L’inéquitable accès aux soins de santé

Difficultés financières, reports de soins, besoins médicaux non satisfaits… Une étude du KCE souligne les liens entre précarité et accès aux soins en Belgique.

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« La pauvreté rend malade, la maladie appauvrit » : c’est le constat du KCE, dans un rapport publié cette semaine. Le Centre fédéral d’Expertise des Soins de santé s’est penché sur les liens entre précarité et accès aux soins de santé en Belgique. Pour le KCE, il existe en effet un « lien évident » entre la situation socioéconomique d’un individu et sa santé. Tendanciellement, les personnes aux profils socioéconomiques plus faibles auront moins de moyens à allouer à leur santé, exerceront un travail physiquement plus contraignant, etc. De même, une moins bonne santé influencera à son tour la capacité d’une personne à être active sur le marché du travail. On pouvait s’en douter… Mais Le KCE a voulu dépasser le constat, en posant la question suivante : « Nos soins de santé sont-ils accessibles de manière égale pour les personnes qui présentent les mêmes besoins de soins » ?

Diverses données, issues notamment de Statbel et de l’Inami, et récoltées avant la crise sanitaire ont été analysées. Il en ressort que « pour les ménages en situation de précarité financière, l’accès aux soins n’est pas équitable », avance le Centre. En 2018, environ 4% des ménages ont dû faire face à des contributions personnelles dites « catastrophiques », parce représentant une part extrêmement importante des dépenses totales du ménage (soit plus de 40% des dépenses, déduction faite des besoins de base). Les ménages aux faibles revenus, sont davantage menacés par ces dépenses « catastrophiques » en médicaments, en soins ambulatoires ou en services paramédicaux.

La part de personnes qui reportent ou renoncent complètement à des soins (généralistes et spécialisés) pour raisons financières a augmenté ces dernières années, et est passé de 0,5% de la population adulte en 2008 à 2,3% en 2016. Pour les soins dentaires uniquement, elle est passée de 1,6% à 3,7%. La probabilité que les plus précarisés se rendent chez le dentiste est là aussi « nettement plus faible que dans la population moyenne », note le KCE.

Pas de réserves pour une dépense imprévue

La principale raison de ces reports de soins : le montant que le patient paye de sa poche lors de la consultation (tickets modérateurs, suppléments), ou doit payer d’avance avant d’être remboursé par la suite. Pour les ménages les plus précaires, la charge des contributions personnelles des patients au système de santé peut être difficile à assumer. En Belgique, ces contributions personnelles représentent environ 19% des dépenses totales de soins de santé, un chiffre au-dessus de nos voisins (9% en France, 12,5% en Allemagne). Sans réserves disponibles pour affronter un imprévu, il est ainsi fréquent de faire une croix sur une dépense de santé. Exception faite des services d’urgence, que les moins nantis fréquentent davantage. Ceci expliquant peut-être cela : aux urgences, le prix des soins n’est pas dû immédiatement.

Pour tenter de gommer ces inégalités d’accès, le KCE pointe plusieurs pistes de réflexion, comme étendre automatiquement l’intervention majorée (BIM) aux plus bas revenus. En-dessous d’un certain plafond, les bénéficiaires de cette intervention peuvent compter sur un ticket modérateur (à charge du patient, non remboursé par la mutuelle) moins important chez le médecin généraliste. Pour le KCE, appliquer ce dispositif chez les spécialistes ou chez les dentistes serait également « une bonne chose ».

Le Centre propose également de s’attaquer à l’augmentation des suppléments demandés aux patients, et invite à mettre en place « une approche intersectorielle plus large », afin de prendre d’autres facteurs déterminants dans l’accès aux soins, comme la sécurité d’emploi ou les conditions de vie et de travail. Un « test d’impact sur la pauvreté », qui évaluerait l’impact de chaque nouvelles propositions politiques sous l’angle de l’accès aux soins pourrait ainsi être un bon outil « pour aider les décideurs à prendre des décisions en connaissance de cause », avance le KCE.

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