Hugo Clément: «il faut garder espoir et passer à l’action»

Le journaliste revient sur son «Journal de guerre écologique», un livre frappant sur la réalité des défis environnementaux sur le terrain à travers le monde.

©Figaro/Belga

Il est parfois qualifié de lanceur d’alerte. Lui préfère insister sur son travail de journaliste, mais un journaliste sur le front d’une catastrophe mondiale, celle de la destruction de l’environnement. Au fur et à mesure de ses voyages, il a pris des notes sur les désastres dont il a été témoin, a écrit ses impressions dans un carnet. De là est né son nouveau livre, « Journal de guerre écologique », dont les chapitres reprennent ses différents reportages, ceux diffusés dans son émission « Sur le front » mais aussi d’autres complètement inédits. Ces expériences qui lui inspirent autant du chagrin que de l’espoir.

Comment concevez-vous votre rôle dans les enjeux environnementaux en rendant compte des faits qui sont dans le livre ?

Hugo Clément: Mon rôle, c’est de mettre en lumière des faits pour donner une information qui puisse permettre aux gens de prendre des décisions pour eux et leurs proches en connaissance de cause. L’objectif de ce livre, et de mon travail de manière générale, c’est de montrer ceux qui agissent concrètement sur le terrain. On ne les voit pas assez dans les médias, notamment dans les plus grands, alors que cela montre que l’on peut faire quelque chose. L’écueil des questions environnementales, c’est que c’est accablant, ce sont uniquement des mauvaises nouvelles, de la souffrance, etc. Si on ne montre que ça, on ne va pas au bout de notre mission d’information. Il y a aussi des gens qui réussissent à faire des choses, à préserver des espèces et des écosystèmes. Il y a des pistes d’action. Je n’ai pas la prétention d’être exhaustif mais ce sont quelques idées parmi des milliers d’autres de ce que l’on peut faire concrètement pour ne pas être passif face à cette situation.

Ce livre suscite deux sentiments contradictoires. D’un côté, vous êtes confiant par rapport à l’avenir, et à certains moments vous êtes aussi un peu désespéré…

Oui, parce que ce que je dis à travers les reportages est souvent lourd. Je ne vais pas mentir : quand je reviens des îles Féroé après avoir vu une centaine de dauphins se faire tuer, je suis un peu bouleversé et chamboulé, je me pose des questions… Mais à chaque fois, je me raccroche à ce que les gens font sur le terrain, cela me rebooste et me redonne de l’espoir. Et il y a aussi cette ambivalence dans le livre parce que c’est un peu ce que nous ressentons tous. La situation est grave et inquiétante. Mais en même temps, il faut garder espoir et faire quelque chose. On ne peut pas se dire que l’on va tous mourir et c’est tout ! Je ne conçois pas mon métier et mon action comme ça. Et ce n’est pas vrai non plus puisque les scientifiques disent que la situation est grave, mais qu’on peut encore limiter les dégâts et qu’avec des mesures fortes, on évitera le pire.

À propos de ce passage aux îles Féroé, qui est particulièrement frappant, pourquoi n’a-t-il pas été intégré dans le dernier «Sur le front» ? C’était pourtant en concordance avec le thème qui traitait des animaux en danger ?

Parce qu’il y a tellement de choses à montrer sur les espèces menacées. Elles sont tellement nombreuses aujourd’hui qu’on ne peut pas tout mettre dans une seule émission.

Vous avez parcouru le monde pour les besoins des reportages que vous évoquez dans le livre. Est-ce qu’il y en a un qui vous a particulièrement frappé ?

Le reportage qui m’a le plus marqué personnellement, c’est celui des îles Féroé justement. Ça a été le plus difficile à vivre. Après, il y a plein de situations qui m’ont aussi frappé, comme celle du village indonésien enseveli sous le plastique qui m’a choqué parce que je ne m’attendais pas à une telle ampleur de cette pollution. Les déchets électroniques au Ghana aussi, c’est désastreux.

Ce que l’on constate souvent lorsque vous parlez des animaux, c’est que l’origine du péril qui les frappe, c’est le marché traditionnel asiatique. Est-ce que vous projetez de faire un reportage en Chine sur le cœur des problématiques dont vous traitez ?

Effectivement, cela pourrait être intéressant. Mais pour la Chine, il faut préciser que c’est un pays où il est compliqué d’enquêter. Et puis on a aussi une responsabilité en tant que journaliste de ne pas mettre en danger les personnes qui témoigneraient et qui pourraient subir les conséquences de ces témoignages. On pèse chaque reportage pour être sûr de ne mettre en danger aucun intervenant. Aller en Chine pourrait donc être un sujet intéressant mais pour l’instant, on n’a pas planché sur ça.

Et quand on voit que même dans un pays démocratique comme l’Australie, vous avez eu des problèmes avec la police, on imagine bien qu’en Chine ce ne serait pas facile…

Exactement.

À la fin du livre, vous donnez une série de pistes à suivre pour agir contre l’urgence environnementale. Mais même si on appliquait toutes ces recommandations, est-ce que cela sera suffisant selon vous quand on voit que les problèmes que vous évoquez, en tout cas pour les animaux, sont souvent liés au marché chinois ?

C’est sûr que vu l’influence du marché chinois, il est difficile pour nous, Européens, d’avoir une prise là-dessus. Mais il faut bien voir que nous avons aussi notre part de responsabilité. Il suffit de penser aux requins, dont beaucoup d’espèces sont menacées. Si les ailerons sont destinés au marché asiatique, on trouve des produits issus des cartilages et de l’huile du foie de requin dans les supermarchés et les pharmacies chez nous. On exerce donc aussi une pression sur cette espèce-là. La pêche industrielle européenne a aussi un impact énorme sur la faune marine. Il n’y a pas donc que les Asiatiques qui font pression sur les espèces sauvages.

Quand vous rendez compte de la réalité économique liée à ces problèmes environnementaux, on a souvent une sorte de collision entre le point de vue et votre récit, comme quand vous êtes en Australie avec les mines de charbon ou au Costa Rica avec les requins.

Moi, je n’ai pas vraiment un point de vue en tant que tel. Je questionne certains impacts et je porte la parole des gens qui se battent sur le terrain. Effectivement, il y a une collision entre par exemple les partisans et les opposants au charbon. C’est compliqué de les réconcilier et je ne pense pas que ce soit possible tout le temps. Après, il faut parler à tout le monde et c’est ce que je fais dans ce livre. Dès qu’il y a un groupe ou une entreprise qui est pointé du doigt, je vais les voir pour parler avec eux, que ce soit avec les cartels au Mexique, l’entreprise de charbon en Australie, les chasseurs en France, ou les exploitants de bois. Il faut toujours essayer de comprendre leurs motivations et la source du problème. On ne suit pas seulement les militants.

Pour terminer, qu’est-ce que vous diriez à ceux qui ont déjà vu les épisodes de « Sur le front » pour qu’ils s’intéressent au livre, puisqu’une bonne partie du bouquin reprend des reportages vus dans l’émission?

Un livre, ce n’est pas du tout le même format qu’une émission. C’est plus approfondi. Je raconte beaucoup plus de choses dans ce livre que dans mes émissions puisque j’ai beaucoup plus de temps. Ensuite, il y a des reportages qui ne sont pas dans mes émissions. Puis un livre, c’est une toute autre manière de raconter, plus personnelle, plus intime. Et cela permet de donner beaucoup plus de chiffres, de sources, de documentation scientifique. Ce n’est pas du tout le même produit. C’est une autre façon de faire passer le message et cela permet d’aller encore plus loin que les émissions à la télévision.

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