La Ville de Paris sanctionnée pour avoir nommé trop de femmes

La Ville de Paris est condamnée à une amende de 90.000 euros pour avoir nommé onze femmes et seulement cinq hommes aux postes de direction. Une décision « absurde », selon la maire Anne Hidalgo. 

La maire de Paris Anne Hidalgo - AFP

Le reproche est plutôt inattendu, mais Anne Hidalgo le prend avec le sourire. « Je vais me réjouir aujourd’hui que nous ayons été condamnés à une amende », a déclaré la maire de Paris mardi, après que son équipe municipale ait été épinglée par l’Etat français pour avoir embauché… trop de directrices. Sur les 16 postes ouverts durant l’année 2018, onze ont été attribués à des femmes, et cinq à des hommes, soit 69% de nominations féminines. Ce qui ne respecte pas, selon la loi de 2012 révisée en 2019 -, l’obligation de prévoir, dans la fonction publique, au moins 40% de personnes de chaque sexe aux postes de direction. Ironie du sort: cette mesure devait justement servir à promouvoir les femmes dans le monde du travail. « La direction de la Ville serait devenue, tout à coup, beaucoup trop féministe », ironise Anne Hidalgo.  

Amende « injuste »

Faute de promotions paritaires entre les hommes et les femmes, la Ville de Paris doit donc payer une pénalité de 90.000 euros. « Ce qui est très beau avec la bureaucratie c’est qu’elle ne connaît absolument pas le discernement et donc, elle ose tout », a réagi l’élue socialiste, qualifiant cette amende d’« absurde, injuste, irresponsable, dangereuse ». Elle a d’ailleurs annoncé qu’elle irait la régler en main propre au ministère de la Fonction publique début 2021, accompagnée de ses « adjointes, directrices et l’ensemble des femmes du secrétariat général ».

Rattraper le retard

Ces nominations partaient pourtant d’une bonne intention. En nommant onze femmes pour seize postes, la Ville de Paris voulait justement apporter un équilibre entre les genres. Au Monde, l’adjoint d’Anne Hidalgo aux Ressources humaines, Antoine Guillou jugeait également « paradoxal » de « reprocher des nominations qui permettent de rattraper le retard que nous avions ». C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une nouvelle loi a été votée en 2019 permettant une dispense de pénalités pour les employeurs qui nomment trop d’hommes ou de femmes, si cela n’aboutit pas à un déséquilibre parmi les emplois concernés. C’est le cas de la Ville de Paris puisqu’elle compte 47% de femmes cadres supérieures.

« Nous devons promouvoir des femmes avec détermination et vigueur car le retard partout en France est encore très grand », a justifié la maire en conseil de Paris, mardi. « Alors, oui, pour promouvoir et arriver un jour à la parité, il faut accélérer le tempo et faire en sorte que dans les nominations il y ait plus de femmes que d’hommes », a-t-elle ajouté, tout en affirmant que la Mairie allait poursuivre pour accroître la part des femmes dans les métiers traditionnellement occupés par les hommes, mais également de réduire les écarts de rémunération.

Le monde à l’envers

Si cette amende peut paraître « absurde », elle a également ses défenseurs. Certains y voient une décision juste face à une attitude « discriminatoire » et « sexiste », d’autres appellent à des nominations sur base uniquement des compétences. Une remarque qui, bizarrement, est rarement faite lorsque ces nominations concernent des hommes.

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