« Pour certains, c’est le seul contact de la semaine »

Dans l’urgence de la crise sanitaire, la solidarité citoyenne est plus que jamais nécessaire et indispensable. Associations et ASBL sont sur le qui-vive. Deuxième épisode de notre série solidaire, sur les initiatives de ces citoyens au grand cœur.

Bras dessus Bras dessous

Pour sortir les seniors de l’isolement pendant le confinement, l’ASBL Bras Dessus Bras Dessous envoie des bénévoles frapper aux portes, apporter un peu de réconfort et échanger quelques paroles. Récit d’une ‘tournée papote’.

« La soupe est-prête ? », « Est-ce qu’il y a bien une revue dans chaque sac ? », « Où sont les fruits qui restent ? » … C’est l’effervescence au QG bruxellois de Bras Dessus Bras Dessous, cette ASBL dont les projets visent à diminuer l’isolement de nos aînés. Comme chaque mardi, une dizaine de bénévoles sont présents et s’activent à la préparation de petits colis destinés aux personnes âgées. « L’ADN de notre association est d’abord de créer des binômes et des réseaux de voisinages en mettant en relation une personne plus âgée avec une personne plus jeune selon des affinités particulières. Ils se voient alors chaque semaine pour faire quelque chose ensemble », relate Marie De Vroey, coordinatrice des opérations. Une activité difficile à maintenir en temps de pandémie. Pour maintenir le lien, une idée a germé : la tournée papote. « On confectionne des colis, mais peu importe ce qu’il y a dedans, l’important est d’avoir un contact avec les personnes âgées, une discussion d’une quinzaine de minutes sur le pas de la porte. » De Uccle, à Anderlecht, de Forest à Nivelles et Louvain-la-Neuve, la tournée papote du mardi est devenue la tradition du confinement.

Solidarité

Aujourd’hui, 178 personnes des trois communes bruxelloises couvertes par l’association vont recevoir un petit colis et une visite. « Je vérifie que chaque sac est bien complet », nous explique Nourredine. Comme lui, la plupart des bénévoles présents aujourd’hui sont des habitués qui formaient, avant l’épidémie, des binômes avec les personnes âgées. Il y a aussi les petits nouveaux, comme Morgane, 19 ans, qui effectue son service citoyen. Lorsque les sacs seront prêts, elle entamera sa tournée désormais hebdomadaire. « On ressent assez fort que certaines personnes sont vraiment isolées et que ça leur fait plaisir de nous voir arriver. Moi, j’aime cela, faire plaisir aux autres. » Chaque semaine, elle retrouve les mêmes personnes devant leur porte. « Comme ça, il y a un lien qui se créé, précise Marie. Certains attendent à la fenêtre, se préparent et attendent impatiemment la visite. C’est quinze minutes sur le pas de la porte, ce n’est peut-être pas grand-chose mais ça fait quand même une petite différence sur la semaine de ces personnes. »

Solidarité

On n’est donc pas si étonnés de voir apparaître la petite tête d’Adèle, poussant ses rideaux blancs, au premier étage de son appartement, lorsque nous arrivons devant chez elle en compagnie de Nicole, kiné retraitée et bénévole super-active. « Je lui téléphone souvent, confesse-t-elle. J’ai une liste de personnes à appeler régulièrement. Parfois, ça me prend la journée. Mais je ne peux pas les interrompre, certains n’ont plus parlé pendant quatre ou cinq jours. » Ce mardi, c’est donc une visite en chair et en os. Et Adèle, 98 ans, de s’extasier d’une voix forte sans plus s’arrêter : « Et comment ça va à Bras Dessus Bras Dessous ? Parce que, moi, je ne sors plus. Et quel jour on est aujourd’hui ? Ah une journaliste, alors sur quoi veux-tu m’interroger ? … » Pleine de vie, cette presque centenaire profite pleinement des visites et attentions de l’association. « J’ai deux enfants, quatre petits-enfants et quatorze arrière-petits-enfants, s’exclame-t-elle dans un éclat de rire communicatif. Mais ils habitent en France et en Allemagne donc je ne les vois pas souvent. Je ne vois personne… Tu fais des gosses…Et puis tu ne vois personne ! »

Quelques rues plus loin, nous retrouvons Andrée, en bas de son immeuble. « Ah je te reconnais à tes cheveux, clame-t-elle à Nicole. Avec les masques je ne sais jamais très bien qui est derrière ». A 92 ans, Andrée bénéficie de la présence et aide régulière de ses deux enfants, mais apprécie aussi de pouvoir discuter avec d’autres personnes. « C’est agréable de recevoir le sac, comme ça je vois les gens. Je vois Nicole, précise-t-elle avec le sourire. On papote un peu, on se demande comment ça va, même si on ne peut pas faire de grandes conversations ». « Être ici, m’apporte énormément, renchérit la bénévole. Sinon, je m’ennuierais coincée à la maison. Et puis tu à l’impression de continuer à travailler, tu créés du contact, du bonheur aussi un peu… » Si donner quelques minutes de bonheur aux seniors isolés réconforte les uns et les autres, des deux côtés de la porte, les bénévoles et les aînés de Bras Dessus Bras Dessous n’attendent qu’une chose : un vrai déconfinement, et la reprise du ‘voisinage’ entre binômes.

Plus d'actualité