l’Europe négociait avec les pharmas, dénonçant un « degré zéro de la transparence ».

En Belgique, Test Achats a récemment plaidé pour davantage de transparence. « Il faut rappeler que les candidats vaccins ont tous bénéficié, dans diverses proportions, de fonds publics » déclarait Julie Frère, porte-parole de Test Achats.« (…) le vaccin d’AstraZeneca a été développé à l’Université d’Oxford, ceux de BioNTech/Pfizer et de CureVac ont reçu des subsides importants de l’Allemagne, celui de Johnson & Johnson des Etats-Unis et celui de Moderna a été payé en intégralité ou presque, par les impôts américains ».

Après avoir participé financièrement à la recherche et développement, les pouvoirs publics devront à nouveau mettre la main à la poche pour l’achat des doses. « Pourquoi les contribuables devraient-ils payer deux fois ? » s’interrogeait Test Achats, qui alertait : « Il faut par ailleurs à tout prix éviter que le mystère autour de ces contrats ne sape la confiance de la population, notamment dans l’efficacité et la sécurité des vaccins actuels et à venir ».

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